Éolien en mer et mammifères marins : la carte de sensibilité en France

Où l’implantation d’éoliennes en mer croiserait-elle le plus les intérêts des cétacés ? Le Cerema et l’équipe Cohabys ont publié une réponse chiffrée, maille par maille, sur l’ensemble des eaux françaises : la façade Atlantique-Manche et la Méditerranée. Cette page en propose une lecture interactive, superposable aux zones envisagées pour l’éolien en mer.

À lire avant la carte. Cette carte ne montre pas où sont les cétacés. Elle montre leur sensibilité à l’éolien en mer : un indice qui croise la présence des animaux, leur vulnérabilité aux travaux et au bruit, et leur statut de conservation. Une maille peu colorée n’est donc pas une maille sans animaux.

Sensibilité globale annuelle par secteur, façade Atlantique-Manche (millésime 2024)
SecteurMailles Sensibilité médianeMaximum
Manche 1 477 9,9 24,2
Bretagne et mer d’Iroise 3 995 20,3 40,2
Golfe de Gascogne, nord 6 093 30,3 42,3
Golfe de Gascogne, sud 1 759 19,6 37,7

L’indice de sensibilité globale annuelle s’étend de 1,3 à 42,3 sur la façade. Il n’a pas d’unité physique : il ne se compare qu’à lui-même, et pas d’une saison à l’autre, les échelles saisonnières étant différentes.

Le fond de carte provient d’OpenStreetMap via CARTO, et les couches éoliennes de Géolittoral : afficher cette page adresse donc une requête à ces serveurs. La bibliothèque cartographique, elle, est hébergée sur ce site.

Données : Cerema, équipe Cohabys, millésime 2024, sous Licence Ouverte / Etalab 2.0. Campagnes sources : SAMM, SCANS 3, CAPECET, MiniSAMM, DUNKRISK, PELGAS et autres, 2007-2024. Zones éoliennes : Géolittoral, ministère de la Transition écologique.

Comment lire cet indice

L’indice de sensibilité ne se lit pas comme une densité d’animaux. Il combine trois choses : la présence estimée des espèces sur la maille, leur vulnérabilité aux nuisances d’un parc éolien, en particulier le bruit des travaux, et leur statut de conservation. Une espèce rare et fragile pèse donc plus lourd qu’une espèce abondante et tolérante, à présence égale.

Les indices de présence, eux, varient de 0 à 1 et se lisent plus simplement : ils traduisent la probabilité relative de rencontrer le groupe d’espèces concerné sur la maille, à la saison indiquée. Le marsouin commun, le grand dauphin, le dauphin commun, le globicéphale noir et les rorquals sont traités séparément, car ils ne fréquentent ni les mêmes fonds ni les mêmes saisons.

Trois limites de cette couche de données

Trois limites méritent d’être connues. D’abord, les métadonnées officielles signalent elles-mêmes des biais de méthode conduisant à sous-pondérer certaines espèces. Ensuite, la couche des petits delphininés en été ne couvre que la Manche, entre 50,1 et 51,65 degrés de latitude, sur une échelle différente de sa jumelle hivernale. Elle est proposée dans la carte, mais son libellé le précise : ailleurs, l’absence de couleur signale une absence de mesure, pas une absence d’animaux.

Deux saisons manquent à l’appel, et l’absence vient de la donnée, pas du site. En Atlantique-Manche, les rorquals ne sont fournis qu’en été : c’est le seul groupe de cette façade à n’avoir qu’une saison, tous les autres existent en été comme en hiver. En Méditerranée, c’est l’inverse pour les globicéphalinés, absents en été. Le Cerema ne documente pas ces lacunes ; l’explication la plus probable est un nombre de contacts trop faible pour alimenter un modèle, les campagnes aériennes hivernales récoltant peu d’observations de rorquals dans le golfe de Gascogne. Cela reste une hypothèse de notre part.

Enfin, les échelles diffèrent d’une saison à l’autre : l’indice annuel monte jusqu’à 42,3 quand l’indice hivernal plafonne à 15,6. Comparer visuellement deux saisons n’aurait aucun sens, et chaque couche est donc affichée avec sa propre échelle de couleur.

Enjeu ou sensibilité, deux indices différents

La carte propose les deux, et ils ne disent pas la même chose. L’enjeu mesure ce qui est en présence : l’importance écologique du secteur pour les espèces concernées. La sensibilité y ajoute la vulnérabilité propre de ces espèces à un parc éolien. Un secteur peut donc porter un enjeu élevé sans être le plus sensible, si les espèces qui le fréquentent tolèrent mieux les nuisances.

Méditerranée, oiseaux marins et distributions

Le sélecteur de façade donne accès à la Méditerranée, avec ses propres espèces : pas de marsouin, mais le grand dauphin, les dauphins bleu et blanc, les globicéphalinés et les rorquals, dont le rorqual commun du sanctuaire Pelagos. Deux couches supplémentaires donnent la distribution modélisée du marsouin en Atlantique et du grand dauphin en Méditerranée, calculées séparément par Cohabys avec leur propre maillage.

Le sélecteur de groupe permet enfin de basculer sur les oiseaux marins, présents dans la même publication. Seules les couches agrégées sont proposées : la donnée source contient une vingtaine de groupes d’espèces désignés par des codes abrégés qui ne sont documentés ni dans la géodatabase, ni dans les métadonnées publiques. Les traduire reviendrait à deviner des noms d’oiseaux, ce que nous préférons éviter.

D’où viennent les chiffres

La couche agrège des campagnes d’observation menées entre 2007 et 2024, dont les survols aériens SAMM et les campagnes internationales SCANS 3, complétés par CAPECET, MiniSAMM, DUNKRISK et PELGAS. Le maillage est de 3 minutes d’arc, soit environ 5,5 kilomètres de côté. Ces mêmes campagnes alimentent les estimations d’effectifs de cétacés du golfe de Gascogne dont nous parlons dans nos fiches sur les odontocètes.