Les Odontocètes

Les odontocètes (Odontoceti) regroupent l’ensemble des cétacés pourvus de dents et d’un système d’écholocation. Contrairement aux mysticètes, ils ne possèdent pas de fanons : ils chassent des proies individuelles (poissons, calmars, parfois d’autres mammifères marins) qu’ils repèrent grâce à un biosonar. Ce sous-ordre rassemble les dauphins, les orques, les marsouins, les cachalots, les baleines à bec et les dauphins de rivière. D’après la liste de référence de la Society for Marine Mammalogy (SMM, Committee on Taxonomy), régulièrement mise à jour, on compte environ 79 espèces vivantes d’odontocètes — sur un total d’environ 94 espèces de cétacés actuels, dont 15 mysticètes — réparties en 10 familles.

Cette fiche présente un inventaire structuré par famille et fidèle à cette liste de référence. Elle signale explicitement les points taxonomiques débattus (synonymies, scissions récentes) plutôt que de les trancher arbitrairement.

Famille Delphinidae — les dauphins océaniques (19 genres, 38 espèces)

Les Delphinidae forment de loin la famille la plus riche du sous-ordre, avec 38 espèces réparties en 19 genres. Elle inclut aussi bien les petits dauphins que l’orque et les globicéphales, taxonomiquement des « dauphins ». La liste ci-dessous suit la Society for Marine Mammalogy dans sa version courante, qui a entériné la révision de Galatius et al. (2025) réorganisant le genre Lagenorhynchus.

  • Cephalorhynchus commersonii – Dauphin de Commerson
  • Cephalorhynchus eutropia – Dauphin du Chili
  • Cephalorhynchus heavisidii – Dauphin de Heaviside
  • Cephalorhynchus hectori – Dauphin d’Hector (dont le dauphin de Māui, en danger critique)
  • Cephalorhynchus australis – Dauphin de Peale (ex-Lagenorhynchus australis)
  • Cephalorhynchus cruciger – Dauphin crucigère ou « sablier » (ex-Lagenorhynchus cruciger)
  • Delphinus delphis – Dauphin commun (inclut la forme « à long bec », ex-D. capensis, aujourd’hui synonyme)
  • Lagenodelphis hosei – Dauphin de Fraser
  • Lagenorhynchus albirostris – Dauphin à bec blanc (seule espèce restant dans Lagenorhynchus, désormais monotypique)
  • Leucopleurus acutus – Dauphin à flancs blancs de l’Atlantique (ex-Lagenorhynchus acutus)
  • Aethalodelphis obliquidens – Dauphin à flancs blancs du Pacifique (ex-Lagenorhynchus obliquidens)
  • Aethalodelphis obscurus – Dauphin sombre (ex-Lagenorhynchus obscurus)
  • Lissodelphis borealis – Dauphin aptère boréal
  • Lissodelphis peronii – Dauphin aptère austral
  • Orcaella brevirostris – Dauphin de l’Irrawaddy
  • Orcaella heinsohni – Orcelle d’Australie
  • Orcinus orca – Orque
  • Peponocephala electra – Dauphin d’Électre
  • Pseudorca crassidens – Pseudorque
  • Feresa attenuata – Orque pygmée
  • Globicephala melas – Globicéphale noir
  • Globicephala macrorhynchus – Globicéphale tropical
  • Grampus griseus – Dauphin de Risso
  • Sousa teuszii – Dauphin à bosse de l’Atlantique
  • Sousa chinensis – Dauphin à bosse de l’Indo-Pacifique
  • Sousa plumbea – Dauphin à bosse de l’océan Indien
  • Sousa sahulensis – Dauphin à bosse d’Australie
  • Sotalia fluviatilis – Tucuxi (dauphin d’eau douce d’Amazonie)
  • Sotalia guianensis – Dauphin de Guyane (costero, forme côtière)
  • Stenella attenuata – Dauphin tacheté pantropical
  • Stenella clymene – Dauphin de Clymène
  • Stenella coeruleoalba – Dauphin bleu et blanc
  • Stenella frontalis – Dauphin tacheté de l’Atlantique
  • Stenella longirostris – Dauphin longirostre (« à long bec » ou spinner)
  • Steno bredanensis – Sténo (dauphin à dents rugueuses)
  • Tursiops aduncus – Grand dauphin de l’océan Indien (indo-pacifique)
  • Tursiops erebennus – Grand dauphin de Tamanend
  • Tursiops truncatus – Grand dauphin (commun)

Points débattus. Le dauphin commun « à long bec » (autrefois Delphinus capensis) n’est plus une espèce distincte : la Society for Marine Mammalogy l’a placé en synonymie de Delphinus delphis dès 2016 ; une éventuelle réhabilitation dans le Pacifique nord-est (D. delphis bairdii) reste au stade de sous-espèce. La révision de Galatius et al. (2025), désormais suivie par la SMM, a éclaté le genre Lagenorhynchus, longtemps reconnu comme polyphylétique : seul le dauphin à bec blanc (L. albirostris) y demeure ; le dauphin à flancs blancs de l’Atlantique passe dans Leucopleurus, les dauphins à flancs blancs du Pacifique et sombre dans le nouveau genre Aethalodelphis, tandis que les dauphins de Peale et crucigère rejoignent Cephalorhynchus. Cette nouvelle répartition, retenue ici, n’est pas encore reprise par toutes les bases de données. Le grand dauphin de Tamanend (Tursiops erebennus), rétabli récemment comme espèce distincte, et l’orque font aussi l’objet de discussions : la SMM reconnaît désormais trois sous-espèces d’orqueO. o. ater (« résidente »), O. o. rectipinnus (« de Bigg » ou « transiente ») et O. o. orca (nominale) —, dont l’élévation au rang d’espèces distinctes est débattue mais non encore retenue.

Famille Phocoenidae — les marsouins (3 genres, 7 espèces)

  • Phocoena phocoena – Marsouin commun
  • Phocoena spinipinnis – Marsouin de Burmeister (marsouin du Pérou)
  • Phocoena dioptrica – Marsouin à lunettes
  • Phocoena sinus – Vaquita (marsouin du golfe de Californie)
  • Neophocaena phocaenoides – Marsouin aptère de l’Indo-Pacifique
  • Neophocaena asiaeorientalis – Marsouin aptère à dos étroit (sa sous-espèce dulcicole N. a. asiaeorientalis est le « marsouin du Yangtsé »)
  • Phocoenoides dalli – Marsouin de Dall

La vaquita (Phocoena sinus), endémique du nord du golfe de Californie, est le cétacé le plus menacé au monde : l’UICN la classe « en danger critique », avec une population estimée à une dizaine d’individus, victime des filets maillants illégaux.

Famille Monodontidae — narval et béluga (2 genres, 2 espèces)

  • Delphinapterus leucas – Béluga
  • Monodon monoceros – Narval

Famille Ziphiidae — les baleines à bec (6 genres, 24 espèces)

Deuxième famille la plus diversifiée des odontocètes avec 24 espèces, les Ziphiidae sont des plongeurs profonds encore mal connus ; plusieurs espèces n’ont jamais été observées vivantes de façon fiable. Le genre Mesoplodon à lui seul compte 16 espèces.

  • Ziphius cavirostris – Baleine à bec de Cuvier
  • Berardius arnuxii – Bérardie d’Arnoux
  • Berardius bairdii – Bérardie de Baird
  • Berardius minimus – Bérardie de Sato (décrite en 2019)
  • Hyperoodon ampullatus – Hyperoodon boréal (baleine à bec commune)
  • Hyperoodon planifrons – Hyperoodon austral
  • Indopacetus pacificus – Baleine à bec de Longman (baleine à bec tropicale)
  • Tasmacetus shepherdi – Baleine à bec de Shepherd
  • Mesoplodon bidens – Mésoplodon de Sowerby
  • Mesoplodon bowdoini – Mésoplodon d’Andrews
  • Mesoplodon carlhubbsi – Mésoplodon de Hubbs
  • Mesoplodon densirostris – Mésoplodon de Blainville
  • Mesoplodon eueu – Mésoplodon de Ramari (décrit en 2021)
  • Mesoplodon europaeus – Mésoplodon de Gervais
  • Mesoplodon ginkgodens – Mésoplodon à dents de ginkgo
  • Mesoplodon grayi – Mésoplodon de Gray
  • Mesoplodon hectori – Mésoplodon d’Hector
  • Mesoplodon hotaula – Mésoplodon de Deraniyagala
  • Mesoplodon layardii – Mésoplodon de Layard
  • Mesoplodon mirus – Mésoplodon de True
  • Mesoplodon perrini – Mésoplodon de Perrin
  • Mesoplodon peruvianus – Mésoplodon pygmée (du Pérou)
  • Mesoplodon stejnegeri – Mésoplodon de Stejneger
  • Mesoplodon traversii – Mésoplodon de Travers (baleine à bec à dents de bêche)

Famille Physeteridae — le grand cachalot (1 genre, 1 espèce)

Famille Kogiidae — cachalots pygmée et nain (1 genre, 2 espèces)

  • Kogia breviceps – Cachalot pygmée
  • Kogia sima – Cachalot nain

Famille Platanistidae — dauphins des fleuves asiatiques (1 genre, 2 espèces)

  • Platanista gangetica – Dauphin du Gange (susu)
  • Platanista minor – Dauphin de l’Indus (bhulan)

Point débattu. La reconnaissance de deux espèces distinctes de Platanista — le dauphin du Gange (P. gangetica) et le dauphin de l’Indus (P. minor) — est retenue ici mais reste discutée : certaines autorités traitent encore le dauphin de l’Indus comme une sous-espèce (P. gangetica minor) plutôt que comme une espèce à part entière.

Famille Iniidae — le boto d’Amazonie (1 genre, 1 espèce)

  • Inia geoffrensis – Boto, dauphin rose de l’Amazone

Point débattu. Une seconde espèce, Inia araguaiaensis (dauphin de l’Araguaia), a été proposée en 2014, mais elle n’est pas reconnue par le Committee on Taxonomy de la SMM, faute de consensus ; nous la mentionnons donc comme taxon proposé, non validé. De même, la position d’Inia et Pontoporia — familles séparées (retenu ici) ou regroupées en un Iniidae élargi — varie selon les auteurs.

Famille Lipotidae — le baiji (1 genre, 1 espèce)

  • Lipotes vexillifer – Baiji, dauphin du Yangtsé

Le baiji est toujours porté sur la liste de référence de la SMM parmi les 79 odontocètes, mais l’UICN le classe « en danger critique (possiblement éteint) » : sa dernière observation confirmée remonte à 2002 et une expédition de 2006 n’a détecté aucun individu. Il n’est cependant pas officiellement déclaré éteint. Il illustre de façon dramatique la vulnérabilité des dauphins de rivière face à l’artificialisation des fleuves.

Famille Pontoporiidae — le dauphin de La Plata (1 genre, 1 espèce)

  • Pontoporia blainvillei – Dauphin de La Plata (franciscana, toninha)

Résumé taxonomique des odontocètes

FamilleGenresEspèces
Delphinidae1938
Ziphiidae624
Phocoenidae37
Monodontidae22
Kogiidae12
Platanistidae12
Physeteridae11
Iniidae11
Lipotidae11
Pontoporiidae11
Total36 genres≈ 79 espèces
Décompte conforme à la List of Marine Mammal Species and Subspecies de la Society for Marine Mammalogy (Committee on Taxonomy), dans sa version courante régulièrement mise à jour.

Caractéristiques des odontocètes

Les odontocètes se distinguent des mysticètes par un ensemble de traits liés à la prédation active et à l’écholocation. On les reconnaît notamment à leur évent unique (contre deux chez les mysticètes) et à leur crâne asymétrique, façonné par l’appareil sonore. Pour une vue d’ensemble comparative, voir notre page sur les différences entre baleine, cachalot et dauphin.

Une dentition adaptée à la capture, parfois réduite

La plupart des odontocètes possèdent des dents coniques fonctionnelles — de 2 à plus de 200 selon l’espèce — qui servent à saisir et non à mâcher. La dentition est généralement homodonte (toutes les dents ont une forme semblable). Certaines lignées font toutefois exception : chez les baleines à bec (Ziphiidae), les dents sont vestigiales ; femelles et juvéniles n’en ont souvent aucune apparente, et seuls les mâles voient percer une ou deux paires de « défenses » à rôle de combat ou d’affichage. Ces animaux capturent leurs proies par succion. Le narval n’a lui non plus aucune denture de préhension : sa « défense » est en réalité une dent unique très spécialisée.

L’écholocation : un biosonar de haute précision

Les odontocètes sont les seuls cétacés capables d’écholocation. Le mécanisme repose sur trois étapes :

  • Émission. Les clics sont produits par les lèvres phoniques (ou « museau de singe »), situées dans les voies nasales, juste sous l’évent — et non dans le melon.
  • Focalisation. Le melon, lentille lipidique frontale, met en forme et dirige le faisceau sonore vers l’avant.
  • Réception. Les échos de retour sont captés par un corps graisseux logé dans la mandibule inférieure creuse, qui transmet les vibrations à la bulle tympanique (oreille moyenne), puis à l’oreille interne.

Ce système, apparu chez les premiers odontocètes à l’Oligocène (il y a environ 34 à 23 millions d’années), permet une navigation et une chasse d’une grande finesse, y compris dans l’obscurité totale ou à grande profondeur.

Un régime carnivore et des stratégies de chasse variées

Tous les odontocètes sont carnivores. Leur régime comprend poissons, calmars et céphalopodes, crustacés, et — pour certains écotypes d’orque spécialisés — d’autres mammifères marins. La chasse peut être solitaire ou coordonnée en groupe.

Cognition, sociabilité et culture

Les odontocètes comptent parmi les animaux les plus sociaux et cognitivement développés :

  • Transmission culturelle de techniques de chasse et de dialectes vocaux.
  • Alliances, jeux sociaux et reconnaissance individuelle par « signatures » acoustiques.
  • Usage d’outils : le cas le mieux documenté est le sponging des grands dauphins (Tursiops) de Shark Bay, en Australie, qui protègent leur rostre avec une éponge marine pour fouiller le fond — un savoir-faire transmis de mère en fille.

Quelques espèces emblématiques

  • Tursiops truncatus : le grand dauphin, très étudié pour sa communication et sa cognition.
  • Orcinus orca : l’orque, superprédateur aux stratégies sociales élaborées et aux écotypes spécialisés.
  • Ziphius cavirostris : la baleine à bec de Cuvier détient les records mammaliens de plongée — deux records distincts : jusqu’à environ 2 992 m de profondeur et jusqu’à près de 3 h 42 (222 minutes) en apnée (Schorr et al. 2014, PLoS ONE, pour la profondeur).
  • Physeter macrocephalus : le grand cachalot, plus gros des odontocètes et détenteur du plus grand cerveau du règne animal.
  • Monodon monoceros : le narval, dont la « défense » est une canine gauche allongée en spirale, richement innervée — de l’ordre de dix millions de tubules dentinaires ouverts reliant la pulpe à la surface (Nweeia et al. 2014) —, aux fonctions sensorielles (salinité, température) et de sélection sexuelle aujourd’hui documentées.

Origine évolutive des odontocètes

Les odontocètes et les mysticètes forment ensemble les Neoceti (cétacés modernes), issus d’ancêtres terrestres à quatre pattes. La lignée des cétacés s’est séparée de celle des hippopotames (Whippomorpha) il y a environ 53 à 55 millions d’années (estimation moléculaire). Elle passe par des artiodactyles de l’Éocène tels que Pakicetus (~50 Ma), semi-aquatique et lié aux eaux douces — dont le plus proche parent connu est le raoellide Indohyus (~48 Ma) —, puis Ambulocetus et Rodhocetus, avant les basilosauridés entièrement marins comme Basilosaurus et Dorudon. La séparation entre odontocètes et mysticètes (au sein des Neoceti) s’est opérée il y a environ 34 à 39 millions d’années (données paléontologiques autour de 34 Ma) ; c’est aussi à cette époque qu’apparaît l’écholocation, chez des familles primitives comme les Xenorophidae. Pour approfondir, consultez nos pages sur l’évolution des cétacés, les fossiles ancêtres, l’ancêtre terrestre et la phylogénie interactive.

Conservation : des espèces parmi les plus menacées

Plusieurs odontocètes figurent parmi les mammifères marins les plus en danger, selon la Liste rouge de l’UICN :

  • Vaquita (Phocoena sinus) : en danger critique, une dizaine d’individus.
  • Baiji (Lipotes vexillifer) : en danger critique, possiblement éteint.
  • Dauphins de rivière (Gange, Indus, La Plata) : en danger ou vulnérables.

Questions fréquentes

Combien d’espèces d’odontocètes existe-t-il ?

La liste de référence de la Society for Marine Mammalogy (Committee on Taxonomy), régulièrement mise à jour, reconnaît environ 79 espèces vivantes d’odontocètes, réparties en 10 familles — sur un total d’environ 94 espèces de cétacés actuels (dont 15 mysticètes). La famille la plus riche est celle des Delphinidae (dauphins), avec 38 espèces.

Quelle est la différence entre odontocètes et mysticètes ?

Les odontocètes ont des dents, un évent unique et pratiquent l’écholocation ; ils chassent des proies individuelles. Les mysticètes ont des fanons (pas de dents), deux évents et filtrent de grandes quantités de petites proies.

Où sont produits les clics d’écholocation ?

Les clics sont générés par les lèvres phoniques situées dans les voies nasales, sous l’évent. Le melon ne produit pas le son : il agit comme une lentille acoustique qui le focalise vers l’avant.

Quel odontocète plonge le plus profond ?

La baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) détient les records mammaliens, avec deux performances distinctes : une plongée mesurée à environ 2 992 mètres de profondeur et une apnée d’environ 222 minutes (3 h 42).

Pour aller plus loin : identifier un cétacé, reconnaître un cétacé à son souffle, comparateur d’échelle et glossaire des cétacés.