Les odontocètes (Odontoceti) regroupent l’ensemble des cétacés pourvus de dents et d’un système d’écholocation. Contrairement aux mysticètes, ils ne possèdent pas de fanons : ils chassent des proies individuelles (poissons, calmars, parfois d’autres mammifères marins) qu’ils repèrent grâce à un biosonar. Ce sous-ordre rassemble les dauphins, les orques, les marsouins, les cachalots, les baleines à bec et les dauphins de rivière. D’après la liste de référence de la Society for Marine Mammalogy (SMM, Committee on Taxonomy), régulièrement mise à jour, on compte environ 79 espèces vivantes d’odontocètes — sur un total d’environ 94 espèces de cétacés actuels, dont 15 mysticètes — réparties en 10 familles.
Cette fiche présente un inventaire structuré par famille et fidèle à cette liste de référence. Elle signale explicitement les points taxonomiques débattus (synonymies, scissions récentes) plutôt que de les trancher arbitrairement.
Les Delphinidae forment de loin la famille la plus riche du sous-ordre, avec 38 espèces réparties en 19 genres. Elle inclut aussi bien les petits dauphins que l’orque et les globicéphales, taxonomiquement des « dauphins ». La liste ci-dessous suit la Society for Marine Mammalogy dans sa version courante, qui a entériné la révision de Galatius et al. (2025) réorganisant le genre Lagenorhynchus.
Points débattus. Le dauphin commun « à long bec » (autrefois Delphinus capensis) n’est plus une espèce distincte : la Society for Marine Mammalogy l’a placé en synonymie de Delphinus delphis dès 2016 ; une éventuelle réhabilitation dans le Pacifique nord-est (D. delphis bairdii) reste au stade de sous-espèce. La révision de Galatius et al. (2025), désormais suivie par la SMM, a éclaté le genre Lagenorhynchus, longtemps reconnu comme polyphylétique : seul le dauphin à bec blanc (L. albirostris) y demeure ; le dauphin à flancs blancs de l’Atlantique passe dans Leucopleurus, les dauphins à flancs blancs du Pacifique et sombre dans le nouveau genre Aethalodelphis, tandis que les dauphins de Peale et crucigère rejoignent Cephalorhynchus. Cette nouvelle répartition, retenue ici, n’est pas encore reprise par toutes les bases de données. Le grand dauphin de Tamanend (Tursiops erebennus), rétabli récemment comme espèce distincte, et l’orque font aussi l’objet de discussions : la SMM reconnaît désormais trois sous-espèces d’orque — O. o. ater (« résidente »), O. o. rectipinnus (« de Bigg » ou « transiente ») et O. o. orca (nominale) —, dont l’élévation au rang d’espèces distinctes est débattue mais non encore retenue.
La vaquita (Phocoena sinus), endémique du nord du golfe de Californie, est le cétacé le plus menacé au monde : l’UICN la classe « en danger critique », avec une population estimée à une dizaine d’individus, victime des filets maillants illégaux.
Deuxième famille la plus diversifiée des odontocètes avec 24 espèces, les Ziphiidae sont des plongeurs profonds encore mal connus ; plusieurs espèces n’ont jamais été observées vivantes de façon fiable. Le genre Mesoplodon à lui seul compte 16 espèces.
Point débattu. La reconnaissance de deux espèces distinctes de Platanista — le dauphin du Gange (P. gangetica) et le dauphin de l’Indus (P. minor) — est retenue ici mais reste discutée : certaines autorités traitent encore le dauphin de l’Indus comme une sous-espèce (P. gangetica minor) plutôt que comme une espèce à part entière.
Point débattu. Une seconde espèce, Inia araguaiaensis (dauphin de l’Araguaia), a été proposée en 2014, mais elle n’est pas reconnue par le Committee on Taxonomy de la SMM, faute de consensus ; nous la mentionnons donc comme taxon proposé, non validé. De même, la position d’Inia et Pontoporia — familles séparées (retenu ici) ou regroupées en un Iniidae élargi — varie selon les auteurs.
Le baiji est toujours porté sur la liste de référence de la SMM parmi les 79 odontocètes, mais l’UICN le classe « en danger critique (possiblement éteint) » : sa dernière observation confirmée remonte à 2002 et une expédition de 2006 n’a détecté aucun individu. Il n’est cependant pas officiellement déclaré éteint. Il illustre de façon dramatique la vulnérabilité des dauphins de rivière face à l’artificialisation des fleuves.
| Famille | Genres | Espèces |
|---|---|---|
| Delphinidae | 19 | 38 |
| Ziphiidae | 6 | 24 |
| Phocoenidae | 3 | 7 |
| Monodontidae | 2 | 2 |
| Kogiidae | 1 | 2 |
| Platanistidae | 1 | 2 |
| Physeteridae | 1 | 1 |
| Iniidae | 1 | 1 |
| Lipotidae | 1 | 1 |
| Pontoporiidae | 1 | 1 |
| Total | 36 genres | ≈ 79 espèces |
Les odontocètes se distinguent des mysticètes par un ensemble de traits liés à la prédation active et à l’écholocation. On les reconnaît notamment à leur évent unique (contre deux chez les mysticètes) et à leur crâne asymétrique, façonné par l’appareil sonore. Pour une vue d’ensemble comparative, voir notre page sur les différences entre baleine, cachalot et dauphin.
La plupart des odontocètes possèdent des dents coniques fonctionnelles — de 2 à plus de 200 selon l’espèce — qui servent à saisir et non à mâcher. La dentition est généralement homodonte (toutes les dents ont une forme semblable). Certaines lignées font toutefois exception : chez les baleines à bec (Ziphiidae), les dents sont vestigiales ; femelles et juvéniles n’en ont souvent aucune apparente, et seuls les mâles voient percer une ou deux paires de « défenses » à rôle de combat ou d’affichage. Ces animaux capturent leurs proies par succion. Le narval n’a lui non plus aucune denture de préhension : sa « défense » est en réalité une dent unique très spécialisée.
Les odontocètes sont les seuls cétacés capables d’écholocation. Le mécanisme repose sur trois étapes :
Ce système, apparu chez les premiers odontocètes à l’Oligocène (il y a environ 34 à 23 millions d’années), permet une navigation et une chasse d’une grande finesse, y compris dans l’obscurité totale ou à grande profondeur.
Tous les odontocètes sont carnivores. Leur régime comprend poissons, calmars et céphalopodes, crustacés, et — pour certains écotypes d’orque spécialisés — d’autres mammifères marins. La chasse peut être solitaire ou coordonnée en groupe.
Les odontocètes comptent parmi les animaux les plus sociaux et cognitivement développés :
Les odontocètes et les mysticètes forment ensemble les Neoceti (cétacés modernes), issus d’ancêtres terrestres à quatre pattes. La lignée des cétacés s’est séparée de celle des hippopotames (Whippomorpha) il y a environ 53 à 55 millions d’années (estimation moléculaire). Elle passe par des artiodactyles de l’Éocène tels que Pakicetus (~50 Ma), semi-aquatique et lié aux eaux douces — dont le plus proche parent connu est le raoellide Indohyus (~48 Ma) —, puis Ambulocetus et Rodhocetus, avant les basilosauridés entièrement marins comme Basilosaurus et Dorudon. La séparation entre odontocètes et mysticètes (au sein des Neoceti) s’est opérée il y a environ 34 à 39 millions d’années (données paléontologiques autour de 34 Ma) ; c’est aussi à cette époque qu’apparaît l’écholocation, chez des familles primitives comme les Xenorophidae. Pour approfondir, consultez nos pages sur l’évolution des cétacés, les fossiles ancêtres, l’ancêtre terrestre et la phylogénie interactive.
Plusieurs odontocètes figurent parmi les mammifères marins les plus en danger, selon la Liste rouge de l’UICN :
La liste de référence de la Society for Marine Mammalogy (Committee on Taxonomy), régulièrement mise à jour, reconnaît environ 79 espèces vivantes d’odontocètes, réparties en 10 familles — sur un total d’environ 94 espèces de cétacés actuels (dont 15 mysticètes). La famille la plus riche est celle des Delphinidae (dauphins), avec 38 espèces.
Les odontocètes ont des dents, un évent unique et pratiquent l’écholocation ; ils chassent des proies individuelles. Les mysticètes ont des fanons (pas de dents), deux évents et filtrent de grandes quantités de petites proies.
Les clics sont générés par les lèvres phoniques situées dans les voies nasales, sous l’évent. Le melon ne produit pas le son : il agit comme une lentille acoustique qui le focalise vers l’avant.
La baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) détient les records mammaliens, avec deux performances distinctes : une plongée mesurée à environ 2 992 mètres de profondeur et une apnée d’environ 222 minutes (3 h 42).
Pour aller plus loin : identifier un cétacé, reconnaître un cétacé à son souffle, comparateur d’échelle et glossaire des cétacés.
