Tous les six ans, la France doit rendre compte à l’Europe de l’état de ses eaux marines. Pour les cétacés, cette évaluation repose sur des survols aériens à basse altitude, les campagnes MEGASCOPE de l’Observatoire Pelagis, dont les observations alimentent des modèles de distribution. Le résultat vient d’être publié en accès libre : 58 cartes couvrant sept espèces, par saison et par année, sur l’Atlantique, la Manche et la Méditerranée occidentale. Les voici, rendues navigables.
| Espèce | Façade | Période | Présence moyenne | Maximum |
|---|---|---|---|---|
|
Dauphin bleu et blanc Stenella coeruleoalba |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,151 | 0,782 |
| septembre 2015 | 0,172 | 0,812 | ||
| novembre 2015 | 0,159 | 0,808 | ||
| mai 2020 | 0,151 | 0,768 | ||
| septembre 2020 | 0,177 | 0,859 | ||
| novembre 2020 | 0,153 | 0,826 | ||
|
Dauphin bleu et blanc Stenella coeruleoalba |
Méditerranée occidentale | janvier 2012 | 0,079 | 0,140 |
| juillet 2012 | 0,116 | 0,203 | ||
| juillet 2018 | 0,120 | 0,209 | ||
| janvier 2019 | 0,079 | 0,140 | ||
|
Dauphin commun Delphinus delphis |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,381 | 0,930 |
| septembre 2015 | 0,458 | 0,968 | ||
| novembre 2015 | 0,412 | 0,945 | ||
| mai 2020 | 0,391 | 0,932 | ||
| septembre 2020 | 0,476 | 0,964 | ||
| novembre 2020 | 0,400 | 0,933 | ||
|
Dauphin de Risso Grampus griseus |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,190 | 0,428 |
| septembre 2015 | 0,218 | 0,471 | ||
| novembre 2015 | 0,198 | 0,447 | ||
| mai 2020 | 0,195 | 0,416 | ||
| septembre 2020 | 0,223 | 0,480 | ||
| novembre 2020 | 0,199 | 0,457 | ||
|
Globicéphale noir Globicephala melas |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,154 | 0,797 |
| septembre 2015 | 0,180 | 0,853 | ||
| novembre 2015 | 0,162 | 0,804 | ||
| mai 2020 | 0,160 | 0,812 | ||
| septembre 2020 | 0,186 | 0,850 | ||
| novembre 2020 | 0,160 | 0,794 | ||
|
Globicéphale noir Globicephala melas |
Méditerranée occidentale | janvier 2012 | 0,064 | 0,137 |
| juillet 2012 | 0,100 | 0,176 | ||
| juillet 2018 | 0,111 | 0,257 | ||
| janvier 2019 | 0,065 | 0,144 | ||
|
Grand dauphin Tursiops truncatus |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,154 | 0,547 |
| septembre 2015 | 0,183 | 0,598 | ||
| novembre 2015 | 0,164 | 0,574 | ||
| mai 2020 | 0,158 | 0,550 | ||
| septembre 2020 | 0,189 | 0,608 | ||
| novembre 2020 | 0,160 | 0,553 | ||
|
Grand dauphin Tursiops truncatus |
Méditerranée occidentale | janvier 2012 | 0,054 | 0,112 |
| juillet 2012 | 0,066 | 0,111 | ||
| juillet 2018 | 0,072 | 0,133 | ||
| janvier 2019 | 0,055 | 0,103 | ||
|
Petit rorqual Balaenoptera acutorostrata |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,258 | 0,627 |
| septembre 2015 | 0,251 | 0,592 | ||
| novembre 2015 | 0,252 | 0,622 | ||
| mai 2020 | 0,260 | 0,620 | ||
| septembre 2020 | 0,247 | 0,589 | ||
| novembre 2020 | 0,257 | 0,620 | ||
|
Rorqual commun Balaenoptera physalus |
Atlantique et Manche | mai 2015 | 0,101 | 0,567 |
| septembre 2015 | 0,130 | 0,660 | ||
| novembre 2015 | 0,109 | 0,569 | ||
| mai 2020 | 0,107 | 0,587 | ||
| septembre 2020 | 0,136 | 0,670 | ||
| novembre 2020 | 0,108 | 0,554 | ||
|
Rorqual commun Balaenoptera physalus |
Méditerranée occidentale | janvier 2012 | 0,009 | 0,019 |
| juillet 2012 | 0,032 | 0,062 | ||
| juillet 2018 | 0,040 | 0,072 | ||
| janvier 2019 | 0,009 | 0,017 |
Données : Évaluation DCSMM 2024, indicateur D1C4, campagnes MEGASCOPE (Observatoire Pelagis), servies par Sextant (Ifremer), Licence Ouverte / Open Licence. Indicateur rattaché à l’évaluation OSPAR QSR 2023. Fichiers reconstitués le 11 août 2026.
C’est la première chose à comprendre, et elle change tout. Chaque maille porte une probabilité de présence comprise entre 0 et 1, c’est-à-dire la chance d’y rencontrer l’espèce, et non un nombre d’animaux. Une maille à 0,8 ne contient pas huit fois plus de dauphins qu’une maille à 0,1 : elle en contient plus souvent.
La conséquence pratique est qu’on ne compare pas deux espèces entre elles sur ces cartes. Le dauphin commun affiche une présence moyenne de 0,42 en Atlantique et le rorqual commun 0,12, mais cela ne dit pas qu’il y a trois fois et demie plus de dauphins que de rorquals : cela dit que le modèle attend le dauphin commun presque partout et le rorqual dans des zones plus restreintes. Chaque espèce se lit contre elle-même, d’une saison à l’autre.
Chaque maille porte aussi son erreur type, consultable en cliquant la carte. C’est la mesure de ce que le modèle ne sait pas, et elle est souvent du même ordre que les écarts que l’on voudrait commenter.
En recalculant la moyenne de chaque carte, un motif saute aux yeux : en Atlantique, six espèces sur sept culminent en septembre, et retombent en mai comme en novembre.
| Espèce, façade atlantique | mai | septembre | novembre |
|---|---|---|---|
| Dauphin commun | 0,386 | 0,467 | 0,406 |
| Petit rorqual | 0,259 | 0,249 | 0,254 |
| Dauphin de Risso | 0,192 | 0,220 | 0,198 |
| Grand dauphin | 0,156 | 0,186 | 0,162 |
| Globicéphale noir | 0,157 | 0,183 | 0,161 |
| Dauphin bleu et blanc | 0,151 | 0,174 | 0,156 |
| Rorqual commun | 0,104 | 0,133 | 0,109 |
L’exception est instructive. Le petit rorqual est la seule espèce dont la présence ne monte pas en septembre : elle est même très légèrement plus basse qu’en mai. C’est aussi la seule de la liste à ne pas être un grand voyageur saisonnier dans ces eaux, et la plus côtière des baleines de la façade.
Une réserve s’impose toutefois : un modèle de distribution restitue autant la saison que les conditions dans lesquelles on a volé. Septembre offre une mer plus calme et une meilleure détectabilité que novembre. La correction de l’effort d’observation fait partie de la méthode, mais elle n’est jamais parfaite, et ce motif mérite d’être lu comme une tendance plutôt que comme une mesure.
Le contraste saisonnier y est bien plus violent qu’en Atlantique, et il concerne surtout le rorqual commun. Sa présence moyenne passe de 0,009 en janvier 2019 à 0,040 en juillet 2018, soit un rapport de un à quatre entre deux dates voisines. Le globicéphale noir suit le même mouvement, de 0,065 à 0,111.
Ce n’est pas une surprise pour qui connaît le sanctuaire Pelagos : les rorquals se rassemblent l’été en mer Ligure pour exploiter les essaims de krill que les remontées d’eau y concentrent. La carte le montre à l’échelle du bassin, et cela recoupe ce que décrit notre page sur les cétacés de Méditerranée.
La carte permet de soustraire la première année de la dernière, et il faut expliquer pourquoi nous avons étiqueté ce mode écart entre deux sorties de modèle plutôt que évolution.
Les écarts observés entre 2015 et 2020 sont faibles : au maximum 0,018 point pour le dauphin commun en septembre, le plus gros mouvement du jeu. Or l’erreur type d’une maille dépasse fréquemment cette valeur. Autrement dit, à l’échelle de la façade, ces cartes ne montrent pas de redistribution nette en cinq ans, et prétendre le contraire serait sur-interpréter du bruit. Le mode comparaison signale d’ailleurs, maille par maille, quand l’écart est plus petit que l’erreur type.
Ce qui change entre deux millésimes tient aussi à la donnée d’entrée : campagnes différentes, effort différent, parfois modèle révisé. Cinq ans, pour des animaux qui vivent des décennies et parcourent des milliers de kilomètres, est un pas de temps court.
Des campagnes MEGASCOPE, menées par l’Observatoire Pelagis à bord d’avions volant à basse altitude le long de transects prédéfinis. Des observateurs y notent chaque groupe aperçu, son espèce, sa taille et sa distance à la trajectoire. Ces observations, corrigées de la probabilité de détection, alimentent des modèles qui relient la présence aux conditions du milieu, puis prédisent sur l’ensemble de la zone, y compris là où l’avion n’est pas passé.
C’est le même socle de données que celui de notre carte de sensibilité à l’éolien en mer, et le même observatoire que celui des campagnes SAMM. L’indicateur porte le code D1C4 de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin, et alimente l’évaluation OSPAR de l’Atlantique du Nord-Est.
Sept espèces, pas toutes. Le marsouin commun, le cachalot ou les baleines à bec ne figurent pas dans cet indicateur, faute d’un nombre d’observations suffisant pour ajuster un modèle fiable. Leur absence de la carte ne signifie rien quant à leur présence en mer.
Deux maillages différents. L’Atlantique est découpé en 4 565 mailles rectangulaires régulières, la Méditerranée en 1 541 mailles légèrement obliques, héritées d’une projection différente. Nous avons redressé ces dernières, l’écart au tracé exact étant d’une dizaine de mètres.
Des doublons en Méditerranée. Les couches méditerranéennes livrent 2 429 entités pour 1 541 mailles : 770 mailles portent deux à quatre estimations superposées, de géométrie identique et de valeurs différentes. Ni les métadonnées ni le lignage ne l’expliquent, et l’hypothèse la plus probable est une mosaïque de sorties de modèle qui se recouvrent. Nous avons moyenné ces valeurs, traitement le moins présomptueux pour des estimations répétées d’une même grandeur. Le choix est discutable, il est signalé ici pour que chacun puisse en juger.
Données : évaluation DCSMM 2024, indicateur D1C4 « distribution des cétacés », campagnes MEGASCOPE de l’Observatoire Pelagis (La Rochelle Université et CNRS), diffusées par l’Ifremer via le service WFS Sextant sous Licence Ouverte. Chaque couche porte son propre DOI dans le catalogue. Indicateur rattaché à l’évaluation OSPAR QSR 2023 sur l’abondance et la distribution des cétacés. Les moyennes, maxima et écarts affichés sur cette page sont recalculés par nos soins à partir des couches originales.
