Ils sont la vedette de l’été sur le bassin d’Arcachon. Depuis juillet, les groupes de dauphins signalés au niveau des passes, autour du banc d’Arguin et au large d’Arcachon se succèdent, relayés par des vidéos de plaisanciers et de riverains. De nouveaux signalements ont encore circulé au début du mois d’août. Derrière l’enthousiasme, les spécialistes posent une question moins spectaculaire mais plus intéressante : y a-t-il réellement davantage de dauphins cette année, ou simplement davantage de caméras pour les filmer ?
Ce qui a été observé cet été
L’une des observations les mieux documentées remonte au 16 juillet 2026, en milieu de matinée : un groupe repéré entre Arcachon et le Cap Ferret depuis un bateau de croisière, filant vers le banc d’Arguin puis vers le large, par un fort coefficient de marée et en début de jusant. D’autres signalements ont suivi au fil de l’été, jusqu’aux premiers jours d’août, autour des passes et du banc d’Arguin.
Ces rencontres n’ont rien d’inédit. La présence de petits cétacés dans les parages du bassin est une réalité ancienne et documentée, que la saison estivale rend simplement plus visible : la mer est calme, les sorties en bateau sont nombreuses, et chaque plaisancier a désormais un appareil photo dans la poche.
Publié par Au delà du Bassin sur Instagram.
Le contenu est hébergé par Instagram. En l’affichant, vous acceptez que Meta dépose des cookies et reçoive votre adresse IP. Rien n’est chargé tant que vous ne cliquez pas.
Ouvrir sur InstagramCes images proviennent d’Au delà du Bassin, qui organise depuis Arcachon et Lège-Cap-Ferret des sorties d’observation en mer, de Lacanau à Biscarrosse, accompagnées par un guide naturaliste, Mathieu Ducret. La structure indique consigner ses observations à des fins scientifiques et s’en tenir aux règles rappelées plus bas : pas d’appât, pas de poursuite, distance maintenue. La précision compte, car filmer des dauphins depuis un bateau n’est acceptable qu’à cette condition.
Quelle espèce voit-on au juste ?
Le Parc naturel marin du bassin d’Arcachon est clair : les mammifères marins observés régulièrement sont pour l’essentiel de petits cétacés, et surtout le dauphin commun. Les données ouvertes rassemblées par le GBIF le confirment à l’échelle du secteur : sur environ 4 100 observations de cétacés géolocalisées autour du bassin, le dauphin commun en représente à lui seul près de la moitié.
Viennent ensuite le marsouin commun, discret et souvent confondu avec un dauphin de loin, puis le grand dauphin, le globicéphale noir et le dauphin bleu et blanc. Autant dire qu’un aileron aperçu depuis la plage ne suffit pas à nommer l’animal : la silhouette, la taille du groupe et la forme du dos comptent au moins autant. Nos fiches sur les odontocètes détaillent ces critères.
Plus de dauphins, ou plus de téléphones ?
C’est le cœur du débat, et la réponse honnête est qu’on ne sait pas. Aucune étude locale ne permet aujourd’hui d’affirmer que la population fréquentant le bassin aurait augmenté. Ce qui a changé de façon certaine, c’est le nombre d’observateurs équipés et la vitesse à laquelle une vidéo circule.
À plus grande échelle, les campagnes aériennes menées dans le golfe de Gascogne donnent un ordre de grandeur : près de 494 000 dauphins communs et bleus et blancs estimés en période estivale, contre environ 285 000 lors d’une campagne hivernale. Ces chiffres concernent tout le golfe, pas le bassin, et illustrent surtout la mobilité saisonnière de ces espèces, qui suivent leurs proies bien plus qu’elles ne s’installent.
Les règles d’approche, et elles valent pour tout le monde
Le Parc naturel marin rappelle des consignes précises. La distance minimale est de 100 mètres, avec une zone de vigilance de 300 mètres autour du groupe. La vitesse ne doit pas dépasser 5 nœuds, régulière et calée sur l’animal le plus lent. L’approche se fait par le côté, de l’arrière vers l’avant, jamais devant ni derrière, et sans jamais couper la trajectoire des animaux.
Si les dauphins s’approchent d’eux-mêmes à moins de 100 mètres, il faut passer au point mort et couper le moteur. L’observation ne doit pas excéder 30 minutes, moins encore en présence de nouveau-nés. Se baigner avec les animaux, les toucher ou les nourrir est proscrit. Ces règles s’appliquent sans exception : plaisanciers, kayaks, paddles, jet-skis, bateaux à passagers, professionnels, photographes et drones compris.
Pourquoi une distance de sécurité est importante ?
Un groupe encerclé par plusieurs embarcations cesse de se nourrir, de se reposer ou d’allaiter. L’énergie dépensée à fuir n’est pas dépensée à chasser, et un jeune séparé de sa mère dans la confusion paie cher quelques minutes de curiosité. Les passes d’Arcachon, étroites et très fréquentées en août, cumulent le trafic et le risque de collision. Les causes de mortalité des petits cétacés du golfe de Gascogne restent d’abord liées aux captures accidentelles dans les engins de pêche, mais le dérangement répété s’y ajoute sans nécessité.
Que retenir ?
Que l’été 2026 est bel et bien une belle saison d’observation sur le bassin, sans qu’on puisse pour autant parler d’un retour ou d’une explosion démographique. Que l’espèce la plus probable derrière un aileron est le dauphin commun. Et que la meilleure manière de profiter de ces rencontres est de les laisser venir : moteur coupé, à distance, sans les poursuivre. La période favorable court de mai à septembre. Chaque observation gagne enfin à être signalée sur la plateforme OBSenMER, où elle devient une donnée utile aux scientifiques plutôt qu’une vidéo de plus.
Sources : France 3 Nouvelle-Aquitaine, Bassin d’Arcachon et Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon. Chiffres de répartition établis à partir des données ouvertes du GBIF.
