| Nom scientifique | Sotalia fluviatilis (Gervais & Deville in Gervais, 1853) |
|---|---|
| Autres noms | Sotalie de l'Amazone ; « dauphin de l'Amazone » (appellation ambiguë, également donnée au boto rose) ; bufeo gris, bufeo negro, delfín gris de río (espagnol) ; tucuxi (anglais et portugais) |
| Taille | Jusqu'à 1,52 m ; longueur moyenne des adultes voisine de 1,4 m ; 71 à 83 cm à la naissance |
| Poids | Jusqu'à 53-55 kg |
| Longévité | Longévité encore mal connue : le comptage des couches de croissance dentaire (GLG) a donné au maximum 43 couches chez une femelle et 26 chez un mâle en Amazonie centrale (da Silva, 1994 ; revue par Rosas et al., 2010), soit une quarantaine d'années au maximum ; plusieurs ouvrages de synthèse retiennent une longévité courante de l'ordre de 35 ans. Durée de génération estimée à 15,6 ans (Taylor et al., 2007, valeur retenue par l'UICN en 2020). |
| Régime | Strictement piscivore : au moins 28 espèces de poissons réparties en 11 à 13 familles, surtout de petits poissons grégaires (Curimatidae, Sciaenidae, siluriformes) |
| Statut UICN | En danger (EN), critère A4b, évaluation du 20 août 2020, publiée en 2020. L'espèce était auparavant classée en Données insuffisantes (DD) en 2010 et en 2012. Tendance de la population : en diminution. Aucune sous-population n'est évaluée séparément. |
Le tucuxi (Sotalia fluviatilis) est le plus petit dauphin d'eau douce d'Amérique du Sud et l'un des rares delphinidés à vivre exclusivement en rivière, dans le bassin de l'Amazone. Gris bleuté, long d'à peine un mètre et demi, il partage ses eaux avec le boto rose sans lui être apparenté de près. L'UICN le classe En danger depuis 2020, en raison de captures accidentelles massives dans les filets, des barrages et de la pollution.
Le tucuxi ressemble à un grand dauphin en réduction : corps fuselé et robuste, bec bien détaché du melon et de longueur modérée, garni de 26 à 36 paires de dents fines et pointues. La nageoire dorsale est petite et triangulaire, parfois très légèrement recourbée à la pointe. Le dos et les flancs sont gris clair à gris bleuté, avec une zone plus pâle entre les pectorales et la dorsale ; le ventre est nettement plus clair, souvent teinté de rose. La taille maximale documentée atteint 1,52 m pour 53 à 55 kg, les adultes mesurant en moyenne 1,4 m. Il n'existe pas de dimorphisme sexuel marqué.
En surface, l'animal est vif : c'est le seul dauphin de rivière qui saute franchement hors de l'eau, et il pratique aussi la chandelle et les claquements de caudale. Ses plongées sont brèves, de 30 secondes à une minute. Contrairement à beaucoup de delphinidés marins, il n'accompagne pas les bateaux et s'en écarte plutôt.
Deux confusions sont fréquentes. La première avec le boto, ou inie de Geoffroy (Inia geoffrensis, famille des Iniidae), sympatrique sur presque toute l'aire : le boto est bien plus grand (jusqu'à 2,5 m et plus de 200 kg chez les mâles), rosé, doté d'un long rostre étroit, d'un front bombé, d'un cou souple et d'une simple crête dorsale basse au lieu d'un aileron triangulaire ; il pénètre dans la forêt inondée en hautes eaux, ce que le tucuxi ne fait pratiquement jamais. La seconde avec le dauphin de Guyane (Sotalia guianensis), très proche mais plus grand (jusqu'à 2,22 m et 121 kg) et strictement côtier et estuarien : les deux espèces ne se côtoient pas.
Le tucuxi appartient à la famille des Delphinidae (sous-famille des Delphininae). Malgré son mode de vie fluvial, ce n'est donc pas un « vrai » dauphin de rivière apparenté au boto ou au dauphin du Gange, mais un delphinidé au sens strict, secondairement installé en eau douce. Il a été décrit sous le nom de Delphinus fluviatilis par Paul Gervais et Émile Deville en 1853 ; Steno tucuxi Gray, 1856 en est un synonyme. Le nom vernaculaire dérive du tupi tuchuchi-ana.
Le genre Sotalia a longtemps été tenu pour monotypique, avec un écotype fluvial et un écotype marin. Des analyses morphométriques tridimensionnelles du crâne (Monteiro-Filho et al., 2002 ; Fettuccia et al., 2009), puis génétiques portant sur dix gènes nucléaires et trois gènes mitochondriaux (Cunha et al., 2005 ; Caballero et al., 2007), ont montré qu'il s'agit de deux espèces distinctes : S. fluviatilis dans le bassin amazonien et S. guianensis en mer et en estuaire. Cette séparation fait aujourd'hui consensus. Les Sotalia observés dans l'Orénoque jusqu'à Ciudad Bolívar, à environ 300 km en amont de l'embouchure, ont été rattachés génétiquement à S. guianensis et forment une population isolée, probablement indépendante (Caballero et al., 2017) ; ceux du lac de Maracaibo sont également rattachés à S. guianensis (Secchi et al., 2018).
L'espèce est endémique du bassin Amazone-Solimões. L'UICN retient quatre États dans son aire de répartition : Brésil, Colombie, Équateur et Pérou. Elle remonte jusqu'au sud du Pérou, à l'est de l'Équateur et au sud-est de la Colombie, et franchit régulièrement les frontières, notamment autour de Leticia et d'Iquitos.
Sa distribution est bornée par les rapides, les chutes et les hauts-fonds. Aucune donnée n'existe au-dessus des chutes de Santo Antônio et Teotônio sur le Madeira, au-delà des chutes situées à environ 200 km de l'embouchure du Tapajós, au-dessus des rapides de Belo Monte sur le Xingu, ni au-dessus de la Cachoeira Porteira sur le Trombetas. Le tucuxi est absent du bassin Beni-Mamoré en Bolivie, du bassin Tocantins-Araguaia, du haut Rio Negro et du bassin de l'Orénoque, où les Sotalia observés jusqu'à Ciudad Bolívar appartiennent à l'espèce sœur S. guianensis.
Il fréquente les trois types d'eaux amazoniennes, blanches, claires et noires : ni la turbidité ni l'acidité ne semblent limiter sa présence. Il privilégie les chenaux principaux, les grands lacs et surtout les confluences, en particulier là où une eau blanche chargée de sédiments rencontre une eau noire. Plus de la moitié des individus se tiennent à moins de 50 m des berges. Il évite les rapides et les faibles profondeurs (moins de 3 m en rivière, 1,8 m en lac au Pérou) et quitte les lacs quand les eaux se retirent, l'amplitude saisonnière atteignant 10 à 16 m.
En France, l'espèce est absente de toutes les eaux, métropolitaines comme ultramarines. En Guyane, c'est son proche parent le dauphin de Guyane (Sotalia guianensis, Quasi menacé) qui est présent toute l'année le long du littoral et dans les estuaires, Cayenne, Mahury, Approuague, Oyapock, Mana, Maroni, ainsi qu'autour des îles du Salut et de l'île du Grand Connétable.
Alimentation. Le tucuxi est strictement piscivore. Au moins 28 espèces de poissons de 11 familles ont été identifiées dans son régime en Amazonie : sur 29 estomacs analysés, les Curimatidae apparaissaient dans 52 % des cas, les Sciaenidae dans 39 % et les siluriformes dans 54 %. Il chasse en groupes soudés, poursuivant les bancs juste sous la surface. En étiage, les poissons se concentrent dans les chenaux et deviennent plus accessibles ; en crue, une partie des proies gagne la plaine inondée, hors de portée. Quatorze des trente espèces les plus pêchées d'Amazonie figurent à son menu, mais il prélève surtout des tailles inférieures à celles recherchées par les pêcheurs.
Vie sociale et déplacements. Les groupes comptent le plus souvent un à six individus (55 % des observations) ; ceux de plus de neuf animaux sont rares, même si des rassemblements de 26 individus ont été notés aux confluences. La taille moyenne des groupes va de 2,2 en Amazonie centrale à 3,9 dans le haut Amazone, et les données disponibles ne permettent pas d'en préciser la composition. La fidélité au site est forte : deux individus marqués ont été retrouvés à moins de 5 km un an plus tard, un mâle adulte a été revu pendant neuf ans dans le même secteur à Mamirauá, et le domaine documenté par photo-identification atteint au maximum 130 km, avec des déplacements pouvant atteindre 56 km par jour.
Reproduction et âge. La maturité sexuelle est atteinte vers 140 cm chez les mâles et entre 132 et 137 cm chez les femelles. La gestation dure environ 10 à 11 mois et donne un petit unique de 71 à 83 cm, allaité près de sept mois. Les naissances sont nettement saisonnières et se concentrent pendant les basses eaux, de septembre à novembre au Brésil, l'activité testiculaire des mâles suivant le même rythme. Les testicules peuvent représenter jusqu'à 5 % de la masse corporelle chez les mâles actifs, indice d'une compétition spermatique ; l'ovulation semble ne concerner que l'ovaire gauche. L'âge est estimé par comptage des couches de croissance dentaire : les valeurs maximales relevées en Amazonie centrale sont de 43 couches chez une femelle et 26 chez un mâle (da Silva, 1994), ce qui situe la longévité maximale documentée autour d'une quarantaine d'années, pour une durée de génération estimée à 15,6 ans. L'espèce supporte très mal la captivité : le dernier tucuxi captif est mort en 2009 au zoo de Münster.
Le tucuxi est classé En danger (EN) au titre du critère A4b depuis l'évaluation du 20 août 2020 ; il figurait auparavant en Données insuffisantes. La tendance est à la diminution et il n'existe aucune estimation de l'effectif mondial.
Le déclin est documenté surtout dans la réserve de Mamirauá, au Brésil, où 363 relevés standardisés sur un transect de 30 km, réalisés entre novembre 1994 et janvier 2017, montrent une baisse de 7,4 % par an, un effectif divisé par deux tous les neuf ans environ, soit une chute proche de 80 % sur la durée de l'étude. Projetée sur trois générations (1994-2041), cette tendance conduirait à une réduction de 97 % dans la zone. Les évaluateurs jugent le statut « En danger critique » plausible, mais ont retenu « En danger » compte tenu de l'incertitude sur l'intensité des menaces à l'échelle de l'aire. Ailleurs, les comptages locaux restent notables : 409 individus sur 120 km d'Amazone à la triple frontière en 1993, 764 sur 2 704 km de rivières en 2006-2007, 511 autour de Tefé en 2013 et 3 372 dans le Tapajós en 2014.
Menaces. La capture accidentelle dans les filets maillants monofilament est la première cause de mortalité connue : sur 34 carcasses examinées en Amazonie centrale, 74 % provenaient de filets maillants et 15 % de sennes. S'y ajoutent l'abattage délibéré pour servir d'appât à la pêche de la piracatinga, interdite au Brésil depuis 2015, mais la pratique persiste, la pêche à l'explosif, les barrages (74 en service, 31 en chantier et 91 projetés pour la seule Amazonie brésilienne), le mercure issu de l'orpaillage et les organochlorés. Certaines parties du corps sont vendues comme amulettes dans le nord du Brésil, et la graisse employée en médecine traditionnelle.
Protection. L'espèce est inscrite à l'Annexe I de la CITES et à l'Annexe II de la CMS. Elle est cotée Vulnérable en Colombie, En danger en Équateur, Quasi menacée au Brésil depuis 2012, et protégée par la loi au Pérou depuis 1996. Un plan d'action pour les dauphins de rivière d'Amérique du Sud existe, et le Brésil, la Colombie, l'Équateur et le Pérou ont soumis en 2020 une proposition de plan de gestion conservatoire au comité scientifique de la Commission baleinière internationale.
Le tucuxi s'observe depuis les rivières du bassin amazonien : réserves de Mamirauá et d'Amanã autour de Tefé au Brésil, secteur de Puerto Nariño et lac Tarapoto près de Leticia en Colombie, réserve de Pacaya-Samiria au Pérou, système lacustre du Cuyabeno en Équateur. Les confluences, notamment là où une eau blanche rejoint une eau noire, sont les meilleurs postes d'affût, et la saison des basses eaux y concentre les animaux.
Il faut chercher un petit aileron triangulaire, des souffles discrets et des sauts francs, c'est le seul dauphin de rivière à sortir entièrement de l'eau. Les plongées ne durant que 30 secondes à une minute, l'attente moteur coupé est souvent payante.
L'espèce fuyant les embarcations, mieux vaut se laisser dériver, ne jamais poursuivre un groupe ni s'interposer entre une femelle et son petit, et renoncer au nourrissage comme aux baignades avec les dauphins. Les opérateurs communautaires des réserves sont à privilégier. Aucun tucuxi n'est visible en captivité : l'espèce n'y survit pas.
Non, au sens taxinomique. Il appartient à la famille des Delphinidae, celle des dauphins océaniques, et n'est pas apparenté de près au boto ni au dauphin du Gange : c'est un delphinidé qui a colonisé l'eau douce, où il vit désormais exclusivement.
Le tucuxi est gris bleuté, mesure au plus 1,52 m et porte une petite nageoire dorsale triangulaire. Le boto atteint 2,5 m, est rosé, possède un long rostre étroit, un front bombé et une simple crête dorsale basse ; il pénètre dans la forêt inondée, contrairement au tucuxi.
En danger (EN) sur la Liste rouge de l'UICN, au titre du critère A4b, depuis l'évaluation du 20 août 2020. Il était auparavant classé en Données insuffisantes. La population est en diminution et aucun effectif mondial n'est estimé.
Non. Il est strictement limité au bassin amazonien et absent des eaux françaises, y compris ultramarines. En Guyane, c'est l'espèce sœur, le dauphin de Guyane (Sotalia guianensis, Quasi menacé), qui fréquente le littoral et les estuaires toute l'année.
Principalement à cause des noyades dans les filets maillants, de l'abattage pour servir d'appât à la pêche de la piracatinga, de la multiplication des barrages amazoniens et de la pollution (mercure de l'orpaillage, organochlorés). À Mamirauá, le suivi 1994-2017 montre une baisse de 7,4 % par an.
Les couches de croissance dentaire indiquent une longévité maximale d'une quarantaine d'années : jusqu'à 43 couches ont été comptées chez une femelle amazonienne (26 chez un mâle), même si les ouvrages de synthèse retiennent souvent une longévité courante d'environ 35 ans. La femelle met bas un petit unique de 71 à 83 cm après environ 10 à 11 mois de gestation, presque toujours pendant la saison des basses eaux.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 377 observations géolocalisées de Sotalia fluviatilis sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| Peru | 168 |
| Brazil | 147 |
| Colombia | 61 |
| unknown or invalid | 4 |
| Guyana | 1 |
| Nicaragua | 1 |

Répartition mensuelle de 378 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en novembre.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 37 |
| février | 20 |
| mars | 33 |
| avril | 25 |
| mai | 25 |
| juin | 24 |
| juillet | 36 |
| août | 35 |
| septembre | 35 |
| octobre | 34 |
| novembre | 44 |
| décembre | 30 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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