| Nom scientifique | Mesoplodon mirus True, 1913 |
|---|---|
| Autres noms | Baleine à bec de True, Baleine de True, Mésoplodon superbe ; True's beaked whale (anglais) |
| Taille | 4,8 à 5,4 m à l'âge adulte (plus grand mâle mesuré 5,35 m, plus grande femelle 5,10 m) ; environ 2,2 m à la naissance |
| Poids | 1 020 à 1 400 kg ; environ 136 kg à la naissance |
| Longévité | Inconnue |
| Régime | Calmars et petits poissons mésopélagiques, capturés par succion au cours de plongées profondes |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC), évaluation mondiale de 2022 (Pitman, Brownell & Cholewiak), qui confirme le passage de « Données insuffisantes » (DD) à LC intervenu dans l'édition 2020-3 de la Liste rouge. Liste rouge européenne : LC. Aucune sous-population méditerranéenne : l'espèce n'est pas signalée en Méditerranée. |
Le mésoplodon de True (Mesoplodon mirus) est une petite baleine à bec des eaux tempérées chaudes de l'Atlantique Nord, longue de 4,8 à 5,4 m pour un peu plus d'une tonne. Plongeur profond au souffle presque invisible, il est si discret que ses toutes premières images sous-marines n'ont été publiées qu'en 2017. Classé en préoccupation mineure par l'UICN, il demeure l'un des grands mammifères les moins connus de la planète.
Le mésoplodon de True possède la silhouette typique du genre : un corps fuselé, robuste au milieu et effilé aux deux extrémités, mesurant de 4,8 à 5,4 m pour 1 020 à 1 400 kg. La tête est petite, avec un « melon » arrondi et nettement bombé qui se raccorde à un rostre court et assez droit ; la ligne de la bouche est droite ou à peine incurvée. La nageoire dorsale, petite, à base large et légèrement falciforme, est implantée aux deux tiers arrière du corps. La coloration va du gris au gris-brun sur le dos, avec une face ventrale plus pâle et souvent une tache sombre autour de l'œil. Cette livrée est cependant variable : plusieurs animaux observés vivants aux Açores portaient une bande claire diagonale sur le melon, s'étendant de l'arrière de l'évent jusqu'à l'œil, et un subadulte échoué à El Hierro (Canaries) en novembre 2012 arborait un « masque » blanc franchement délimité couvrant tout l'avant de la tête, coloration jusqu'alors inconnue chez l'espèce.
Seuls les mâles adultes montrent une paire de dents ovales, plantées à l'extrémité même de la mâchoire inférieure. Comme chez tous les mésoplodons, ces mâles portent de longues cicatrices linéaires parallèles laissées par les dents de leurs rivaux, auxquelles s'ajoutent les morsures ovales des requins-cigares. Femelles et jeunes n'ont pas de dents apparentes : l'identification passe alors par la position des alvéoles, visible seulement lors d'une nécropsie.
Les confusions sont la règle plutôt que l'exception. Le sosie principal est le mésoplodon de Gervais (Mesoplodon europaeus), de taille et de teinte comparables ; on retient chez le True un melon plus bulbeux et mieux délimité, et l'absence des lignes sombres qui marquent parfois le dos du Gervais. Le mésoplodon de Sowerby (M. bidens) se reconnaît à son rostre long et fin, celui de Blainville (M. densirostris) à sa mâchoire fortement arquée aux dents proéminentes. La baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris), plus grande (5 à 7 m) et commune dans le golfe de Gascogne, est également source d'erreur : le mâle échoué dans les Landes en 2022 fut d'abord rapporté comme un Ziphius, et son identité réelle n'a été établie qu'après réexamen des photographies par un spécialiste. Cette confusion n'est pas récente : plusieurs mentions anciennes attribuées au mésoplodon de True, dont un spécimen écossais longtemps cité dans la littérature, se sont révélées après réexamen être des baleines à bec de Cuvier. En mer, le profil bas, le souffle peu discernable et la brièveté des remontées font que beaucoup d'observations restent étiquetées « Mesoplodon sp. ».
Le mésoplodon de True appartient à l'ordre des cétacés, sous-ordre des odontocètes, et à la famille des ziphiidés (Ziphiidae, également désignée sous le nom d'Hyperoodontidae). Le genre Mesoplodon est le plus riche de tous les cétacés, avec une quinzaine d'espèces, et paradoxalement le plus mal connu. L'espèce a été décrite en 1913 par Frederick William True, conservateur à la Smithsonian Institution, à partir d'une femelle adulte recueillie le 26 juillet 1912 à Bird Island Shoal, dans le port de Beaufort (Caroline du Nord, États-Unis) ; l'épithète mirus signifie « étonnant » en latin.
Pendant un siècle, l'espèce a passé pour le seul ziphiidé à répartition antitropicale, avec des échouages dans les deux hémisphères. Les analyses génétiques et morphologiques publiées en 2021 par Carroll et ses collègues ont montré que les animaux de l'hémisphère Sud constituaient une lignée distincte, séparée dès le Pléistocène inférieur : ils ont été décrits comme une espèce à part entière, Mesoplodon eueu, le mésoplodon de Ramari. Depuis, Mesoplodon mirus est considéré comme confiné à l'Atlantique Nord, et de nombreuses fiches antérieures à cette date lui attribuent encore, à tort, des mentions d'Afrique du Sud, de l'océan Indien, du Brésil, d'Australie ou de Nouvelle-Zélande.
L'aire de répartition actuellement reconnue couvre les eaux tempérées chaudes de l'Atlantique Nord, de part et d'autre du bassin. Sur la façade occidentale, les mentions s'échelonnent de la Nouvelle-Écosse (Canada) jusqu'à la Floride et aux Bahamas, en passant par les Bermudes. Sur la façade orientale, l'espèce est connue de la côte ouest de l'Irlande, qui concentre la majorité des mentions européennes, du nord de l'Écosse, du golfe de Gascogne, des Açores et des Canaries, qui marquent la limite sud de sa distribution nord-atlantique ; elle n'a été signalée ni à Madère ni au Cap-Vert. Le premier échouage confirmé en Grande-Bretagne est celui d'une femelle découverte le 29 janvier 2020 à Kearvaig Bay (Sutherland, Écosse) ; l'ancienne mention des Hébrides, longtemps reprise dans la littérature, correspondait en fait à une baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) et a été invalidée. Aucune donnée ne l'atteste dans le golfe du Mexique, dans la mer des Caraïbes ni en Méditerranée.
C'est une espèce franchement océanique, liée aux grands fonds : les observations documentées en Macaronésie ont eu lieu au-dessus de fonds de 600 à 2 500 m, et l'habitat de prédilection est décrit comme les eaux profondes de plus de 2 000 m, jusqu'aux plaines abyssales.
En France métropolitaine, la présence est avérée mais exceptionnelle. Seules trois mentions confirmées en mer existent, toutes dans la zone abyssale du sud du golfe de Gascogne, au-delà de 2 000 m de profondeur. Côté échouages, deux cas seulement ont été confirmés sur le littoral national : un mâle de 4,79 m retrouvé mort dans les Landes fin août 2022, dont l'identité n'a été établie qu'après expertise photographique, puis un mâle subadulte échoué vivant sur une plage de Capbreton (Landes) le 28 mai 2026 et mort avant que le renflouage ne puisse être organisé. À l'échelle des côtes ouest-européennes, une quinzaine d'échouages seulement ont été recensés depuis 1900. Certaines références nationales mentionnent encore une présence occasionnelle à Mayotte et à La Réunion : ces animaux de l'océan Indien se rattachent aujourd'hui au mésoplodon de Ramari.
Le mésoplodon de True se nourrit principalement de céphalopodes : des becs de calmars non identifiés ont été retrouvés dans les estomacs examinés, accompagnés de petits poissons. Les analyses d'isotopes stables le placent au même niveau trophique que les autres mésoplodons avec lesquels il coexiste, mais plus bas que la baleine à bec de Cuvier et l'hyperoodon boréal, ce qui suggère des proies de plus petite taille. Comme tous les ziphiidés, il capture ses proies par succion : la langue est brusquement rétractée, créant une dépression qui aspire l'animal dans la bouche.
La vie sociale se résume à des groupes très réduits : individus solitaires ou groupes de deux à six animaux. En Macaronésie, les groupes observés comptaient de deux à quatre individus, incluant une fois une femelle accompagnée d'un jeune. Un groupe de trois animaux filmé aux Açores est resté une dizaine de minutes en surface, respirant en moyenne toutes les 9,7 secondes. L'espèce est capable de sauts hors de l'eau, comportement documenté avec certitude au large de Pico (Açores) et dans le golfe de Gascogne ; les animaux vus sauter aux Canaries n'ont pas pu être identifiés avec certitude et pourraient être des mésoplodons de Gervais, qui montrent le même comportement dans l'archipel.
Les mésoplodons appartiennent à la catégorie des plongeurs profonds, capables de sonder au-delà de 1 000 m pendant plus d'une heure, et de réapparaître à des kilomètres du point de disparition ; le profil de plongée propre au mésoplodon de True n'a toutefois pas été documenté par balisage.
La reproduction reste très mal connue. La femelle met bas un seul petit d'environ 2,2 m et 136 kg ; le plus grand fœtus mesuré atteignait 2,185 m et un jeune de 2,4 m présentait encore un ombilic en cours de cicatrisation. Durée de gestation, durée d'allaitement, âge à la maturité sexuelle et longévité demeurent inconnus. Les animaux portent fréquemment des épibiontes : balanes du genre Conchoderma, Xenobalanus et poux de baleine.
Le mésoplodon de True est classé en préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN. Il figurait auparavant parmi les espèces à données insuffisantes ; son reclassement, intervenu dans l'édition de décembre 2020 puis confirmé lors de la réévaluation de 2022 tenant compte de la nouvelle taxonomie, découle surtout d'un changement dans la définition de la catégorie « données insuffisantes » et ne traduit pas une amélioration mesurée de son état de conservation. Aucune estimation d'abondance mondiale n'existe, et aucune tendance de population ne peut être calculée : les relevés en mer regroupent le plus souvent l'ensemble des ziphiidés.
Les menaces identifiées sont celles qui pèsent sur toutes les baleines à bec. Le bruit sous-marin d'origine humaine vient en tête : sonars militaires et prospection sismique perturbent des animaux qui dépendent entièrement du son pour s'alimenter, s'orienter et communiquer. Le mésoplodon de True n'a jusqu'ici été impliqué dans aucun échouage massif associé à un exercice de sonar, contrairement à d'autres ziphiidés. Les captures accidentelles sont documentées : quatre mésoplodons de True figurent parmi les 46 baleines à bec tuées entre 1989 et 1998 par la pêcherie américaine au filet dérivant pélagique, fermée après 1996, et des prises sont possibles dans la pêcherie européenne au filet dérivant ciblant le germon. L'ingestion de plastiques est attestée à plusieurs reprises, depuis un sac plastique trouvé dans l'estomac d'un animal échoué dans le Delaware jusqu'à une brosse à dents ingérée par une femelle adulte échouée en Irlande fin novembre 2022.
L'espèce est inscrite à l'annexe II de la CITES et à l'annexe II du protocole SPAW. En France, elle bénéficie d'une protection stricte au titre de la réglementation nationale et de la directive Habitats (92/43/CEE) : destruction, capture, perturbation intentionnelle, détention et commercialisation sont interdites sur tout le territoire et dans les eaux sous juridiction française.
Observer un mésoplodon de True relève de l'exception. Les meilleures chances se situent en Macaronésie, où les grands fonds s'approchent des côtes : au large de Pico et de São Miguel aux Açores, et dans les eaux profondes des Canaries, où la quasi-totalité des observations validées ont été réalisées. Le golfe de Gascogne compte quelques rencontres, mais très au large, au-delà de l'accore du talus.
Le repérage exige une mer très calme : les animaux montrent un dos discret, un souffle peu visible, restent peu de temps en surface et réapparaissent souvent loin du point de plongée. La photographie de la tête d'un mâle adulte, seule à révéler la position des dents, reste le sésame d'une identification certaine ; en l'absence de ce cliché, la confusion avec le mésoplodon de Gervais ne peut généralement pas être levée.
L'éthique d'approche est ici essentielle. Les ziphiidés supportent mal le bruit : il convient de couper ou réduire les moteurs, de ne jamais poursuivre un groupe, de rester à bonne distance et de limiter la durée d'observation, les recommandations américaines pour les petits cétacés évoquent au minimum une cinquantaine de mètres et une demi-heure au plus. Toute observation en mer mérite d'être signalée aux réseaux naturalistes. En cas d'échouage, vivant ou mort, il faut prévenir sans délai le Réseau national échouages, coordonné par l'Observatoire Pelagis à La Rochelle, et ne pas tenter soi-même de remettre l'animal à l'eau.
Ce sont les deux espèces les plus difficiles à séparer en mer : taille voisine, coloration grise, rostre court. Le mésoplodon de True se reconnaît à un melon plus bulbeux et mieux délimité et à l'absence des lignes sombres qui marquent parfois le dos du Gervais. Chez les mâles adultes, la position des dents à l'extrémité même de la mâchoire inférieure constitue le critère le plus fiable, mais elle est rarement observable sur le terrain. Le doute est fréquent : aux Canaries, plusieurs animaux vus en surface ou sautant hors de l'eau n'ont pas pu être attribués à l'une ou l'autre espèce avec certitude.
Oui, mais très rarement. Trois observations en mer seulement ont été confirmées, toutes dans la zone abyssale du sud du golfe de Gascogne, au-delà de 2 000 m de fond. Deux échouages ont été confirmés sur le littoral français : un mâle mort de 4,79 m dans les Landes fin août 2022, et un mâle subadulte échoué vivant à Capbreton le 28 mai 2026. L'espèce n'est pas signalée en Méditerranée.
La côte ouest de l'Irlande concentre la majorité des mentions européennes. En Grande-Bretagne, le premier échouage confirmé est celui d'une femelle découverte le 29 janvier 2020 à Kearvaig Bay, dans le Sutherland, au nord de l'Écosse continentale. La mention plus ancienne d'un spécimen des Hébrides, longtemps reprise dans la littérature, a été invalidée : il s'agissait en réalité d'une baleine à bec de Cuvier.
Il est classé en préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN, statut confirmé lors de la réévaluation de 2022. Ce classement, qui succède à la catégorie « données insuffisantes », résulte surtout d'un changement de définition de cette dernière : il n'existe toujours aucune estimation d'abondance mondiale ni de tendance chiffrée pour l'espèce.
Longtemps considérés comme une population australe de Mesoplodon mirus, les animaux d'Afrique du Sud, du Brésil, de l'océan Indien, d'Australie et de Nouvelle-Zélande se sont révélés génétiquement et morphologiquement distincts. Ils ont été décrits en 2021 comme une espèce à part entière, Mesoplodon eueu, le mésoplodon de Ramari, classé en données insuffisantes par l'UICN.
C'est une espèce océanique associée aux grands fonds, généralement au-delà de 2 000 m, observée en Macaronésie au-dessus de fonds de 600 à 2 500 m. Elle se nourrit surtout de calmars et de petits poissons, capturés par succion. Les mésoplodons peuvent sonder au-delà de 1 000 m pendant plus d'une heure, mais aucun profil de plongée n'a encore été enregistré spécifiquement chez cette espèce.
Il faut prévenir immédiatement le Réseau national échouages, coordonné par l'Observatoire Pelagis (CNRS – La Rochelle), joignable sept jours sur sept, et respecter un périmètre autour de l'animal. Il ne faut pas tenter de le remettre à l'eau soi-même : ces cétacés hauturiers s'échouent le plus souvent parce qu'ils sont malades ou affaiblis, et la manipulation par des personnes non formées aggrave leur état.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 22 observations géolocalisées de Mesoplodon mirus sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| United States of America | 18 |
| Spain | 4 |
| Canada | 2 |
| South Africa | 2 |
| Australia | 1 |
| Brazil | 1 |
| Mozambique | 1 |
| Portugal | 1 |
| Saint Helena, Ascension and Tristan da Cunha | 1 |

Répartition mensuelle de 27 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en mai.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 1 |
| février | 0 |
| mars | 3 |
| avril | 1 |
| mai | 5 |
| juin | 0 |
| juillet | 5 |
| août | 3 |
| septembre | 2 |
| octobre | 2 |
| novembre | 2 |
| décembre | 3 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.


Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.
Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
