| Nom scientifique | Lagenorhynchus albirostris Gray, 1846 |
|---|---|
| Autres noms | Dauphin à bec blanc, lagénorhynque à rostre blanc. En anglais : white-beaked dolphin (surnommé « squidhound » par des pêcheurs canadiens) ; allemand : Weißschnauzendelfin ; néerlandais : witsnuitdolfijn ; danois : hvidnæse ; norvégien : kvitnos / hvitnos ; islandais : blettahnýðir ; espagnol : delfín de hocico blanco. |
| Taille | 2,4 à 3,1 m en général (jusqu'à environ 3,2 m) ; 1,1 à 1,2 m à la naissance |
| Poids | 180 à 350 kg (le plus souvent 200 à 300 kg) ; environ 40 kg à la naissance |
| Longévité | Plus de 30 ans, avec des individus atteignant environ 37 ans |
| Régime | Poissons démersaux et pélagiques, très largement dominés par les gadidés (morue, églefin, merlan, tacaud) ; hareng et capelan localement ; céphalopodes (calmars, poulpes) et crustacés benthiques en complément |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC) à l'échelle mondiale, évaluation du 18 mars 2018, publiée en 2018 (Kiszka & Braulik), tendance de population inconnue. Évaluation régionale Europe : Préoccupation mineure (LC), évaluation du 9 janvier 2023, tendance jugée stable. Aucune sous-population n'est évaluée séparément ; l'espèce est absente de Méditerranée. En France, la Liste rouge nationale des mammifères de France métropolitaine (UICN France / MNHN, novembre 2017) le classe Quasi menacé (NT) au titre d'espèce visiteuse. |
Le lagénorhynque à bec blanc est un dauphin robuste et acrobatique, strictement inféodé aux eaux froides de l'Atlantique Nord, du cap Cod à la mer de Barents. Sa haute nageoire dorsale falciforme, la selle claire qui la suit et son rostre très court le distinguent de ses voisins. Avec des effectifs cumulés dépassant 100 000 individus, il est classé en Préoccupation mineure, mais le réchauffement des eaux constitue une menace de fond ; en France, ce n'est qu'un visiteur rare de la Manche orientale et du sud de la mer du Nord.
C'est un dauphin de taille moyenne mais nettement trapu : 2,4 à 3,1 m pour 180 à 350 kg, avec une majorité d'adultes entre 200 et 300 kg, les mâles étant en moyenne un peu plus grands que les femelles. Le corps est massif, en fuseau épais, et la nageoire dorsale est l'un des meilleurs critères : haute, large à la base, franchement falciforme, elle peut représenter près de 15 % de la longueur totale de l'animal. Le rostre est au contraire très court, 5 à 8 cm seulement, et séparé du melon par un sillon net. La denture compte de 22 à 28 dents coniques par demi-mâchoire. Une particularité anatomique remarquable : le squelette peut compter jusqu'à 92 vertèbres, le nombre le plus élevé connu chez un dauphin océanique.
La livrée est contrastée. Le dos et la face supérieure sont gris foncé à noirâtres, les flancs portent de larges plages gris clair et, surtout, une « selle » pâle bien visible en arrière de la nageoire dorsale ; le ventre est blanc. Le nom vernaculaire est en partie trompeur : selon les données rassemblées par la NAMMCO, seuls 7 % environ des adultes ont un rostre entièrement blanc, la plupart présentant un bec gris clair moucheté, voire gris sombre chez les individus âgés. Les nouveau-nés portent deux à quatre vibrisses de chaque côté du rostre, qui disparaissent ensuite.
La confusion la plus fréquente concerne le dauphin à flancs blancs (Leucopleurus acutus), qui partage les mêmes eaux. Ce dernier est plus élancé, son court rostre est sombre et il arbore sur l'arrière du flanc une bande ocre à jaunâtre nette, absente chez le lagénorhynque à bec blanc, lequel se reconnaît à sa selle claire dorsale. À distance, la silhouette massive et la dorsale imposante peuvent aussi évoquer un grand dauphin (Tursiops truncatus), plus uniformément gris et dépourvu de selle pâle, ou un dauphin commun (Delphinus delphis), bien plus fin et marqué d'un sablier jaune sur l'avant du flanc.
Le lagénorhynque à bec blanc appartient à la famille des Delphinidae et a été décrit par le naturaliste britannique John Edward Gray en 1846 ; il est l'espèce type du genre Lagenorhynchus. Ce genre a longtemps regroupé six dauphins de haute mer aux allures voisines, mais les analyses moléculaires menées depuis la fin des années 1990 ont montré qu'il s'agissait d'un assemblage artificiel, réunissant des espèces morphologiquement convergentes mais non apparentées. L'évaluation UICN de 2018 signalait déjà que le Comité de taxonomie de la Society for Marine Mammalogy préférait maintenir provisoirement l'ancienne nomenclature faute de consensus. Ce consensus est désormais acquis : à la suite des travaux phylogénomiques de Galatius et collaborateurs (2025), la liste de référence du Comité de taxonomie, mise à jour en avril 2026, restreint le genre Lagenorhynchus à la seule espèce albirostris. Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique est reclassé dans Leucopleurus acutus, et d'autres anciens « lagénorhynques » rejoignent les genres Aethalodelphis et Cephalorhynchus. Aucune sous-espèce n'est reconnue, mais des différences morphologiques existent entre Atlantique est et ouest, et les données génomiques les plus récentes (Gose et collaborateurs, 2024, à partir de 169 échantillons collectés entre 1992 et 2021, France comprise) révèlent une structuration marquée, avec des populations de la mer du Nord et des eaux britanniques et irlandaises nettement différenciées des autres.
L'espèce est endémique de l'Atlantique Nord froid, tempéré froid à subarctique, et ne se rencontre nulle part ailleurs dans le monde. Son aire s'étend, à l'ouest, du cap Cod et du golfe du Saint-Laurent jusqu'au centre du détroit de Davis et au sud du Groenland ; elle englobe l'Islande, les îles Féroé, les îles Britanniques, la mer du Nord, les eaux scandinaves, le Svalbard et se prolonge à l'est jusqu'à la Nouvelle-Zemble en Russie. Quelques individus erratiques pénètrent en mer Baltique. C'est un animal de plateau continental, de bordure de plateau et de talus : il fréquente essentiellement des fonds de moins de 200 m, souvent entre 50 et 100 m. La température de l'eau structure fortement sa présence, avec une préférence marquée pour des eaux inférieures à 13 °C et une limite thermique extrême estimée autour de 18 °C. L'espèce est totalement absente de la Méditerranée.
La France figure parmi les États de l'aire de répartition retenus par l'UICN, tant dans l'évaluation mondiale que dans l'évaluation européenne, le nord de la France constituant la limite méridionale de l'aire régulière sur la façade orientale. La présence y reste toutefois marginale et concentrée sur la Manche orientale et le sud de la mer du Nord. Le Réseau national échouages, coordonné par l'Observatoire Pelagis, a recensé 28 échouages entre 1990 et 2020 sur le littoral métropolitain : 26 en Manche et 2 seulement en Atlantique, dont 75 % (21 cas sur 28) pour la seule région Hauts-de-France. Les signalements sont plus nombreux de novembre au printemps. L'espèce est également présente au large de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Sociable et démonstratif, le lagénorhynque à bec blanc se déplace le plus souvent en groupes de moins de dix à une trentaine d'individus ; des rassemblements de plusieurs centaines d'animaux sont observés lors des concentrations de proies, exceptionnellement jusqu'à un millier et demi. Les groupes se structurent parfois par âge et par sexe. C'est un nageur rapide, capable d'atteindre une trentaine de kilomètres par heure, qui saute volontiers hors de l'eau et vient surfer sur la vague d'étrave des navires. Les plongées documentées restent modestes, de l'ordre de 45 m au moins, en cohérence avec un mode de vie de plateau. Sur le plan acoustique, les clics d'écholocation culminent autour de 115 kHz et les sifflements sociaux vers 35 kHz, audibles par des congénères jusqu'à une dizaine de kilomètres.
L'alimentation est remarquablement spécialisée sur les gadidés. Aux Pays-Bas, 25 espèces de poissons ont été identifiées dans les estomacs, mais les gadidés représentaient 98 % de la masse ingérée, merlan et morue en tête ; en Écosse, églefin, merlan et morue dominent. En Islande, l'espèce exploite aussi le capelan, qu'elle chasse aux côtés d'oiseaux marins et de baleines à bosse. Les chasses sont souvent collectives, parfois en association avec des rorquals, des baleines à bosse ou des orques, et se déroulent aussi bien près de la surface que près du fond.
La reproduction est saisonnière : accouplements en été, gestation d'environ 11 mois et naissances concentrées de juin à septembre, quelques mises bas étant signalées dès mai. Le petit mesure 1,1 à 1,2 m pour une quarantaine de kilos. Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers 6 à 10 ans, les mâles un peu plus tard, vers 8 à 12 ans. La longueur de génération retenue par l'UICN est de 18 ans, et la longévité dépasse 30 ans.
L'espèce est classée en Préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge mondiale depuis l'évaluation de mars 2018, au motif d'une large répartition et d'effectifs importants : la somme des estimations disponibles dépassait alors 100 000 individus, et la NAMMCO avance un total supérieur à 300 000 pour l'ensemble de l'Atlantique Nord. Autour de l'Islande, les estimations varient fortement d'une campagne à l'autre, 31 653 individus en 2001, 91 277 en 2007, 59 966 lors du dernier relevé aérien de 2016, avec des intervalles de confiance très larges ; la campagne NASS 2015 a par ailleurs estimé 159 000 animaux (CV = 0,63) pour l'ensemble du centre de l'Atlantique Nord. Les campagnes SCANS en mer du Nord ont fourni 23 716 individus en 1994, 37 689 en 2005 et 36 287 en 2016 (39 535 en combinant SCANS-III et ObSERVE) ; la campagne SCANS-IV de l'été 2022 aboutit à l'estimation la plus élevée de la série, 67 138 animaux (CV = 0,33). L'analyse de tendance sur 1994-2022 ne met en évidence aucune variation statistiquement significative (+1,63 % par an ; IC 95 % : -5,72 à 9,55 ; p = 0,45), les données ne permettant de détecter qu'un déclin d'au moins 2 % par an. La façade nord-ouest est bien plus modeste : environ 2 000 individus dans les eaux américaines. L'évaluation régionale européenne de 2023 confirme le statut LC et une tendance stable, tout en soulignant l'incertitude sur la délimitation des populations.
Les pressions identifiées sont d'abord une chasse artisanale et opportuniste, ancienne et non commerciale, pratiquée au Groenland, en Islande, aux Féroé, en Norvège et au Canada, quelque 366 animaux étaient prélevés chaque année au début des années 1980 dans douze ports du Labrador. Viennent ensuite les captures accidentelles dans les filets maillants et les chaluts, mal documentées mais jugées rares à l'échelle de l'aire, la contamination par les polluants chimiques et les métaux lourds, le bruit sous-marin lié au trafic et aux battages de pieux, et surtout le réchauffement des eaux. Espèce d'eaux froides cantonnée au plateau, elle voit son habitat favorable se réduire par le sud sans pouvoir remonter indéfiniment vers le nord : un glissement septentrional a été mis en évidence à partir des échouages en mer du Nord entre 1991 et 2017, et un remplacement partiel par le dauphin commun est documenté à l'ouest de l'Écosse.
L'espèce est inscrite à l'Annexe II de la CITES et à l'Annexe II de la CMS, pour ses seules populations de la mer du Nord et de la mer Baltique, couverte par l'accord ASCOBANS et par l'annexe IV de la directive « Habitats ». En France, elle bénéficie d'une protection intégrale : capture, perturbation intentionnelle et destruction de son habitat sont interdites.
L'Islande offre les meilleures chances d'observation : le lagénorhynque à bec blanc y est le dauphin le plus commun, présent toute l'année, et accompagne régulièrement les sorties au départ de Reykjavík dans la baie de Faxaflói et de Húsavík dans la baie de Skjálfandi, où il vient volontiers jouer dans la vague d'étrave. Il est également observé le long des côtes norvégiennes, dans le Minch à l'ouest de l'Écosse et sur la côte est écossaise, où la fréquentation culmine de juin à septembre, avec un pic en août. En France métropolitaine, l'observation en mer relève de l'exceptionnel : la connaissance de l'espèce repose presque entièrement sur les échouages du littoral des Hauts-de-France et de la Manche orientale. Tout animal échoué, vivant ou mort, doit être signalé au Réseau national échouages sans être manipulé.
Comme pour tout cétacé, l'approche se fait avec prudence : navigation parallèle à la trajectoire des animaux, vitesse constante, pas de poursuite ni de coupure de route, distance d'au moins une centaine de mètres, temps d'observation limité et interdiction de nager avec eux. Si les dauphins choisissent d'eux-mêmes de venir surfer l'étrave, il suffit de maintenir un cap et une allure réguliers.
Pas toujours, loin de là. D'après les synthèses de la NAMMCO, seuls 7 % environ des adultes possèdent un rostre entièrement blanc. Chez la plupart des individus il est gris clair moucheté, et il peut devenir gris sombre avec l'âge. Le critère le plus fiable sur le terrain reste la selle pâle située derrière la haute nageoire dorsale.
Très rarement. La France fait bien partie de son aire de répartition, mais l'espèce n'y est qu'une visiteuse de la Manche orientale et du sud de la mer du Nord. Entre 1990 et 2020, l'Observatoire Pelagis a recensé 28 échouages sur le littoral métropolitain, dont 26 en Manche et 21 pour la seule région Hauts-de-France. L'espèce est totalement absente de Méditerranée, et donc du sanctuaire Pelagos.
Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique (Leucopleurus acutus) est plus élancé, son court rostre est sombre et il porte sur l'arrière du flanc une bande ocre à jaunâtre très caractéristique. Le lagénorhynque à bec blanc, plus massif, en est dépourvu et présente à la place une selle gris clair derrière la dorsale.
La NAMMCO avance plus de 300 000 individus pour l'ensemble de l'Atlantique Nord, mais les estimations régionales sont très variables d'une campagne à l'autre. En mer du Nord, les campagnes SCANS ont donné 23 716 animaux en 1994, 37 689 en 2005, 36 287 en 2016 et 67 138 en 2022 (CV = 0,33), soit la valeur la plus élevée de la série. L'analyse de tendance sur 1994-2022 ne met en évidence aucune variation statistiquement significative (+1,63 % par an ; IC 95 % : -5,72 à 9,55 ; p = 0,45) : la précision des relevés ne permettrait de détecter qu'un déclin d'au moins 2 % par an.
Préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN depuis l'évaluation de mars 2018, avec une tendance de population inconnue, et Préoccupation mineure également dans l'évaluation régionale européenne de janvier 2023, avec une tendance jugée stable. En France, la Liste rouge nationale de 2017 le classe Quasi menacé (NT) en tant qu'espèce visiteuse. L'espèce figure à l'Annexe II de la CITES et à l'Annexe II de la CMS pour ses seules populations de la mer du Nord et de la mer Baltique.
Il n'existe aucune chasse commerciale, mais des prélèvements artisanaux et opportunistes subsistent au Groenland, en Islande, aux îles Féroé, en Norvège et au Canada. Au début des années 1980, environ 366 animaux étaient capturés chaque année dans douze ports du Labrador. Ces prélèvements restent largement non suivis, ce que l'UICN identifie comme un besoin de recherche prioritaire.
C'est une espèce d'eaux froides confinée au plateau continental, qui privilégie des températures inférieures à 13 °C et dont la limite thermique extrême avoisine 18 °C. Comme elle ne peut pas franchir les grandes profondeurs pour remonter vers le nord, son habitat favorable se réduit par le sud. Un glissement septentrional a déjà été mis en évidence en mer du Nord entre 1991 et 2017, et un remplacement partiel par le dauphin commun est documenté à l'ouest de l'Écosse.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 804 observations géolocalisées de Lagenorhynchus albirostris sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| Iceland | 320 |
| Norway | 181 |
| Netherlands | 90 |
| United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland | 73 |
| Canada | 69 |
| Svalbard and Jan Mayen | 59 |
| Denmark | 11 |
| Russian Federation | 9 |
| United States of America | 6 |
| Greenland | 6 |

Répartition mensuelle de 828 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en juillet.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 20 |
| février | 24 |
| mars | 57 |
| avril | 60 |
| mai | 120 |
| juin | 120 |
| juillet | 193 |
| août | 125 |
| septembre | 51 |
| octobre | 22 |
| novembre | 15 |
| décembre | 21 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
