Dauphin de Guyane (Sotalia guianensis)

Carte d’identité
Nom scientifique Sotalia guianensis (P.-J. van Beneden, 1864)
Autres noms Sotalie, sotalie de Guyane, costero, marsouin (usage local en Guyane) ; Guiana dolphin (anglais), boto-cinza (portugais du Brésil), tonina costera (espagnol)
Taille 1,50 à 2,10 m ; le plus souvent 1,70 à 1,90 m à l'âge adulte ; environ 90 cm à la naissance
Poids 55 à 80 kg en général ; des individus approchant 120 kg ont été rapportés
Longévité Environ 30 ans au maximum (âges maximaux déterminés : 29 ans chez les mâles, 30 ans chez les femelles)
Régime Poissons téléostéens (plus de 90 % des proies, surtout des espèces de moins de 20 cm), céphalopodes et crustacés, notamment des crevettes pénéides
Statut UICN Quasi menacé (NT), critères A2d+3d+4d, évaluation mondiale publiée en 2018 (version errata 2019), qui a remplacé le statut « données insuffisantes » (DD). Statuts régionaux plus sévères : En danger (EN, critère C2a(ii)) sur la Liste rouge de Guyane (2017) ; Vulnérable au Brésil, en Colombie et au Venezuela.

En bref

Le dauphin de Guyane, ou sotalie, est un petit delphinidé côtier de l'Atlantique tropical occidental, présent du Honduras au sud du Brésil et, pour la France, dans les seules eaux de Guyane. Rarement plus long que deux mètres, il fréquente les estuaires turbides et les baies abritées de moins de 25 mètres de fond, où il s'aide d'un sens électrique : c'est le premier cétacé chez qui l'électroréception a été démontrée, en 2012. Classé quasi menacé (NT) au niveau mondial depuis 2018, il est en danger (EN) sur la Liste rouge de Guyane.

Identification

Le dauphin de Guyane compte parmi les plus petits delphinidés du monde. Les adultes mesurent le plus souvent 1,70 à 1,90 m, la fourchette connue allant de 1,50 à 2,10 m environ, pour une masse de 55 à 80 kg ; des individus approchant 120 kg ont été rapportés. Le corps est trapu, gris-bleu à gris clair sur le dos, gris clair à rosé sur le ventre. Le rostre est fin, allongé et bien détaché du melon, et chaque demi-mâchoire porte 26 à 35 dents. La nageoire dorsale, implantée au milieu du dos, est petite (11 à 13 cm de hauteur), triangulaire et à peine falciforme. Le rostre est parsemé de petites fossettes dépourvues de poils, les cryptes vibrissales, structures ampullaires électroréceptrices : c'est chez cette espèce que l'électroréception a été démontrée pour la première fois chez un cétacé, en 2012.

Deux confusions dominent. Le grand dauphin (Tursiops truncatus), qui fréquente les mêmes baies, est nettement plus grand et plus massif, son aileron plus haut et franchement falciforme, son rostre plus court ; il vient volontiers à l'étrave, ce que le sotalie ne fait presque jamais : discret, celui-ci s'écarte des bateaux, ses émersions sont brèves et il remonte souvent maculé de vase, indice d'une recherche de nourriture près du fond. Le tucuxi (Sotalia fluviatilis), unique congénère, lui ressemble beaucoup mais reste plus petit et strictement fluvial, cantonné au bassin amazonien. La confusion de noms est tenace : la littérature antérieure à la séparation des deux espèces employait « tucuxi » pour les deux, alors qu'au Brésil le dauphin de Guyane s'appelle aujourd'hui « boto-cinza ».

Taxonomie

Sotalia guianensis (P.-J. van Beneden, 1864) appartient à l'ordre des Cetartiodactyla et à la famille des Delphinidae, celle des dauphins océaniques. Le genre Sotalia ne compte que deux espèces : le dauphin de Guyane, marin et côtier, et le tucuxi (Sotalia fluviatilis), confiné aux eaux douces amazoniennes. Longtemps tenues pour deux écotypes d'une même espèce, elles ont été séparées au rang spécifique par des travaux moléculaires (Cunha et al., 2005 ; Caballero et al., 2007) ; les deux noms disponibles ont été répartis d'après leur localité type, guianensis (décrit des côtes des Guyanes) revenant aux populations marines et fluviatilis (décrit du haut Amazone) aux dauphins de rivière. Dans le référentiel français TaxRef, l'espèce porte le code CD_NOM 521606.

Répartition et habitat

Endémique des façades atlantique et caraïbe de l'Amérique centrale et du Sud, l'espèce occupe un littoral continu allant du centre du Honduras (environ 16° N) à Florianópolis, au sud du Brésil (environ 27°35' S) : Nicaragua, Costa Rica, Panama, Colombie, Venezuela, dont le lac de Maracaibo, Trinité-et-Tobago, Guyana, Suriname, Guyane française et Brésil.

Elle est inféodée aux eaux chaudes, peu profondes et souvent très turbides : baies ouvertes, estuaires, embouchures de fleuves, côtes à mangrove et rares affleurements rocheux. Elle dépasse rarement les fonds de 25 à 30 mètres et, en Guyane, n'a pas été observée au-delà de 36 km au large ni à plus de 18 km en amont des fleuves. Sa répartition est fragmentée en noyaux entre lesquels les échanges génétiques sont faibles.

En France, le dauphin de Guyane n'est présent qu'en Guyane, le long des quelque 300 km de littoral, surtout près des sites rocheux et aux embouchures du Maroni, du Kourou, de la Cayenne, du Mahury, de l'Approuague et de l'Oyapock, les observations étant plus nombreuses de juin à décembre. Il ne fréquente ni la Méditerranée, ni le golfe de Gascogne, ni la Manche.

Biologie et écologie

Le régime est dominé par les poissons téléostéens, plus de 90 % des proies identifiées, avec une soixantaine d'espèces démersales et pélagiques recensées et une prédominance d'individus de moins de 20 cm ; céphalopodes et crustacés, notamment des crevettes pénéides, complètent le menu. Les techniques de chasse sont variées : frappe des poissons avec la caudale pour les étourdir, rabattage coordonné des bancs, parfois vers la plage au prix d'un échouage partiel volontaire.

Les cryptes vibrissales du rostre, deux à dix de chaque côté de la mâchoire supérieure, forment des structures ampullaires richement innervées. Des expériences psychophysiques menées sur un mâle ont établi un seuil de détection des champs électriques de 4,6 µV/cm, soit une sensibilité environ dix fois supérieure à celle de l'ornithorynque (estimée à 40-50 µV/cm), mais très inférieure à celle des requins et des raies. Ce sens électrique, longtemps tenu pour propre au dauphin de Guyane, seule espèce chez qui il ait été démontré jusqu'en 2023, année où il a aussi été mis en évidence chez le grand dauphin (Tursiops truncatus), complète l'écholocation pour repérer les proies à courte distance dans l'eau chargée de sédiments ou lorsque l'animal fouille le fond.

Les groupes comptent le plus souvent 2 à 6 individus ; en Guyane, la taille moyenne atteint 6,3 individus lors des suivis embarqués, avec des rassemblements exceptionnels de 50 animaux. Sédentaires et fidèles à leur site, ces dauphins occupent de petits domaines vitaux et, vivant sur de faibles fonds, effectuent des plongées courtes.

La maturité sexuelle survient vers 5 à 8 ans chez les femelles (164 à 169 cm) et vers 7 ans chez les mâles (170 à 175 cm). La gestation dure 11 à 12 mois, le nouveau-né mesure quelque 90 cm et, en Guyane, les naissances se concentrent en octobre-novembre, à la fin de la saison sèche. L'intervalle entre deux mises bas avoisine deux ans et la fécondité décline nettement après 25 ans. La longévité maximale documentée est d'environ 30 ans (29 ans chez les mâles, 30 ans chez les femelles).

Statut et conservation

La Liste rouge mondiale de l'UICN classe le dauphin de Guyane parmi les espèces quasi menacées (NT), critères A2d+3d+4d, à l'issue de l'évaluation de Secchi, Santos & Reeves publiée en 2018 (version errata 2019), qui l'a fait passer de « données insuffisantes » à « quasi menacé ». Les statuts régionaux sont plus alarmants : vulnérable au Brésil, en Colombie et au Venezuela, en danger (EN, critère C2a(ii)) sur la Liste rouge des vertébrés de Guyane publiée en 2017, sur la base d'une abondance estimée à 1 942 individus (IC 95 % : 928-4 063), d'une zone d'occurrence inférieure à 11 000 km², de moins de 2 500 individus matures et d'une tendance à la diminution.

La menace principale est la capture accidentelle dans les filets maillants, les sennes et les casiers à crevettes : en Guyane, l'analyse des 43 dauphins échoués recensés entre 2014 et 2020 la désigne comme première cause de mortalité identifiable. S'y ajoutent la dégradation des habitats côtiers, la pollution liée à l'orpaillage et au mercure, les prospections sismiques et pétrolières, le bruit des navires et des chantiers, les collisions et l'accumulation d'organochlorés dans le lard. Dans la baie de Guanabara, au Brésil, la population résidente est passée de 62 à 39 individus entre 2000 et 2015, soit une baisse d'environ 37 %.

L'espèce figure à l'Annexe I de la CITES depuis 1982, à l'Annexe II de la CMS depuis 1985 et à l'Annexe II du protocole SPAW de la convention de Carthagène. En France, l'arrêté du 1er juillet 2011 protège tous les mammifères marins : capture, destruction, perturbation intentionnelle et commercialisation sont interdites. Les réserves naturelles de l'île du Grand-Connétable et de l'Amana couvrent une partie de son habitat, et le projet COAST, porté par le GEPOG et le WWF, y associe suivi aérien, acoustique passive et photo-identification.

Observer cette espèce

En Guyane, l'espèce s'observe toute l'année, les meilleures conditions étant réunies en saison sèche, tôt le matin avant la levée du vent et par mer calme. Les secteurs les plus propices sont la presqu'île de Cayenne et ses îlets, le littoral de Rémire-Montjoly, les abords de Kourou et des îles du Salut, ainsi que les eaux de la réserve naturelle de l'île du Grand-Connétable.

L'animal est farouche : il ne faut jamais le poursuivre ni lui couper la route, la perturbation intentionnelle étant de surcroît interdite. Une distance d'au moins une centaine de mètres, une vitesse constante et un moteur au ralenti restent la règle. Le rivage, les pontons et les îlets accessibles à pied offrent d'excellentes occasions d'observation sans dérangement ; observations et échouages peuvent être transmis au GEPOG et au réseau d'échouages de Guyane.

Questions fréquentes

Le dauphin de Guyane vit-il dans les eaux françaises ?

Oui, mais uniquement en Guyane, seul territoire français compris dans son aire de répartition. Il est absent de la Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche.

Combien en reste-t-il en Guyane ?

L'évaluation régionale de 2017 retient environ 1 942 individus (IC 95 % : 928-4 063) et moins de 2 500 individus matures. Un suivi mené en 2017-2018 a estimé à 128 le nombre de dauphins fréquentant les eaux de Cayenne.

Possède-t-il vraiment un sixième sens ?

Oui : les cryptes vibrissales de son rostre détectent des champs électriques dès 4,6 µV/cm, ce qui l'aide à localiser ses proies en eau très turbide. C'est chez lui que l'électroréception a été démontrée pour la première fois chez un cétacé, en 2012 ; elle a depuis aussi été mise en évidence chez le grand dauphin (Tursiops truncatus), en 2023.

Quelle est la différence avec le tucuxi ?

Le tucuxi (Sotalia fluviatilis) est plus petit et strictement amazonien, alors que le dauphin de Guyane est marin et estuarien. Les deux espèces ont été séparées au milieu des années 2000 sur des bases génétiques, chaque nom disponible étant attribué d'après sa localité type.

Quelle est la principale menace ?

La capture accidentelle dans les engins de pêche, en particulier les filets maillants, devant la dégradation de l'habitat, la pollution et le bruit sous-marin.

Sources

Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.

Répartition observée

D'après les données ouvertes du GBIF, 291 observations géolocalisées de Sotalia guianensis sont recensées dans notre index photographique.

Principaux pays d'observation
PaysObservations
Brazil193
Suriname63
French Guiana20
Colombia10
Costa Rica4
Venezuela (Bolivarian Republic of)1

Carte de répartition : Dauphin de Guyane (Sotalia guianensis)

Carte de répartition : Dauphin de Guyane (Sotalia guianensis), 291 observations géolocalisées issues du GBIF
291 observations géolocalisées de Sotalia guianensis. Fond de carte Natural Earth, domaine public. Données GBIF.
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Présence au fil de l'année

Répartition mensuelle de 291 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en novembre.

390janvier : 31janfévrier : 33févmars : 16maravril : 18avrmai : 8maijuin : 17juinjuillet : 31juilaoût : 33aoûtseptembre : 24sepoctobre : 25octnovembre : 39novdécembre : 16déc
Observations par mois
MoisObservations
janvier31
février33
mars16
avril18
mai8
juin17
juillet31
août33
septembre24
octobre25
novembre39
décembre16

Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.

En images

Sotalia guianensis
© Jonathan Rossouw, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Orlando Padilla, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© fgraffle93, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© WD, CC BY-NC-ND, 2026
Sotalia guianensis
© Ton Haver, CC BY-NC-ND, 2026
Sotalia guianensis
© Bruna Beltran Cassas, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Victor Gabriel Franco, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Luciara Azevedo, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Guilherme Saito, CC0, 2026
Sotalia guianensis
© lucasdrf, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Thais Romanini Furlan, CC BY-NC, 2026
Sotalia guianensis
© Léna Sardini, CC BY-NC, 2026

Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.

Références scientifiques

  1. Rossi-Santos M., Podos J. (2006) Latitudinal variation in whistle structure of the estuarine dolphin Sotalia guianensis, Behaviour
  2. (2017) Sotalia guianensis: Secchi, E., Santos, M.C. de O. & Reeves, R., IUCN Red List of Threatened Species
  3. CUNHA H., WATTS P. (2007) Twelve microsatellite loci for marine and riverine tucuxi dolphins (Sotalia guianensis and Sotalia fluviatilis), Molecular Ecology Notes
  4. GEISE L. (1991) Sotalia guianensis (Cetacea, Delphinidae) population in the Guanabara Bay, Rio de Janeiro, Brazil, Mammalia
  5. Caballero S., Baker C. (2009) Captive-born intergeneric hybrid of a Guiana and bottlenose dolphin: Sotalia guianensis×Tursiops truncatus, Zoo Biology
  6. Cunha H., Solé-Cava A. (2007) Molecular sexing of tucuxi dolphins (Sotalia guianensis and Sotalia fluviatilis) using samples from biopsy darting and decomposed carcasses, Genetics and Molecular Biology
  7. Caballero S., Hollatz C., Rodríguez S., Trujillo F. et al. (2018) Population Structure of Riverine and Coastal Dolphins Sotalia fluviatilis and Sotalia guianensis: Patterns of Nuclear and Mitochondrial Diversity and Implications for Conservation, Journal of Heredity
  8. De Queiroz R., Ferreira R. (2009) Sampling interval for measurements of estuarine dolphins' ( Sotalia guianensis) behaviour, Marine Biodiversity Records

Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).