| Nom scientifique | Berardius arnuxii Duvernoy, 1851 |
|---|---|
| Autres noms | Baleine à bec d'Arnoux, bérardien d'Arnoux, bérardie australe, bérardius du Sud. En anglais : Arnoux's beaked whale, southern four-toothed whale, southern giant bottlenose whale, New Zealand beaked whale. En espagnol : zifio de Arnoux. |
| Taille | Adultes de 9 à 10 m ; les plus grands spécimens réellement mesurés atteignent environ 9,7 à 9,75 m (femelles légèrement plus grandes que les mâles). Nouveau-né : environ 4 m. Des animaux estimés à 12 m ont été signalés en mer, mais aucun spécimen mesuré n'a confirmé cette taille. |
| Poids | Environ 9 tonnes chez l'adulte. |
| Longévité | Inconnue : aucun individu de bérardie d'Arnoux n'a jamais été daté. Par analogie avec la bérardie de Baird, seule espèce du genre pour laquelle des âges ont été déterminés, la longévité maximale serait fortement dimorphique, de l'ordre de 84 ans chez les mâles contre environ 54 ans chez les femelles ; c'est de cette extrapolation que vient la valeur « jusqu'à 80 ans » souvent citée pour la bérardie d'Arnoux. |
| Régime | Essentiellement des céphalopodes de l'océan Austral (notamment Batoteuthis skolops, Moroteuthopsis longimana, Galiteuthis glacialis, Taonius sp.), complétés par des poissons benthiques et pélagiques. Capture par succion, et non par préhension. |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC). Évaluation réalisée en 2020, publiée dans une version amendée en 2021 (R. L. Brownell Jr. & B. L. Taylor, e.T2762A197190014). Aucune sous-population n'est évaluée séparément. Des sources anciennes affichent encore « Données insuffisantes » (DD) ou « Faible risque / dépendant de mesures de conservation » (LR/cd) : ces statuts sont périmés. |
La bérardie d'Arnoux est la plus grande baleine à bec de l'hémisphère Sud : un cétacé sombre de 9 à 10 mètres, au long bec effilé et au corps zébré de cicatrices claires. Discrète et rarement rencontrée vivante, elle occupe l'océan Austral où elle se tient souvent au contact direct de la banquise antarctique, plongeant jusqu'à une heure d'affilée. Elle n'a jamais fait l'objet d'une chasse commerciale d'ampleur et figure aujourd'hui en « Préoccupation mineure » sur la Liste rouge de l'UICN.
Le corps est fusiforme, massif à l'avant et effilé vers l'arrière, d'une teinte gris ardoise à brun sombre sur le dos, plus claire sur le ventre et souvent pâle sur le sommet de la tête. L'aileron dorsal, petit, triangulaire et légèrement falciforme, est implanté très en arrière, aux deux tiers du corps environ ; les nageoires pectorales sont courtes et arrondies. La tête porte un melon bombé qui descend en pente franche vers un bec long et tubulaire, la mâchoire inférieure dépassant nettement la supérieure. Le souffle est bas et diffus, difficile à repérer en mer formée. Une épaisse couche de graisse riche en lipides assure l'isolation thermique dans des eaux frôlant le point de congélation.
Le caractère le plus diagnostique tient à la denture. La mâchoire inférieure porte deux paires de dents : une paire antérieure, grande et triangulaire, qui reste visible bouche fermée, et une paire postérieure plus petite et conique. Les trois espèces du genre Berardius, la bérardie d'Arnoux, la bérardie de Baird et la bérardie de Sato, ont la particularité de voir ces dents percer chez les deux sexes, alors que chez la plupart des ziphiidés seuls les mâles adultes en portent. Le seul autre ziphiidé dont les dents percent chez les deux sexes est la baleine à bec de Shepherd (Tasmacetus shepherdi), mais celle-ci possède une denture complète de plusieurs dizaines de dents, sans rapport avec les deux paires de la bérardie. Ces dents servent aux affrontements sociaux : les adultes, mâles comme femelles, accumulent avec l'âge un réseau dense de cicatrices linéaires parallèles, si bien que les individus les plus zébrés sont aussi les plus âgés. S'y ajoutent des morsures rondes ou ovales, blanchâtres, laissées par le squalelet féroce, et parfois des marques de dents d'orque sur la caudale et les nageoires.
Les confusions sont fréquentes. L'hypéroodon austral (Hyperoodon planifrons), qui partage le même domaine, est plus petit, plus clair, avec un front très bombé, un bec court et une seule paire de dents visible chez le mâle adulte : les deux paires antérieures apparentes de la bérardie constituent le meilleur critère. Les mésoplodons austraux sont nettement plus petits et n'ont jamais ce long dos rectiligne du melon à l'aileron, visible hors de l'eau, qui caractérise la bérardie en surface. La baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) a un profil de tête plus court, en « bec d'oie », et une coloration souvent très pâle sur la tête. La baleine à bec de Shepherd, elle aussi australe et présente dans les eaux tempérées froides, est nettement plus petite, porte un bec plus fin et une coloration contrastée à flancs pâles, et ne montre pas la paire de grandes dents triangulaires en pointe de mâchoire. Enfin, la bérardie de Baird (Berardius bairdii) est quasi identique d'aspect mais strictement cantonnée au Pacifique Nord : les deux espèces ne se rencontrent jamais.
La bérardie d'Arnoux est un cétacé à dents (odontocète) de la famille des baleines à bec. Cette famille est le plus souvent désignée sous le nom de Ziphiidae, mais certains référentiels taxonomiques, dont le socle du GBIF, utilisent le nom Hyperoodontidae pour le même ensemble. Le genre Berardius, dont l'espèce est le type, regroupe trois espèces actuelles : la bérardie d'Arnoux dans l'hémisphère Sud, la bérardie de Baird (Berardius bairdii Stejneger, 1883) et la bérardie de Sato (Berardius minimus Yamada, 2019), toutes deux propres au Pacifique Nord ; une espèce fossile, B. kobayashii, a été décrite en 2021. Le genre est documenté dans le registre fossile depuis le Miocène moyen.
Le nom de genre honore l'amiral Auguste Bérard, commandant de la corvette française Le Rhin ; l'épithète spécifique rend hommage au chirurgien de bord Arnoux, qui recueillit un crâne sur une plage d'Akaroa, dans la péninsule de Banks en Nouvelle-Zélande. Rapporté au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, ce crâne servit de base à la description publiée par Georges Louis Duvernoy en 1851. Duvernoy ayant omis un « o » dans la transcription du nom, de nombreuses graphies fautives circulent encore (arnouxii, arnouxi, arnuxi). La ressemblance extrême avec la bérardie de Baird a longtemps fait débattre de leur éventuelle conspécificité ; la génétique et la séparation géographique complète des deux aires ont tranché en faveur de deux espèces distinctes.
L'espèce est circumpolaire dans l'hémisphère Sud, de la bordure des plateformes de glace antarctiques (jusqu'à environ 78°S) vers le nord jusqu'aux eaux tempérées froides, la limite septentrionale de son aire habituelle se situant vers 34°S. Une carcasse échouée sur le littoral de São Paulo, au Brésil (vers 24°S), constitue la donnée la plus nordique connue et reste un cas isolé. Les échouages et observations proviennent principalement de Nouvelle-Zélande, d'Argentine, d'Australie (Australie-Occidentale, Australie-Méridionale, Tasmanie, Nouvelle-Galles du Sud), d'Afrique du Sud et de Géorgie du Sud, ce qui étaye une distribution faisant le tour du continent antarctique.
La synthèse la plus complète disponible, publiée dans Marine Mammal Science à partir de 108 observations documentées totalisant au moins 1 125 individus, corrige plusieurs idées reçues. Contrairement à l'image classique de la baleine à bec strictement pélagique, la bérardie d'Arnoux fréquente surtout des fonds modestes : la moitié environ des individus recensés l'ont été au-dessus de fonds de moins de 500 m et plus des trois quarts au-dessus de moins de 1 000 m ; au nord de l'océan Austral, 71 % des animaux ont été vus à l'intérieur de l'isobathe des 250 m, y compris très près des côtes et jusqu'au fond de fjords. L'association à la glace de mer est frappante : au sud de 60°S, 92 % des observations fortuites sont liées à la glace, et près des deux tiers se situent au contact immédiat de la banquise côtière, du front des barrières de glace ou des glaciers. Les animaux sont observés à tous les mois de l'année sauf en juillet et août, une lacune que les auteurs attribuent à la quasi-absence d'effort d'observation en plein hiver austral, et les données ne montrent aucun indice de migration saisonnière marquée.
En France, l'espèce ne concerne que les eaux ultramarines australes : elle est absente de Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche, où aucune donnée n'existe. La Liste rouge des espèces menacées en France, dans son chapitre consacré aux vertébrés des Terres australes et antarctiques françaises, la traite différemment selon les secteurs : dans les Terres australes françaises (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam), elle figure parmi les espèces visiteuses régulières, sans catégorie TAAF attribuée ; en Terre Adélie, elle est recensée parmi les espèces occasionnelles (catégorie NAb, « non applicable »).
La bérardie d'Arnoux est une prédatrice de profondeur qui chasse à l'écholocation. Comme les autres ziphiidés, elle est dépourvue de dents préhensiles fonctionnelles et aspire ses proies : une paire de sillons gulaires en V permet de créer une dépression dans la bouche lorsque la langue se rétracte, aspirant calmars et poissons. Les proies identifiées sont surtout des calmars de l'océan Austral, complétés de poissons benthiques et pélagiques.
Les plongées dépassent régulièrement 500 m et pourraient atteindre des profondeurs bien supérieures. Leur durée est le plus souvent de 15 à 25 minutes, mais des immersions d'une heure sont documentées, avec un maximum observé de 70 minutes au niveau de chenaux étroits ouverts dans la banquise ; les animaux passent ensuite 5 à 15 minutes en surface, immobiles et respirant fortement, avant de replonger. Cette capacité leur permet de parcourir plusieurs kilomètres sous la glace entre deux respirations et d'exploiter des habitats sous-glaciaires hors de portée des autres grands prédateurs marins.
L'espèce est nettement grégaire. Les groupes comptent le plus souvent 6 à 10 individus, pour une moyenne d'environ huit animaux sur l'ensemble des observations documentées, mais des rassemblements de 47 individus ont été notés au large de la Terre de Kemp et jusqu'à 80 animaux en un seul groupe, ces agrégats se scindant ensuite en unités plus petites. Les groupes réunissent adultes des deux sexes et jeunes ; ils font surface et plongent de façon synchrone. Sauts hors de l'eau, sorties verticales de la tête et coups de caudale sont réguliers, et les animaux se montrent parfois curieux à l'égard des embarcations.
La reproduction reste très mal documentée et l'essentiel de ce qu'on en dit est extrapolé de la bérardie de Baird : maturité sexuelle vers 6 à 11 ans chez le mâle et 10 à 15 ans chez la femelle, maturité physique vers 20 ans, gestation longue estimée entre 12 et 17 mois, un seul petit d'environ 4 m à la naissance. Les mères accompagnées de leur jeune ont été photographiées jusque dans les polynies côtières de la mer de Weddell. L'orque est le seul prédateur naturel connu.
La bérardie d'Arnoux est classée en Préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN, sur la base d'une évaluation de 2020 publiée dans une version amendée en 2021. Ce classement ne traduit pas une abondance démontrée : aucune estimation d'effectif n'existe pour l'espèce, et la tendance des populations n'est pas connue. Il reflète surtout l'absence de pression d'exploitation avérée et l'étendue considérable de l'aire de répartition. Toutes les données convergent en revanche pour indiquer une espèce peu commune : au cours de douze campagnes d'observation des prédateurs supérieurs menées depuis 1988 à bord d'un brise-glace de recherche, couvrant plus de 42 000 km de transects au sud de 40°S, elle n'a jamais été détectée depuis le navire.
Contrairement à la bérardie de Baird, chassée dans le Pacifique Nord, la bérardie d'Arnoux n'a jamais fait l'objet d'une chasse commerciale d'ampleur, son éloignement et son habitat englacé l'ayant largement soustraite aux baleiniers. Elle est inscrite à l'Annexe I de la CITES depuis 1983 et relève du Mémorandum d'entente pour la conservation des cétacés de la région des îles du Pacifique, sous l'égide de la Convention sur les espèces migratrices.
Les menaces identifiées sont indirectes. La pollution sonore vient en tête : les baleines à bec comptent parmi les cétacés les plus sensibles aux sonars militaires et aux prospections sismiques, et les sondeurs de bord peuvent les perturber à plus de 5 km. S'y ajoutent les captures accidentelles dans les engins de pêche, la contamination chimique, l'ingestion de plastiques et, plus structurellement, le changement climatique : une espèce aussi étroitement liée à la banquise côtière antarctique est directement exposée à la transformation du régime des glaces australes. Le manque de données démographiques constitue en soi une faiblesse pour sa conservation.
Rencontrer une bérardie d'Arnoux relève de la chance. Les meilleures opportunités se présentent lors des croisières polaires en été austral, le long de la péninsule Antarctique, en mer de Weddell et en mer de Ross, en particulier à l'approche des polynies, des chenaux de la banquise côtière et du front des barrières de glace, là où l'espèce se repose entre deux plongées. Plus au nord, quelques secteurs concentrent des observations : les fjords de Nouvelle-Zélande et le plateau continental au large de la Nouvelle-Galles du Sud.
À l'œil, il faut chercher un dos long et rectiligne se déroulant du melon jusqu'à un petit aileron très reculé, un souffle bas et peu visible, et des groupes serrés stationnant en surface plusieurs minutes. Une paire de jumelles et de la patience valent mieux qu'une approche : les grands navires bruyants font fuir l'espèce, ce qui explique en partie sa rareté apparente.
L'observation doit rester passive. On coupe les sondeurs non indispensables, on maintient une distance et une vitesse constantes, on n'interrompt jamais un groupe en récupération après plongée et on ne le sépare pas. Les photographies datées et géolocalisées ont une réelle valeur scientifique : pour une espèce dont la connaissance repose sur un peu plus d'une centaine d'observations documentées, chaque cliché transmis à une base de données de photo-identification compte.
Les deux espèces sont presque identiques d'aspect et ont longtemps été soupçonnées de n'en former qu'une seule. Elles sont séparées par la géographie : la bérardie d'Arnoux est exclusivement australe, la bérardie de Baird strictement nord-pacifique. La seconde est aussi un peu plus grande, jusqu'à environ 11 m contre 9,7 à 9,75 m pour les spécimens mesurés de la première. La génétique a confirmé qu'il s'agit bien de deux espèces distinctes.
Ses plongées durent couramment 15 à 25 minutes, mais des immersions d'une heure sont documentées et un maximum de 70 minutes a été observé au niveau de chenaux ouverts dans la banquise antarctique. Entre deux plongées, les animaux passent 5 à 15 minutes en surface pour récupérer.
Pas en métropole : l'espèce est strictement australe et n'a jamais été signalée en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne ou en Manche. Elle est en revanche présente dans les eaux ultramarines australes, où la Liste rouge des espèces menacées en France (chapitre Terres australes et antarctiques françaises) la range parmi les espèces visiteuses régulières dans les Terres australes françaises (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam), et parmi les espèces occasionnelles (catégorie NAb) en Terre Adélie.
Elles s'entaillent mutuellement la peau avec la paire de dents triangulaires de la mâchoire inférieure lors d'interactions sociales et d'affrontements. Chez la bérardie, ces dents percent chez les deux sexes, si bien que mâles et femelles se marquent : les cicatrices s'accumulent avec l'âge et donnent une indication grossière de l'ancienneté de l'individu. Les marques rondes et blanches, elles, sont dues aux morsures du squalelet féroce.
Elle est classée en Préoccupation mineure (LC) par l'UICN depuis l'évaluation de 2020, amendée en 2021. Ce statut traduit surtout l'absence de chasse et une très vaste aire de répartition, non une abondance mesurée : il n'existe aucune estimation d'effectif ni de tendance. Les principales préoccupations sont la pollution sonore, à laquelle les baleines à bec sont particulièrement vulnérables, les captures accidentelles et l'évolution de la banquise antarctique dont elle dépend étroitement.
Elle passe l'essentiel de son temps en plongée profonde, son souffle est bas et discret, elle vit dans des zones englacées peu fréquentées, et elle semble éviter les gros navires bruyants. Les observations proviennent d'ailleurs plus souvent de petites embarcations ou d'hélicoptères que des grands brise-glaces de recherche, qui peuvent naviguer des dizaines de milliers de kilomètres sans en détecter une seule.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 31 observations géolocalisées de Berardius arnuxii sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| Antarctica | 23 |
| New Zealand | 9 |
| Brazil | 1 |
| Chile | 1 |

Répartition mensuelle de 33 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en février.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 3 |
| février | 13 |
| mars | 6 |
| avril | 1 |
| mai | 0 |
| juin | 0 |
| juillet | 1 |
| août | 0 |
| septembre | 1 |
| octobre | 0 |
| novembre | 5 |
| décembre | 3 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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