Baleine pygmée (Caperea marginata)

Carte d’identité
Nom scientifique Caperea marginata (J. E. Gray, 1846)
Autres noms Baleine franche pygmée, baleine franche naine, baleine naine ; pygmy right whale (anglais)
Taille Adultes le plus souvent 6 à 6,5 m (certaines sources élargissent la fourchette à 5–6,5 m) ; plus grands individus mesurés : mâle de 6,1 m et femelle de 6,45–6,5 m, tous deux échoués en Tasmanie. Nouveau-nés : 1,6 à 2,2 m.
Poids Environ 3 000 à 3 500 kg ; l'individu le plus lourd documenté pesait environ 3 430 kg (une femelle de 6,21 m pesait 3 200 kg, un mâle de 5,47 m 2 850 kg). Quelques sources avancent un maximum de 4 500 kg.
Longévité Inconnue : aucune détermination d'âge publiée ne permet de l'établir.
Régime Zooplancton : essentiellement des copépodes, complétés par des euphausiacés (krill), d'après les contenus stomacaux d'animaux échoués.
Statut UICN Préoccupation mineure (LC), évaluation mondiale publiée en 2018 (J. G. Cooke, Liste rouge de l'UICN, e.T3778A50351626). Aucune sous-population n'est évaluée séparément. Les évaluations antérieures classaient l'espèce en « données insuffisantes » (DD), statut encore relayé par des fiches non actualisées.

En bref

La baleine pygmée est le plus petit des cétacés à fanons : environ 6 à 6,5 m pour 3 à 3,5 tonnes. Seule espèce actuelle de la famille des Neobalaenidae, elle vit exclusivement dans les eaux tempérées et froides de l'hémisphère Sud. Extrêmement discrète, elle demeure l'un des cétacés les moins connus au monde, l'essentiel des données provenant d'animaux échoués.

Identification

Avec 6 à 6,5 m de long pour 3 à 3,5 tonnes, la baleine pygmée est de loin le plus petit des mysticètes. Le corps est fuselé, gris sombre sur le dos et plus clair, jusqu'au blanchâtre, sur le ventre, souvent avec une paire de taches claires en chevron derrière les yeux. La tête représente environ un quart de la longueur totale ; le rostre est nettement arqué et la gorge porte deux sillons. L'aileron dorsal, falciforme, est implanté très en arrière, aux trois quarts du dos environ, et n'est pas toujours visible lorsque l'animal fait surface.

La bouche abrite de 210 à 230 lames de fanons de chaque côté, longues, étroites et souples, blanc crème à jaunâtre et bordées d'un liseré sombre chez certains individus, d'où l'épithète marginata, « bordée ». Les plus grandes lames mesurent de l'ordre de 70 à 85 cm selon les sources. Le squelette est sans équivalent chez les cétacés actuels : les sept vertèbres cervicales sont soudées, l'animal ne compte qu'environ 44 vertèbres, le total le plus faible connu chez les cétacés, mais 18 paires de côtes larges et aplaties qui couvrent 39 à 45 % de la colonne vertébrale, contre environ 33 % chez les autres baleines à fanons. La nageoire pectorale ne porte que quatre doigts, le cœur et les poumons sont proportionnellement petits, et le sac laryngé est décalé à droite de l'axe médian, disposition unique chez les mysticètes.

En mer, la confusion est facile avec le petit rorqual de l'Antarctique (Balaenoptera bonaerensis) et la forme naine du petit rorqual commun (Balaenoptera acutorostrata), de taille et de livrée voisines : la courbure de la mâchoire, moins prononcée que chez les vraies baleines franches, ne suffit pas toujours à trancher. Les fanons crème à gencive blanche, visibles bouche ouverte, restent le critère le plus fiable. Contrairement aux baleines franches du genre Eubalaena, la baleine pygmée ne porte aucune callosité. Son nom ne doit pas non plus être confondu avec celui du cachalot pygmée (Kogia breviceps), un odontocète sans lien de parenté.

Taxonomie

Ordre des Cetacea, sous-ordre des Mysticeti (cétacés à fanons), famille des Neobalaenidae, genre Caperea, espèce Caperea marginata (J. E. Gray, 1846) ; protonyme Balaena marginata. Seule espèce actuelle de son genre et de sa famille ; plusieurs travaux récents la rattachent aux Cetotheriidae.

Répartition et habitat

La baleine pygmée est strictement inféodée à l'hémisphère Sud, où sa répartition est considérée comme circumpolaire, dans une bande comprise entre environ 30° et 55° de latitude sud, la grande majorité des signalements se situant entre 31° et 52° S. Elle fréquente des eaux dont la température de surface est comprise entre 5 et 20 °C, aussi bien au large que sur le plateau continental. Des échouages et des observations sont documentés au Chili, en Terre de Feu, en Namibie, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande ; un noyau d'individus pourrait être présent toute l'année au large de la Tasmanie.

Une analyse de 196 signalements australiens et néo-zélandais couvrant 1884 au début de 2007 montre que 69 % proviennent d'Australie, que des données existent pour tous les mois mais culminent au printemps et en été austraux (75 %), et que sept « points chauds » côtiers, au premier rang desquels le sud-est et le nord-ouest de la Tasmanie, concentrent la majorité des observations localisées. Tous sont associés à des remontées d'eau froide ou à de fortes concentrations de zooplancton. Une seule donnée est connue pour l'hémisphère Nord : un jeune d'environ 2,70 m photographié échoué en Gambie, vers 13° N, en janvier 1995, très probablement dérivé au gré des courants.

En France, l'espèce n'est susceptible d'être rencontrée que dans les eaux subantarctiques des Terres australes et antarctiques françaises, Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul, où la Liste rouge des vertébrés des TAAF la range parmi les espèces occasionnelles. Elle est absente de la Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche.

Biologie et écologie

Le régime alimentaire, reconstitué à partir des contenus stomacaux d'animaux échoués, repose sur le zooplancton : copépodes pour l'essentiel, complétés par des euphausiacés. L'animal filtre vraisemblablement l'eau en écrémant la couche superficielle. Le cœur et les poumons proportionnellement petits suggèrent qu'il ne s'agit pas d'un plongeur profond, et les apnées rapportées dépassent rarement quatre minutes. La nage est lente et ondulante, de l'ordre de 3 à 5 nœuds, avec des pointes estimées à 6-8 nœuds (11 à 15 km/h). Le souffle est bas et peu visible et l'animal ne lève pas sa nageoire caudale en plongeant : autant de raisons pour lesquelles il passe si facilement inaperçu.

La baleine pygmée est le plus souvent solitaire ou en couple, parfois en compagnie de dauphins, de globicéphales, de petits rorquals ou de rorquals boréaux. Des rassemblements bien plus importants ont toutefois été observés : quatorze individus en 2001 par 46° S, à quelque 450 km au sud-est de la Nouvelle-Zélande, environ quatre-vingts au sud-ouest du cap Leeuwin en 1992, et plus d'une centaine au large de Portland, dans l'État de Victoria, en juin 2007, dans une zone d'upwelling.

La reproduction reste mal documentée. Les nouveau-nés mesurent 1,6 à 2,2 m ; un fœtus d'environ 2 m a été observé chez une femelle de 6 m échouée en Tasmanie en 1982. Le sevrage interviendrait vers cinq mois, à 3-3,5 m, la maturité sexuelle autour de 5 m et la maturité physique vers 6 m. La durée de gestation, souvent estimée à 10-12 mois, n'est pas établie avec certitude, pas plus que la durée de lactation ni la longévité. L'orque compte parmi les prédateurs : les nageoires caudales, le lard et les fanons d'un baleineau ont été retrouvés dans une orque de 7,47 m capturée au large de l'Afrique du Sud.

Statut et conservation

La baleine pygmée est classée en « préoccupation mineure » (LC) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation publiée en 2018. L'effectif global reste inconnu, faute de campagnes d'abondance dédiées, mais aucun élément n'indique de déclin.

C'est vraisemblablement le seul mysticète à avoir échappé à la chasse industrielle : sa petite taille et sa répartition diffuse l'ont privée d'intérêt commercial. Les captures documentées tiennent en quelques lignes, un mâle de 3,39 m pris au large de l'Afrique du Sud en 1917, quelques individus capturés à des fins scientifiques par des baleiniers soviétiques dans l'Atlantique Sud en 1970. De rares prises accidentelles dans des filets sont connues, sans effet démontré sur la population. Les principales incertitudes portent aujourd'hui sur les effets à long terme des changements océanographiques sur les concentrations de zooplancton dont l'espèce dépend.

Sur le plan réglementaire, la baleine pygmée est inscrite à l'Annexe I de la CITES, qui interdit le commerce international à des fins commerciales, et à l'Annexe II de la Convention de Bonn sur les espèces migratrices ; elle est également couverte par le Mémorandum d'entente sur la conservation des cétacés de la région des îles du Pacifique. Dans les eaux françaises, elle bénéficie de la protection intégrale accordée aux mammifères marins.

Observer cette espèce

Observer une baleine pygmée relève de l'exception : moins de vingt-cinq observations en mer avaient été rapportées jusqu'en 2008, et l'essentiel des connaissances provient d'animaux échoués. Les meilleures chances se situent dans les zones de remontées d'eau du sud de l'Australie, en particulier autour de la Tasmanie et au large de Portland (Victoria), ainsi qu'en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud, au printemps et en été austraux. Aucune sortie commerciale de whale-watching ne cible l'espèce.

Sur l'eau, il faut chercher un petit mysticète au souffle bas et diffus, à l'aileron falciforme très reculé, qui ne montre pas sa caudale en plongeant ; l'ouverture de la bouche, révélant des fanons crème à gencive blanche, reste le critère décisif. Toute observation ou tout échouage mérite d'être signalé aux réseaux locaux, photographies à l'appui : chaque donnée compte pour une espèce aussi mal documentée. Comme pour tout cétacé, il convient de maintenir une distance suffisante, de ne jamais couper la trajectoire de l'animal, de réduire la vitesse et de limiter la durée d'approche.

Questions fréquentes

Pourquoi l'appelle-t-on « baleine franche pygmée » alors qu'elle n'en est pas une ?

Gray l'avait placée en 1846 dans le genre Balaena, celui des baleines franches, en raison de son rostre arqué et de ses longs fanons. Les données moléculaires montrent aujourd'hui qu'elle est plus proche des rorquals et de la baleine grise que des Balaenidae, et les travaux morphologiques de 2012 la rattachent aux Cetotheriidae. Le nom vernaculaire est un héritage historique trompeur : « baleine pygmée » lui convient mieux.

Peut-on voir la baleine pygmée en France ?

Pas en métropole. L'espèce est strictement australe et n'a jamais été signalée en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne ni en Manche. Elle n'est susceptible d'être rencontrée que dans les eaux des Terres australes et antarctiques françaises (Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul), où la Liste rouge régionale des vertébrés la classe parmi les espèces occasionnelles.

Est-ce vraiment la plus petite des baleines à fanons ?

Oui. Les adultes mesurent le plus souvent 6 à 6,5 m pour 3 à 3,5 tonnes, contre 8 à 10 m pour un petit rorqual et plus de 15 m pour une baleine franche australe. Le plus grand individu mesuré, une femelle échouée en Tasmanie en 1981, atteignait 6,45 à 6,5 m.

Comment la distinguer d'un petit rorqual en mer ?

Les deux espèces se ressemblent beaucoup : même gamme de taille, dos gris foncé, ventre clair. La baleine pygmée a un rostre plus arqué, un aileron dorsal falciforme implanté très en arrière et parfois invisible en surface, et surtout des fanons longs, crème, avec une gencive blanche très caractéristique lorsque la bouche s'ouvre. Elle ne porte jamais de callosités et ne montre pas sa caudale en plongeant.

Combien reste-t-il de baleines pygmées dans le monde ?

Aucune estimation d'effectif n'est disponible : l'espèce n'a jamais fait l'objet de campagnes d'abondance dédiées et sa population mondiale est indiquée comme inconnue. Son classement en préoccupation mineure en 2018 traduit l'absence de menace identifiée et de déclin décelé, non un dénombrement.

A-t-elle été chassée par les baleiniers ?

Très marginalement. Sa petite taille et sa répartition diffuse l'ont rendue sans intérêt pour la chasse industrielle. On ne connaît qu'un petit nombre de captures, dont un mâle de 3,39 m pris au large de l'Afrique du Sud en 1917 et quelques individus prélevés à des fins scientifiques par des baleiniers soviétiques dans l'Atlantique Sud en 1970.

Quels sont ses prédateurs naturels ?

L'orque est le seul prédateur documenté : des nageoires caudales, du lard et des fanons d'un baleineau de baleine pygmée ont été retrouvés dans l'estomac d'une orque de 7,47 m capturée au large de l'Afrique du Sud. Les données disponibles ne permettent pas d'évaluer la fréquence réelle de cette prédation.

Sources

Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.

Répartition observée

D'après les données ouvertes du GBIF, 8 observations géolocalisées de Caperea marginata sont recensées dans notre index photographique.

Principaux pays d'observation
PaysObservations
New Zealand16
Australia4
Argentina1
Gambia1

Carte de répartition : Baleine pygmée (Caperea marginata)

Carte de répartition : Baleine pygmée (Caperea marginata), 8 observations géolocalisées issues du GBIF
8 observations géolocalisées de Caperea marginata. Fond de carte Natural Earth, domaine public. Données GBIF.
🗺️ Ouvrir la carte interactivePour zoomer et parcourir. Elle utilise les fonds OpenStreetMap/CARTO et les densités d'occurrences GBIF : aucune donnée n'est envoyée à ces services avant votre clic.

Présence au fil de l'année

Répartition mensuelle de 13 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en juillet.

30janvier : 0janfévrier : 0févmars : 0maravril : 0avrmai : 1maijuin : 1juinjuillet : 3juilaoût : 0aoûtseptembre : 3sepoctobre : 3octnovembre : 0novdécembre : 2déc
Observations par mois
MoisObservations
janvier0
février0
mars0
avril0
mai1
juin1
juillet3
août0
septembre3
octobre3
novembre0
décembre2

Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.

En images

Caperea marginata
© chalikotheres, CC BY-NC, 2025
Caperea marginata
© soso, CC BY-NC, 2020
Caperea marginata
© soso, CC BY-NC, 2020
Caperea marginata
© Daniel Percy, CC BY-NC, 2019
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 2019
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 2014
Caperea marginata
© Lloyd Esler, CC BY-NC, 2011
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 2002
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 1996
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 1996
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 1995
Caperea marginata
© Mead, James G., licence spécifique, 1995

Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.

Références scientifiques

  1. Fordyce R., Marx F. (2013) The pygmy right whale Caperea marginata : the last of the cetotheres, Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences
  2. Dawbin W., Cato D. (1992) SOUNDS OF A PYGMY RIGHT WHALE (CAPEREA MARGINATA), Marine Mammal Science
  3. Sekiguchi K., Best P., Kaczmaruk B. (1992) NEW INFORMATION ON THE FEEDING HABITS AND BALEEN MORPHOLOGY OF THE PYGMY RIGHT WHALE CAPEREA MARGINATA, Marine Mammal Science
  4. Buchholtz E. (2010) Vertebral and rib anatomy in Caperea marginata: Implications for evolutionary patterning of the mammalian vertebral column, Marine Mammal Science
  5. Kemper C., Leppard P. (1999) ESTIMATING BODY LENGTH OF PYGMY RIGHT WHALES (CAPEREA MARGINATA) FROM MEASUREMENTS OF THE SKELETON AND BALEEN, Marine Mammal Science
  6. Tsai C., Fordyce R. (2015) Ancestor–descendant relationships in evolution: origin of the extant pygmy right whale, Caperea marginata, Biology Letters
  7. Park T., Marx F., Fitzgerald E., Evans A. et al. (2017) The cochlea of the enigmatic pygmy right whale Caperea marginata informs mysticete phylogeny, Journal of Morphology
  8. Kemper C. (2002) DISTRIBUTION OF THE PYGMY RIGHT WHALE, CAPEREA MARGINATA, IN THE AUSTRALASIAN REGION, Marine Mammal Science

Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).