| Nom scientifique | Balaena mysticetus Linnaeus, 1758 |
|---|---|
| Autres noms | Baleine du Groenland, baleine franche du Groenland, baleine franche boréale (appellation ambiguë, voir la rubrique identification) ; arviq (inuktitut) ; bowhead whale, Greenland right whale (anglais) ; ballena de cabeza arqueada (espagnol) |
| Taille | 14 à 18 m couramment (mâles 14-17 m, femelles 16-18 m), exceptionnellement une vingtaine de mètres ; nouveau-né de 4 à 4,5 m |
| Poids | Environ 60 à 100 tonnes selon les sources ; nouveau-né d'environ 1 tonne |
| Longévité | Le mammifère le plus longévif documenté : plus de 100 ans couramment, un mâle estimé à 211 ans par racémisation de l'acide aspartique ; maturité physique atteinte entre 50 et 60 ans |
| Régime | Zooplancton filtré à travers 230 à 360 fanons : copépodes, euphausiacés (krill), mysidacés et amphipodes ; environ 100 tonnes de proies par an et par individu |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC) au niveau mondial, évaluation publiée en 2018. Sous-populations évaluées séparément : mer d'Okhotsk En danger (EN, 2018) ; Groenland oriental–Svalbard–mer de Barents En danger (EN, 2018, déclassée de En danger critique). Évaluation régionale européenne 2023 : Vulnérable (VU). Tendance globale en augmentation. |
La baleine boréale (Balaena mysticetus) est le seul grand cétacé à fanons qui accomplit tout son cycle de vie dans les eaux arctiques et subarctiques. Massive, dépourvue de nageoire dorsale, dotée de la plus grande bouche du règne animal et des plus longs fanons connus, elle est aussi le mammifère le plus longévif documenté, avec un individu estimé à 211 ans. Décimée par la chasse commerciale entre le XVIIe et le début du XXe siècle, elle est aujourd'hui classée en Préoccupation mineure à l'échelle mondiale, mais deux de ses sous-populations demeurent En danger.
Le corps de la baleine boréale est trapu, cylindrique, presque tonneau, d'un noir profond. Elle ne possède ni nageoire dorsale ni bosse dorsale, et ses nageoires pectorales sont courtes et spatulées. Le caractère le plus immédiatement reconnaissable est la large tache blanche du menton, souvent ponctuée de marques sombres ; des plages claires apparaissent aussi autour du pédoncule caudal et de la queue, et s'étendent avec l'âge. Les adultes mesurent couramment 14 à 18 m, les mâles 14 à 17 m, les femelles 16 à 18 m, exceptionnellement une vingtaine de mètres, pour une masse de l'ordre de 60 à 100 tonnes selon les sources et les stocks.
La tête est spectaculaire : arquée en forme d'arc (d'où le nom anglais bowhead), triangulaire vue de dessus, elle représente environ un tiers à 40 % de la longueur totale et le crâne peut dépasser 5 m. La bouche, la plus grande du règne animal, abrite 230 à 360 lames cornées qui atteignent près de 4 m, un record chez les cétacés actuels (certaines sources rapportent des plaques plus longues encore, jusqu'à environ 5 m). La couche de lard, la plus épaisse de tous les cétacés, mesure de 5 cm au menton à 40-50 cm sur le tronc. Cette architecture massive lui permet de défoncer par en dessous une glace d'une vingtaine de centimètres, et des chasseurs iñupiat rapportent des animaux crevant jusqu'à 60 cm de banquise pour respirer.
Les confusions sont surtout nominales. La baleine noire de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis), autre balénidé sans nageoire dorsale, s'en distingue par les callosités claires colonisées par des poux de baleine qui ornent sa tête, par sa taille plus modeste (13 à 16 m) et par une aire de répartition tempérée à subpolaire. Le rorqual boréal (Balaenoptera borealis) ne partage que l'adjectif : silhouette profilée, nageoire dorsale falciforme bien marquée, fanons ne dépassant pas 80 cm. Attention enfin au vocabulaire : dans l'usage officiel français, notamment celui de l'Office français de la biodiversité, « baleine franche boréale » désigne Eubalaena glacialis. Pour Balaena mysticetus, mieux vaut employer « baleine boréale » ou « baleine du Groenland ».
Balaena mysticetus a été décrite par Carl von Linné en 1758. Elle appartient au sous-ordre des mysticètes (baleines à fanons) et à la famille des Balaenidae, qui réunit également les trois baleines franches du genre Eubalaena. La baleine boréale est la seule espèce actuelle du genre Balaena : les travaux génétiques du début des années 2000 ont confirmé qu'elle constitue une lignée phylogénétique distincte de celle des baleines franches. C'est le seul mysticète endémique des eaux arctiques et subarctiques, adaptation qui se lit dans toute son anatomie, crâne renforcé, lard hypertrophié, absence de dorsale facilitant la remontée sous la glace. Les Inuit la nomment arviq, et l'espèce occupe une place centrale dans les cultures maritimes circumpolaires.
La répartition est circumpolaire arctique, essentiellement entre 60° et 75° de latitude nord, dans des eaux saisonnièrement englacées : mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort, baie d'Hudson et bassin Foxe, baie de Baffin et détroit de Davis, mer d'Okhotsk, secteur allant du Groenland oriental à la Sibérie orientale. Les animaux hivernent en bordure de la banquise et remontent vers le nord au printemps, à mesure que les chenaux d'eau libre s'ouvrent.
La Commission baleinière internationale reconnaît quatre stocks de gestion (cinq populations sont parfois distinguées). Le stock de l'Arctique occidental (Béring–Tchouktches–Beaufort) est de loin le plus important : les deux relevés de 2019 donnent 14 025 individus par comptage depuis la glace et 17 175 par transect aérien, soit environ 15 000 animaux après pondération, avec un taux d'accroissement estimé à 3,7 % par an. Le stock Canada oriental–Groenland occidental est estimé entre 6 446 individus (relevé de 2013) et 7 660 par marquage-recapture génétique (2008-2012), en augmentation ; l'ensemble de l'Atlantique Nord avoisinait 8 000 animaux en 2016. La population Groenland oriental–Svalbard–mer de Barents, historiquement la plus abondante, est aujourd'hui la plus réduite : environ 340 individus (343 ; IC 95 % : 136-862) d'après les relevés de 2015 au nord du Svalbard et dans la polynie du Northeast Water, publiés en 2017, soit 0,5 à 1 % de son effectif d'avant la chasse, estimé à 33 000-65 000 animaux. Le stock de la mer d'Okhotsk ne compte probablement pas plus de 400 animaux.
L'espèce n'a aucune population en France, ni en Méditerranée, ni dans le golfe de Gascogne, ni outre-mer. Seules quelques incursions exceptionnelles d'individus immatures ont été documentées en Europe tempérée (voir la rubrique observation).
La baleine boréale est un filtreur strict de zooplancton : copépodes, euphausiacés (krill), mysidacés et amphipodes, capturés en nageant bouche ouverte à faible vitesse, l'eau s'écoulant à travers le rideau de fanons. La consommation annuelle est estimée à près de 100 tonnes de proies par individu. Les animaux sont généralement solitaires ou en petits groupes de moins de six individus, mais se rassemblent sur les zones d'alimentation productives. Les plongées courantes durent 9 à 18 minutes, et peuvent atteindre une heure.
L'espèce est remarquablement vocale, avec un répertoire de sons de basse fréquence (moins de 1 000 Hz) utilisés pour la communication. Ses chants sont d'une diversité inhabituelle chez un mysticète : 184 chants distincts ont été enregistrés auprès d'environ 300 animaux du détroit de Fram entre 2010 et 2014, le répertoire se renouvelant d'une saison à l'autre.
La reproduction est très lente. La maturité sexuelle est atteinte tardivement, généralement citée autour de 25 ans (vers 13 m), certaines estimations la situant dès 15 ans ; la maturité physique n'intervient qu'entre 50 et 60 ans. La saison de reproduction s'étend de mars à août, la conception ayant surtout lieu en mars. La gestation dure 13 à 14 mois et les naissances se concentrent d'avril à début juin. Le baleineau mesure 4 à 4,5 m pour environ une tonne, il est allaité près d'un an et sa mère ne met bas qu'un petit tous les trois à quatre ans.
La longévité de l'espèce a bouleversé les estimations classiques, qui la situaient entre 50 et 75 ans. La découverte, dans des animaux prélevés par les chasseurs, de pointes de harpon anciennes, dont un fragment de lance-bombe breveté entre 1879 et 1885, indiquant un âge de 115 à 130 ans, puis la datation par racémisation de l'acide aspartique du cristallin, qui a attribué 211 ans à un mâle, en font le mammifère le plus longévif connu. Les recherches génomiques associent cette longévité à des capacités inhabituelles de réparation de l'ADN.
À l'échelle mondiale, la baleine boréale est classée en Préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge de l'UICN depuis la réévaluation publiée en 2018. Deux sous-populations font toutefois l'objet d'évaluations distinctes et sont En danger (EN) : celle de la mer d'Okhotsk et celle du Groenland oriental–Svalbard–mer de Barents, cette dernière ayant été déclassée de En danger critique à En danger en 2018. Au niveau régional européen, l'évaluation de 2023 retient le statut Vulnérable (VU). Les listes rouges nationales convergent : En danger en Norvège, Quasi menacée (stock Canada oriental–Groenland occidental) et Vulnérable (stock Groenland oriental–Svalbard–Barents) au Groenland. L'espèce est inscrite à l'annexe I de la CITES et de la Convention sur les espèces migratrices, figure sur la liste OSPAR des espèces menacées ou en déclin, et est classée endangered au titre de l'Endangered Species Act américain depuis 1973.
L'effondrement historique est sans équivalent : la chasse basque puis européenne débute au XVIe siècle, l'exploitation industrielle culmine entre 1848 et 1914, et près de 70 000 animaux ont été prélevés dans le seul secteur Canada oriental–Groenland occidental. Le stock de l'Arctique occidental est tombé sous les 3 000 individus dans les années 1920. La protection internationale intervient dès la Convention de Genève pour la réglementation de la chasse à la baleine de 1931 (entrée en vigueur en 1935), qui interdit la capture des baleines franches et boréales, puis est confirmée par la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine de 1946 (en vigueur depuis 1948) ; la chasse commerciale a cessé.
Subsiste une chasse de subsistance, encadrée par la Commission baleinière internationale pour l'Alaska–Tchoukotka et le Groenland occidental. En Alaska, la limite annuelle est de 67 frappes, augmentée d'au plus 33 frappes non utilisées reportées des blocs de quotas précédents ; entre 1974 et 2021, 8 à 57 baleines ont été débarquées chaque année, pour un prélèvement biologique potentiel (PBR) fixé à 133 et une mortalité d'origine humaine moyenne estimée à 57 animaux. Le Groenland occidental dispose de 2 frappes annuelles fixées par la CBI. Le Canada ayant quitté la CBI en 1982, les prélèvements du Nunavut (5 par an) et du Nunavik (2 par an) sont encadrés par des accords canadiens de cogestion avec les communautés inuit ; la population Groenland oriental–Svalbard–Barents est intégralement protégée.
Les menaces actuelles sont dominées par le changement climatique : la perte de banquise modifie habitats et voies de migration, les modèles projetant une réduction de 28 à 68 % de l'habitat estival d'ici 2100, et facilite l'incursion des orques, dont la prédation augmente. S'y ajoutent les enchevêtrements dans les engins de pêche, environ 12 % des animaux de l'Arctique occidental en portent les cicatrices, les collisions avec les navires, le bruit sous-marin (trafic maritime, prospection sismique), les hydrocarbures et les contaminants.
L'observation de la baleine boréale suppose de se rendre dans l'Arctique : abords du Svalbard, côte ouest du Groenland, Nunavut (bassin Foxe, secteur d'Igloolik) ou nord de l'Alaska. La meilleure période correspond au printemps et au début de l'été, lorsque les animaux longent les chenaux d'eau libre. En mer, l'identification repose sur l'absence totale de nageoire dorsale, le dos noir, lisse et arrondi, la tête massive émergeant lors de la respiration et le menton blanc visible lorsque l'animal roule.
En France, l'espèce n'est pas au programme : elle ne fréquente ni la Méditerranée, ni le golfe de Gascogne, ni la Manche de façon régulière. Seules des incursions exceptionnelles d'immatures ont été documentées en Europe tempérée, un juvénile aux îles Scilly (Cornouailles) en février 2015, une observation confirmée au large de la France le 10 mai 2016, d'autres en Cornouailles et à Carlingford Lough (Irlande) le même mois, puis un individu au large de la côte belge (Ostende–Middelkerke) fin mars-début avril 2017, première mention pour la mer du Nord. Les indices de cicatrisation suggèrent qu'un même jeune animal était en cause pour la série de 2016.
Toute observation ou tout échouage inhabituel sur les côtes françaises doit être signalé au réseau national d'échouages coordonné par l'Observatoire Pelagis. L'espèce étant intégralement protégée, il convient de ne jamais couper la route d'un animal, de maintenir une distance importante, de réduire la vitesse et le bruit, et de respecter les réglementations locales ainsi que les activités de subsistance des communautés autochtones.
Oui, en l'état des connaissances. Les estimations anciennes plafonnaient à 50-75 ans, mais la découverte de pointes de harpon du XIXe siècle dans des animaux récemment prélevés, puis la datation par racémisation de l'acide aspartique du cristallin, ont révélé des âges bien supérieurs : un fragment de lance-bombe breveté entre 1879 et 1885 impliquait un âge de 115 à 130 ans, et un mâle a été estimé à 211 ans. Aucun autre mammifère n'atteint de telles valeurs documentées.
Non, il n'existe aucune population française ni aucune fréquentation régulière des eaux françaises. L'espèce est strictement arctique. Quelques incursions exceptionnelles de jeunes individus ont toutefois été confirmées en Europe tempérée depuis 2015, dont une observation au large de la France le 10 mai 2016, dans une série qui a également concerné les îles Scilly, la Cornouailles, l'Irlande puis la Belgique.
Le rorqual boréal (Balaenoptera borealis) ne partage que l'adjectif : corps profilé, nageoire dorsale falciforme nette, fanons de 80 cm au maximum, présence dans presque tous les océans. La baleine noire de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis), aussi appelée baleine franche boréale ou baleine des Basques, est comme la baleine boréale dépourvue de dorsale, mais elle porte des callosités claires sur la tête, mesure 13 à 16 m et vit en eaux tempérées à subpolaires.
Parce que l'UICN évalue à la fois l'espèce dans son ensemble et certaines sous-populations. Le stock de l'Arctique occidental, qui rassemble l'essentiel des effectifs mondiaux avec environ 15 000 individus et progresse d'environ 3,7 % par an, tire le statut global vers la Préoccupation mineure. Les noyaux résiduels de la mer d'Okhotsk et du Groenland oriental–Svalbard–Barents, qui comptent quelques centaines d'animaux, restent classés En danger.
La chasse commerciale a cessé, mais une chasse de subsistance autochtone reste autorisée et contingentée. Pour le stock de la mer de Béring–Tchouktches–Beaufort, la Commission baleinière internationale fixe une limite de 67 frappes par an, augmentée d'au plus 33 frappes non utilisées reportées des blocs de quotas précédents ; elle fixe également 2 frappes annuelles pour le Groenland occidental. Le Canada ayant quitté la CBI en 1982, les prélèvements du Nunavut (5) et du Nunavik (2) relèvent d'accords canadiens de cogestion avec les communautés inuit. Le règlement de la CBI interdit de frapper, capturer ou tuer un baleineau ou toute baleine accompagnée d'un baleineau, il n'existe pas de taille minimale réglementaire pour cette espèce, et la population Groenland oriental–Svalbard–Barents ne fait l'objet d'aucun prélèvement.
Son crâne massif et arqué, renforcé, lui permet de briser par en dessous une glace d'une vingtaine de centimètres pour créer des trous de respiration, des chasseurs iñupiat rapportant même des animaux crevant jusqu'à 60 cm de banquise. L'absence de nageoire dorsale évite les blessures sous la glace, et une couche de lard de 40 à 50 cm, la plus épaisse de tous les cétacés, assure l'isolation thermique.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 189 observations géolocalisées de Balaena mysticetus sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| Canada | 79 |
| Greenland | 57 |
| United States of America | 56 |
| Russian Federation | 17 |
| Svalbard and Jan Mayen | 16 |
| unknown or invalid | 12 |
| Sweden | 5 |
| Norway | 2 |
| Ireland | 1 |

Répartition mensuelle de 203 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en août.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 3 |
| février | 1 |
| mars | 1 |
| avril | 1 |
| mai | 22 |
| juin | 51 |
| juillet | 19 |
| août | 80 |
| septembre | 21 |
| octobre | 4 |
| novembre | 0 |
| décembre | 0 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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