| Nom scientifique | Mesoplodon europaeus (Gervais, 1855) |
|---|---|
| Autres noms | Mésoplodon de Gervais, mésoplodon d'Europe, mésoplodon des Antilles ; protonyme Dioplodon europaeus Gervais, 1855 ; en anglais : Gervais's beaked whale, Antillean beaked whale, Gulf Stream beaked whale, European beaked whale. |
| Taille | Mâles environ 4,5 m ; femelles jusqu'à 5,2 m (mentions jusqu'à 5,4 m) ; nouveau-né environ 2,1 m. |
| Poids | Plus de 1 200 kg chez les grandes femelles, masse maximale retenue par les sources de référence (NOAA, WDC). Une femelle de 4,6 m échouée en Martinique en octobre 2021 a été estimée sur place à environ 2 tonnes, chiffre nettement supérieur aux valeurs publiées et à prendre comme une estimation de terrain non pesée. Nouveau-né : environ 80 kg. |
| Longévité | Au moins 27 ans ; un individu échoué a été estimé à environ 48 ans. |
| Régime | Calmars d'eau profonde (Octopoteuthis, Mastigoteuthis, Taonius), poissons mésopélagiques (poissons-vipères, escolier noir, Lampadena) et quelques crustacés, dont un grand mysidacé rouge. Capture par succion, sans morsure. |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC), évaluation mondiale de 2020 (Pitman & Brownell Jr.), qui a remplacé un statut antérieur de « données insuffisantes » (DD). Tendance de population inconnue. Aucune sous-population méditerranéenne : l'espèce est strictement atlantique. Aux Antilles françaises, statut régional « données insuffisantes ». |
La baleine à bec de Gervais est un ziphiidé pélagique des eaux chaudes de l'Atlantique, et l'un des grands cétacés les moins observés au monde : la première observation confirmée en mer ne remonte qu'à 1998, au large de Tenerife. Longue de 4,5 à 5,2 m, elle demeure connue avant tout par les échouages, fréquents sur la côte est des États-Unis et exceptionnels en France métropolitaine.
Le mésoplodon de Gervais compte parmi les plus grands mésoplodons, sans être le plus grand du genre, titre qui revient au mésoplodon de Layard (Mesoplodon layardii, jusqu'à 6,2 m), et il en est aussi l'un des plus élancés : corps fuselé, allongé et comprimé latéralement, tête petite et effilée, melon à peine bombé se prolongeant par un rostre étroit de longueur moyenne. La nageoire dorsale, petite et triangulaire, est implantée très en arrière, au dernier tiers du dos. Les adultes mesurent environ 4,5 m chez le mâle et jusqu'à 5,2 m chez la femelle, un peu plus grande ; des individus de 5,4 m ont été signalés. Le poids dépasse 1 200 kg chez les grandes femelles, masse maximale retenue par les sources de référence ; une femelle de 4,6 m échouée à la Martinique a été estimée sur place à environ 2 tonnes, chiffre nettement supérieur aux valeurs publiées et à prendre comme une estimation de terrain, sans pesée. Les nouveau-nés mesurent près de 2,1 m pour environ 80 kg.
La robe est gris sombre sur le dos et plus claire sur le ventre ; elle fonce avec l'âge, les jeunes naissant plus pâles. Un cerne noir autour de l'œil est caractéristique. Les femelles portent souvent des taches claires sur la face et une zone blanchâtre autour de la région génitale. Comme chez tous les mésoplodons, seuls les mâles adultes montrent des dents : une seule paire, petite et triangulaire, implantée sur le tiers antérieur de chaque mandibule et si peu saillante qu'elle passe facilement inaperçue. Chez la femelle, les dents restent enfouies dans la gencive.
Les confusions sont ici la règle plutôt que l'exception : en mer, les mésoplodons sont pratiquement impossibles à séparer les uns des autres, et les campagnes scientifiques les comptabilisent souvent au seul niveau du genre. Le critère le plus sûr reste la position des dents chez le mâle. Chez la baleine à bec de True, elles sont plantées tout à l'extrémité des mandibules ; chez le mésoplodon de Sowerby, à mi-longueur du rostre ; chez le mésoplodon de Gervais, au tiers antérieur. La ligne de la bouche, remarquablement droite même chez les mâles, distingue en outre l'espèce des mésoplodons à mandibule fortement arquée.
L'espèce appartient au genre Mesoplodon, de loin le plus riche des cétacés actuels, au sein de la famille des baleines à bec, les Ziphiidae, également désignée sous le nom d'Hyperoodontidae. Son histoire est singulière. Entre 1836 et 1841, le capitaine d'un navire de l'armateur français Abel Vautier croise à l'entrée de la Manche un grand animal flottant couvert de goélands ; il en tranche la tête et la rapporte à Caen, où elle est remise à Vautier puis à l'anatomiste Deslongchamps. Le spécimen parvient enfin à Paul Gervais, qui décrit l'espèce en 1855 sous le nom de Dioplodon europaeus, d'où l'épithète « europaeus ». Pendant des décennies, cet unique crâne fut contesté, certains y voyant un mésoplodon de Sowerby aberrant. La validité de l'espèce ne fut établie qu'avec deux animaux du New Jersey : un mâle immature capturé près d'Atlantic City en 1889 et une femelle adulte échouée à North Long Branch en 1905.
L'espèce est strictement atlantique. Elle fréquente les eaux profondes tropicales, subtropicales et tempérées chaudes, et pénètre occasionnellement dans des mers plus fraîches. À l'ouest, elle est présente du Cap Cod à la Floride, dans le golfe du Mexique et dans toute la Caraïbe ; c'est le mésoplodon qui s'échoue le plus souvent sur la côte atlantique des États-Unis, et sans doute l'espèce du genre la plus fréquemment observée dans ces eaux. À l'est, des mentions existent en Irlande, aux Canaries, le long de l'Afrique de l'Ouest, à l'île de l'Ascension et jusqu'au Brésil, où un animal découvert dans l'État de São Paulo en août 2001 constitue la donnée la plus méridionale connue. C'est une espèce du large : observations et échouages se rattachent aux talus continentaux, aux canyons et aux fonds océaniques, généralement au-delà de 500 m de profondeur.
En France, la présence est avérée mais très rare. Le spécimen type provient de l'entrée de la Manche ; en métropole, le premier échouage moderne a été enregistré dans les Landes en 1999, et le second seulement le 5 mars 2023, à Capbreton, dans les Landes également, où l'Observatoire Pelagis a examiné un jeune mâle de 4,30 m. Ces deux découvertes se rattachent au golfe de Gascogne et à ses canyons sous-marins, où aucune observation en mer de l'espèce n'a en revanche été confirmée. C'est aux Antilles françaises que l'espèce est la mieux représentée, avec une dizaine d'échouages recensés depuis les années 2000, dont une femelle gestante de 4,6 m échouée le 23 octobre 2021 sur la plage du Diamant, en Martinique. Aucune population n'est établie en Méditerranée française.
Grand plongeur, le mésoplodon de Gervais se nourrit dans la colonne d'eau profonde par succion : en rétractant brusquement la langue et en dilatant les sillons gulaires, il crée une dépression dans la bouche qui aspire la proie sans qu'il ait besoin de la saisir. Les contenus stomacaux révèlent surtout des calmars d'eau profonde des genres Octopoteuthis, Mastigoteuthis et Taonius, des poissons mésopélagiques comme les poissons-vipères, l'escolier noir ou des Lampadena, ainsi que quelques crustacés, dont un grand mysidacé rouge. Les plongées documentées durent environ une heure et sont séparées par de brefs passages en surface, au souffle bas et peu visible ; les mésoplodons en général descendent au-delà de 1 000 m de profondeur.
L'espèce vit seule ou en petits groupes soudés de quelques individus, très loin des côtes. Sa discrétion est extrême : silhouette basse, comportements aériens rares, remontées imprévisibles à des kilomètres du point de plongée. Des sauts hors de l'eau ont toutefois été photographiés au nord-est de Lanzarote en septembre 2008.
La reproduction reste mal connue. La femelle semble atteindre la maturité sexuelle vers 4,5 à 4,6 m et met bas un seul petit, peut-être tous les trois ans environ. La longévité est estimée à au moins 27 ans, un individu échoué ayant peut-être atteint 48 ans.
La Liste rouge de l'UICN classe l'espèce en « préoccupation mineure » (LC) depuis son évaluation de 2020, qui a remplacé un statut antérieur de « données insuffisantes ». Ce reclassement, partagé par la plupart des baleines à bec réévaluées la même année, découle avant tout d'une révision des règles d'emploi de la catégorie « données insuffisantes » plutôt que d'une amélioration démontrée de la situation : la tendance de population demeure inconnue. À l'échelle des Antilles françaises, l'espèce reste évaluée « données insuffisantes ».
Le stock de l'Atlantique nord-ouest a été estimé à 8 595 individus (CV = 0,24) lors de la campagne en mer de l'été 2021, entre le centre de la Floride et la baie de Fundy. Le prélèvement biologique potentiel calculé par la NOAA s'établit à 70 animaux par an et aucune mortalité liée aux pêcheries n'a été observée entre 2017 et 2021, la fermeture définitive des filets maillants dérivants pélagiques ayant supprimé la principale source connue de captures accidentelles.
Les menaces actuelles tiennent surtout au bruit sous-marin : les ziphiidés sont particulièrement sensibles aux sonars militaires de moyenne fréquence, associés à plusieurs échouages massifs dans l'Atlantique Nord. L'ingestion de plastiques est également documentée, d'un juvénile trouvé à Porto Rico en mai 2011 l'estomac rempli de sacs plastiques jusqu'aux fragments retrouvés dans le tube digestif du mâle de Capbreton. L'espèce figure à l'annexe II de la CITES, relève du mémorandum d'entente de la CMS sur les lamantins et petits cétacés d'Afrique de l'Ouest et de Macaronésie, et est couverte par l'accord ASCOBANS, dont la zone d'application englobe le golfe de Gascogne. La mention de l'ACCOBAMS, parfois reprise, est sans portée réelle : l'espèce est absente de la Méditerranée et de la mer Noire. Comme tous les cétacés, elle est intégralement protégée dans les eaux françaises.
Voir un mésoplodon de Gervais relève du privilège rare. L'espèce n'a été identifiée avec certitude en mer qu'en 1998, lorsque trois animaux ont été suivis à l'ouest de Tenerife au-dessus de fonds de 1 500 m ; d'autres rencontres ont eu lieu au sud de la Grande Canarie, et les eaux profondes des Canaries restent le secteur le plus propice. Ailleurs, les chances se concentrent au large des Antilles, lors de sorties en mer profonde par temps très calme, en guettant un souffle bas et un dos gris qui roule brièvement avant une plongée d'une heure. Dans le golfe de Gascogne, en revanche, l'espèce n'a jamais fait l'objet d'une observation en mer confirmée : elle n'y est connue que par deux échouages, et les mésoplodons observés vivants au-dessus des canyons et de la plaine abyssale y sont des baleines à bec de True (Mesoplodon mirus).
L'éthique d'approche est ici plus qu'une formalité, car ces animaux sont sensibles au dérangement acoustique : couper le sonar, réduire l'allure, rester à distance et laisser l'animal choisir sa trajectoire. La contribution la plus utile du public reste toutefois le signalement. Tout cétacé échoué, mort ou vivant, doit être signalé sans être manipulé, en métropole au Réseau national échouages coordonné par l'Observatoire Pelagis, et aux Antilles au réseau local relayé par le sanctuaire Agoa. Ces échouages fournissent l'essentiel de ce que l'on sait de l'espèce.
Parce que le spécimen type est européen : entre 1836 et 1841, une tête de cétacé flottant à l'entrée de la Manche fut rapportée à Caen, puis transmise à Paul Gervais, qui décrivit l'espèce en 1855. L'essentiel des observations et des échouages a ensuite été enregistré dans l'Atlantique Ouest.
Oui, mais très rarement. Deux échouages seulement sont recensés en France métropolitaine, tous deux dans les Landes : le premier en 1999, le second le 5 mars 2023 à Capbreton, un jeune mâle de 4,30 m examiné par l'Observatoire Pelagis. Aux Antilles françaises, une dizaine d'échouages ont été enregistrés depuis les années 2000, dont une femelle gestante de 4,6 m au Diamant, en Martinique, le 23 octobre 2021. Aucune population n'est établie en Méditerranée française.
Par la position des dents chez le mâle : au tiers antérieur de chaque mandibule chez le mésoplodon de Gervais, tout à l'extrémité du bec chez la baleine à bec de True, à mi-longueur du rostre chez le mésoplodon de Sowerby. La ligne de la bouche, remarquablement droite, aide aussi. En mer, la distinction reste si difficile que les campagnes scientifiques comptabilisent souvent ces animaux au niveau du genre.
Les plongées observées durent environ une heure, entrecoupées de courts passages en surface. L'espèce fréquente des fonds généralement supérieurs à 500 m, et les mésoplodons en général descendent au-delà de 1 000 m pour chasser calmars et poissons mésopélagiques.
Non. Avec 4,5 m chez le mâle et jusqu'à 5,2 m chez la femelle, la baleine à bec de Gervais compte parmi les plus grands représentants du genre, mais le record revient au mésoplodon de Layard (Mesoplodon layardii), qui atteint 6,2 m. Dans l'Atlantique, le mésoplodon de Sowerby et la baleine à bec de True égalent ou dépassent également ses dimensions. Elle est en revanche le plus grand mésoplodon à s'échouer régulièrement sur la côte atlantique nord-américaine.
Elle est classée en préoccupation mineure (LC) par l'UICN depuis 2020, mais la tendance de sa population reste inconnue. Les principales pressions sont le bruit sous-marin, en particulier les sonars militaires de moyenne fréquence, l'ingestion de plastiques et, plus marginalement aujourd'hui, les captures accidentelles.
Ne pas la manipuler, tenir les chiens et le public à distance et prévenir immédiatement le réseau compétent : en métropole le Réseau national échouages coordonné par l'Observatoire Pelagis, aux Antilles le réseau local relayé par le sanctuaire Agoa. Ces signalements fournissent l'essentiel des connaissances sur l'espèce.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 113 observations géolocalisées de Mesoplodon europaeus sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| United States of America | 105 |
| unknown or invalid | 11 |
| Spain | 7 |
| Portugal | 6 |
| Cabo Verde | 3 |
| Brazil | 2 |
| Trinidad and Tobago | 1 |
| Bahamas | 1 |
| Cayman Islands | 1 |
| Dominica | 1 |

Répartition mensuelle de 139 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en juin.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 9 |
| février | 4 |
| mars | 5 |
| avril | 12 |
| mai | 24 |
| juin | 36 |
| juillet | 6 |
| août | 9 |
| septembre | 7 |
| octobre | 7 |
| novembre | 10 |
| décembre | 10 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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