Le mardi 28 juillet 2026, au large de Kingscliff, sur la côte nord de la Nouvelle-Galles du Sud, un pilote de drone a filmé ce que presque personne n’avait encore vu : les toutes premières secondes de vie d’un baleineau à bosse. Les images, captées pour l’association australienne ORRCA, montrent un nuage de sang sous une femelle restée en arrière du flux migratoire, puis le nouveau-né qui remonte prendre sa première respiration.
Ce que montrent les images
Alexander Forrest, l’auteur des images, suivait la migration annuelle des baleines à bosse le long de la côte, ce couloir que les Australiens appellent la « humpback highway ». Une femelle nageait nettement plus lentement que les autres et se tenait près du rivage. Puis l’eau s’est teintée de rouge. Le pilote a d’abord cru à une attaque de prédateur avant de comprendre qu’il assistait à une mise bas.
Le drone est resté à plus de 100 mètres, distance minimale imposée en Nouvelle-Galles du Sud pour un appareil télépiloté autour d’un mammifère marin, horizontalement comme verticalement. La réglementation locale porte d’ailleurs cette marge à 300 mètres dès qu’un baleineau est présent.
Pourquoi une naissance de baleine est si rarement vue
Une baleine à bosse met bas en mer, souvent loin des côtes, et l’événement dure quelques minutes. La littérature scientifique en garde très peu de traces. Une synthèse publiée en 2021 dans Marine Mammal Science par Ransome et ses collègues recensait neuf cas bien documentés dans le monde, dont trois seulement avaient fait l’objet d’une publication, et concluait qu’aucune naissance complète n’avait alors été directement observée.

ORRCA présente donc ces images comme la quatrième naissance complète jamais filmée, et la première captée depuis les airs. Il faut prendre ce décompte pour ce qu’il est : une revendication de l’association, reprise par la presse, sans référentiel public permettant de la vérifier. Annie Post, responsable de la recherche à l’ORRCA, évoque de son côté trois observations publiées à ce jour, ce qui recoupe la synthèse de 2021.
Une naissance en route, pas une anomalie
Kingscliff se situe vers 28 degrés de latitude sud, alors que les zones de reproduction reconnues de cette population s’étendent plutôt entre 16 et 24 degrés. Il serait pourtant excessif d’y voir une naissance égarée. Une étude parue en 2025 dans Frontiers in Marine Science, cosignée par la biologiste Vanessa Pirotta de l’université Macquarie, montre précisément que des femelles mettent bas en eaux tempérées puis poursuivent leur migration avec leur nouveau-né, en Australie comme en Nouvelle-Zélande.
Le phénomène est documenté ailleurs sur le continent : des naissances ont été mises en évidence dans le sud-ouest de l’Australie-Occidentale, à plus de 1 500 kilomètres au sud des aires historiques du Kimberley. Autrement dit, la mise bas ne se limite pas à quelques baies chaudes : elle se produit aussi le long du trajet. Nos pages sur les migrations annuelles et sur les mysticètes détaillent ce calendrier.
Ce que ces images pourraient apprendre
Vues du ciel, une mise bas et les minutes qui suivent livrent des informations qu’aucune observation depuis un bateau ne donne : la position exacte du nouveau-né par rapport à sa mère, la présence éventuelle d’un accompagnateur, le comportement des autres animaux alentour. La synthèse de 2021 signalait justement un individu escorteur dans deux cas sur trois, et de brefs éloignements du baleineau.
ORRCA a annoncé vouloir analyser ces enregistrements et préparer une publication à comité de lecture. À ce jour, aucune étude n’a été publiée : nous avons vérifié, il n’existe ni article, ni prépublication, ni revue annoncée. Ce qui circule est un témoignage vidéo, pas encore un résultat scientifique.
Que retenir ?
Qu’un drone tenu à bonne distance peut documenter un moment que deux siècles d’observation en mer n’avaient presque jamais saisi, et que la discrétion de l’appareil est ici la condition même de l’observation. Que les baleines à bosse mettent bas plus au sud, et plus en chemin, qu’on ne le pensait. Et qu’il faut distinguer ce qui est filmé de ce qui est démontré : entre une vidéo remarquable et une donnée scientifique validée, il reste une publication à écrire. Si vous croisez vous-même une femelle accompagnée d’un jeune, la règle est la même partout : ne pas approcher, ne pas poursuivre, et laisser passer. Nos conseils pour préparer une sortie et repérer les opérateurs labellisés valent aussi pour les drones.
Sources : ScienceAlert, Science & Vie, 20 Minutes et Géo. Références scientifiques : Ransome et al., Marine Mammal Science, 2021 (10.1111/mms.12864) ; McPhee-Frew et al., Frontiers in Marine Science, 2025 (10.3389/fmars.2025.1545526) ; Jolliffe et al., Discover Animals, 2024 (10.1007/s44338-024-00012-3).
