| Nom scientifique | Tasmacetus shepherdi W. R. B. Oliver, 1937 |
|---|---|
| Autres noms | Tasmacète, baleine à bec de Shepherd, baleine à bec de Tasman ; en anglais : Shepherd's beaked whale, Tasman beaked whale, Tasman whale |
| Taille | Mâles jusqu'à environ 7 à 7,1 m ; femelles jusqu'à environ 6,6 m ; nouveau-nés d'environ 3 m |
| Poids | Jamais pesé sur un animal entier ; estimations publiées comprises entre environ 2,3 et 3,5 t, certaines évaluations visuelles d'animaux de 7 m avançant des valeurs supérieures (jusqu'à environ 5 t) |
| Longévité | Non documentée ; par analogie avec d'autres ziphiidés, une longévité de l'ordre de trois à quatre décennies est jugée plausible |
| Régime | Poissons de fond et pélagiques, céphalopodes et crustacés benthiques, un régime nettement plus varié que celui des autres baleines à bec |
| Statut UICN | Données insuffisantes (DD), évaluation mondiale de 2018 (G. Braulik, Liste rouge de l'UICN, e.T21500A50377701). Aucune sous-population n'est distinguée. Au niveau national, l'Argentine retient également la catégorie « Données insuffisantes » (évaluation SAREM, 2012). |
Le tasmacète de Shepherd (Tasmacetus shepherdi) est l'un des grands mammifères marins les plus mal connus de la planète : il n'est documenté que par une cinquantaine d'échouages et un très petit nombre d'observations en mer, toutes dans les eaux tempérées froides de l'hémisphère Sud. Unique représentant de son genre, c'est la seule baleine à bec à posséder une denture complète et fonctionnelle sur les deux mâchoires, chez les mâles comme chez les femelles. L'UICN le classe en « Données insuffisantes » (DD) : ni son effectif, ni sa tendance démographique ne sont connus.
Avec des mâles atteignant 7 à 7,1 m et des femelles environ 6,6 m, le tasmacète de Shepherd figure parmi les plus grandes baleines à bec. La silhouette est robuste et fusiforme, sans être massive : le melon est haut, bombé et nettement délimité, prolongé par un rostre long, étroit et rectiligne qui évoque le bec d'un grand dauphin. Les nageoires pectorales sont courtes et effilées ; la nageoire dorsale, falciforme et pointue, est implantée aux deux tiers arrière du dos. Le souffle, inhabituellement visible pour un ziphiidé, forme un panache buissonnant de 1 à 2 m de haut, repérable jusqu'à un kilomètre par mer calme.
La livrée constitue le meilleur critère de terrain. Les observations en mer réalisées au large du sud de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande entre 2008 et 2017, réunies dans une description diagnostique publiée en 2018, décrivent un fond brun-gris sombre sur lequel se détachent plusieurs zones claires : un melon pâle, une tache claire au-dessus de chaque pectorale, une large remontée blanchâtre qui s'élève du ventre vers le flanc puis vers le dos en arrière de la nageoire dorsale, et un pédoncule caudal clair. Le ventre est crème à blanchâtre. Les mâles adultes portent en outre le réseau de fines cicatrices linéaires typique des combats intraspécifiques chez les baleines à bec, ainsi que, fréquemment, des cicatrices circulaires laissées par les squalelets féroces.
Le caractère le plus diagnostique reste la denture, unique dans la famille : les deux sexes conservent une rangée complète de dents fonctionnelles sur les mâchoires supérieure et inférieure, de l'ordre de 17 à 27 paires par mâchoire selon les spécimens. Chez les mâles, deux défenses supplémentaires font saillie à l'extrémité de la mandibule. Toutes les autres baleines à bec sont dépourvues de dents fonctionnelles à la mâchoire supérieure. En mer, la confusion est néanmoins possible avec le bérardien d'Arnoux (Berardius arnuxii), plus grand, plus sombre et au melon moins marqué, avec l'hypérodon austral (Hyperoodon planifrons), au front nettement plus abrupt et au bec plus court, ou encore avec les mésoplodons australs, plus petits et dépourvus de melon pâle contrasté.
Décrit en 1937 par le naturaliste néo-zélandais Walter Reginald Brook Oliver, le tasmacète de Shepherd est l'unique représentant du genre Tasmacetus, créé pour l'accueillir : la combinaison Tasmacetus shepherdi Oliver, 1937 s'écrit donc sans parenthèses. Le spécimen type provient d'un animal recueilli en 1933 sur la côte du sud Taranaki, près d'Ōhawe, en Nouvelle-Zélande. L'épithète spécifique honore George Shepherd, alors conservateur du musée de Whanganui, qui collecta et signala le crâne à l'origine de la description.
L'espèce appartient au sous-ordre des odontocètes (cétacés à dents) et à la famille des baleines à bec, désignée le plus souvent sous le nom de Ziphiidae mais aussi, selon les auteurs, sous celui d'Hyperoodontidae, les deux appellations recouvrent le même ensemble taxinomique. Aucune sous-espèce n'est reconnue, et aucune structure de population n'a pu être mise en évidence, faute d'échantillons génétiques en nombre suffisant. Le genre reste monotypique : aucune espèce fossile ni actuelle ne lui a été rattachée de façon consensuelle.
Le tasmacète de Shepherd occupe une bande circumpolaire de l'hémisphère Sud, dans les eaux tempérées froides du large, approximativement entre 33°S et 50°S. Il fréquente les grands fonds océaniques, du talus continental aux plaines abyssales, avec des données d'échouage et d'observation associées à des profondeurs comprises entre quelques centaines et plusieurs milliers de mètres ; les canyons sous-marins semblent constituer un habitat privilégié.
L'essentiel de ce que l'on sait provient des échouages. Un bilan arrêté en 2006 recensait 42 cas au total, dont 24 en Nouvelle-Zélande (îles Chatham comprises), 7 en Argentine, 6 à Tristan da Cunha, 3 en Australie et 2 aux îles Juan Fernández. Ce total atteignait 55 échouages recensés en 2016, la Nouvelle-Zélande demeurant de loin le principal point chaud mondial d'échouage. Les observations en mer restent exceptionnelles : quatre seulement étaient confirmées en 2006 (deux près de Tristan da Cunha, une près de l'île Gough, une au sud de la Tasmanie), et neuf à l'échelle mondiale avant 2016. La situation a évolué depuis, grâce à des campagnes ciblées : un groupe de dix à douze animaux photographié en 2012 au sud de Portland (Victoria, Australie), puis les toutes premières observations confirmées en eaux néo-zélandaises les 28 et 29 juin 2016 dans les canyons Taiaroa et Saunders, au large de Dunedin, où l'espèce a été revue à plusieurs reprises depuis : deux observations en 2016, quatre en 2017 et cinq en 2022, dont un groupe de quinze à vingt individus.
En France, l'espèce est absente. Aucune donnée d'échouage ni d'observation n'est documentée en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne ou en Manche, ce qui est logique puisque la répartition connue est strictement australe. Les terres françaises situées dans la bande de latitude concernée, Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul, n'ont fait l'objet d'aucun signalement documenté à ce jour, sans que l'on puisse exclure la présence de l'espèce dans ces eaux très peu prospectées.
Le régime alimentaire du tasmacète de Shepherd tranche avec celui de toutes les autres baleines à bec, généralement téuthophages spécialisées. Les contenus stomacaux analysés révèlent un régime mixte et remarquablement diversifié : de nombreux poissons de fond et de pleine eau, merlu d'Argentine, hoplostète orange, béryx, grenadiers, brotules, poissons-lanternes, baudroies, une vingtaine d'espèces de calmars océaniques (notamment Histioteuthis atlantica, Todarodes filippovae, Taningia danae, Ancistrocheirus lesueurii) et des crustacés benthiques comme le crabe Peltarion spinulosum. Cette polyvalence est cohérente avec la conservation d'une denture complète, qui permet de saisir des proies rapides et fuyantes, tandis que les sillons gulaires en V du menton autorisent aussi une capture par succion. Les zones d'alimentation sont supposées se situer au-delà de 500 m de profondeur.
L'espèce paraît sociale et grégaire. Les groupes signalés comptent le plus souvent de trois à six animaux, mais des rassemblements de dix à vingt individus ont été documentés. Les membres d'un groupe font surface et plongent de façon très synchronisée. Les séquences observées associent des plongées de 5 à 15 minutes à des intervalles de surface de 4 à 17 minutes, ponctués de souffles réguliers ; sauts et sorties de tête ont occasionnellement été notés. Sur le plan acoustique, des enregistrements réalisés par réseau d'hydrophones dans les canyons de l'Otago ont mis en évidence une gamme variée de signaux ultrasonores, en particulier des clics d'écholocation à large bande et des trains d'impulsions ; certains signaux modulés en fréquence pourraient être propres à l'espèce.
La reproduction n'est pratiquement pas documentée : ni saison de mise bas, ni durée de gestation, ni intervalle entre naissances ne sont établis avec certitude. Les seules données solides concernent la taille à la naissance, d'environ 3 m, et une maturité sexuelle des femelles atteinte autour de 6 m. La longévité n'a jamais été mesurée directement. Les prédateurs présumés sont l'orque et les grands requins ; les morsures cicatrisées de squalelet féroce attestent par ailleurs de la fréquentation régulière des eaux océaniques profondes.
La Liste rouge mondiale de l'UICN classe Tasmacetus shepherdi en catégorie « Données insuffisantes » (DD) depuis l'évaluation conduite par G. Braulik et publiée en 2018. Aucune estimation d'effectif n'existe, à l'échelle mondiale comme régionale, et la tendance de la population est inconnue. Cette carence est directement liée à la rareté des rencontres et à la difficulté d'étudier une espèce hauturière et plongeuse profonde.
Aucune chasse commerciale ni prise directe n'a jamais été rapportée pour cette espèce, et les mortalités accidentelles documentées d'origine humaine restent exceptionnelles. Les menaces identifiées demeurent donc largement potentielles. L'ingestion de débris plastiques a été constatée dans le tube digestif d'animaux échoués, de même que la présence d'hameçons de palangre, deux facteurs susceptibles de provoquer des lésions internes ou une occlusion mortelle. Comme l'ensemble des baleines à bec, l'espèce est considérée comme particulièrement sensible aux bruits anthropiques intenses, notamment les sonars militaires actifs de moyenne fréquence et les campagnes sismiques, qui ont provoqué chez d'autres ziphiidés des échouages massifs. Les captures accidentelles dans les engins de pêche hauturiers et les effets à long terme du changement climatique sur les ressources mésopélagiques constituent des risques additionnels non quantifiés.
Sur le plan réglementaire, l'espèce est inscrite à l'Annexe II de la CITES, qui encadre le commerce international des spécimens, et bénéficie des protections générales accordées aux cétacés dans les eaux néo-zélandaises et australiennes. Elle est également couverte par le Mémorandum d'entente pour la conservation des cétacés de la région des îles du Pacifique.
Observer un tasmacète de Shepherd relève de l'exception. L'espèce ne fréquente jamais les eaux côtières peu profondes : les rencontres se produisent au large, au-dessus de fonds de plusieurs centaines à plusieurs milliers de mètres, le plus souvent à proximité de canyons sous-marins et de talus continentaux. Trois secteurs concentrent aujourd'hui la quasi-totalité des observations : les canyons de l'Otago au large de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, où des campagnes scientifiques répétées ont permis de revoir l'espèce à plusieurs reprises depuis 2016 ; le sud de l'État de Victoria et la Tasmanie, en Australie ; et l'archipel de Tristan da Cunha, dans l'Atlantique Sud. Aucune sortie commerciale n'est dédiée à cette espèce, et les rencontres se font essentiellement dans le cadre de programmes de recherche ou de traversées hauturières.
Les conditions déterminent tout : une mer plate, une bonne visibilité et une veille attentive sont indispensables. Le souffle buissonnant, haut de 1 à 2 m, est souvent le premier indice, parfois détectable à un kilomètre ; il faut ensuite guetter le melon pâle et la remontée claire du flanc, qui distinguent l'espèce des autres baleines à bec australes.
L'éthique d'approche est ici particulièrement importante. Les baleines à bec sont sensibles au bruit et aux approches directes : il convient de conserver une distance suffisante, de ne jamais couper la route d'un groupe ni le poursuivre, de maintenir une vitesse constante et réduite, de limiter la durée d'observation et de ne pas se mettre à l'eau. Toute observation ou tout échouage doit être signalé aux réseaux nationaux compétents, avec photographies, position et heure : compte tenu du très faible nombre de données existantes, chaque signalement documenté a une valeur scientifique réelle.
C'est la seule espèce de la famille à conserver une denture complète et fonctionnelle sur les deux mâchoires, chez les mâles comme chez les femelles : de l'ordre de 17 à 27 paires de dents par mâchoire. Toutes les autres baleines à bec ont perdu leurs dents supérieures et ne conservent, chez les mâles, qu'une ou deux paires de défenses mandibulaires. Cette particularité explique aussi son régime alimentaire inhabituellement varié, riche en poissons.
Le tasmacète de Shepherd occupe une bande circumpolaire de l'hémisphère Sud, en eaux tempérées froides du large, approximativement entre 33°S et 50°S. Il n'est donc pas présent en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne ni en Manche, et aucune observation n'y a jamais été rapportée. Les terres australes françaises (Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul) se situent dans la bande de latitude concernée, mais aucun signalement documenté n'y a été enregistré à ce jour.
Les mâles mesurent jusqu'à environ 7 à 7,1 m et les femelles jusqu'à environ 6,6 m, ce qui en fait l'une des plus grandes baleines à bec. Les nouveau-nés font environ 3 m. La masse n'a jamais été mesurée sur un animal entier : les estimations publiées s'échelonnent d'environ 2,3 à 3,5 t, certaines évaluations visuelles d'animaux de 7 m avançant des valeurs plus élevées.
Elles se comptent en dizaines seulement. Quatre observations en mer étaient confirmées en 2006, et neuf à l'échelle mondiale avant 2016. La situation a progressé depuis : un groupe de dix à douze animaux a été photographié en 2012 au sud de Portland, en Australie, et les premières observations confirmées dans les eaux néo-zélandaises datent des 28 et 29 juin 2016, dans les canyons Taiaroa et Saunders au large de Dunedin. L'espèce y a été revue à plusieurs reprises depuis : deux observations en 2016, quatre en 2017 et cinq en 2022, dont un groupe de quinze à vingt individus.
Parce que les informations manquent pour évaluer un risque d'extinction. Il n'existe aucune estimation d'effectif, aucune donnée de tendance et très peu d'éléments sur la reproduction ou la structure des populations. L'évaluation mondiale la plus récente, publiée en 2018, retient donc la catégorie DD. Cette catégorie ne signifie pas que l'espèce se porte bien : elle signale une lacune de connaissances.
Aucune chasse ne le vise et les mortalités humaines directes documentées sont exceptionnelles. Les menaces identifiées sont surtout indirectes : ingestion de débris plastiques et d'hameçons de palangre, constatée chez des animaux échoués ; pollution sonore liée aux sonars militaires actifs et aux prospections sismiques, à laquelle les baleines à bec sont particulièrement sensibles ; captures accidentelles dans les engins de pêche hauturiers ; et évolution des ressources mésopélagiques sous l'effet du changement climatique.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 17 observations géolocalisées de Tasmacetus shepherdi sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| New Zealand | 12 |
| Australia | 8 |
| Chile | 2 |
| unknown or invalid | 1 |
| Argentina | 1 |

Répartition mensuelle de 22 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en février.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 3 |
| février | 5 |
| mars | 2 |
| avril | 1 |
| mai | 1 |
| juin | 2 |
| juillet | 3 |
| août | 1 |
| septembre | 0 |
| octobre | 0 |
| novembre | 2 |
| décembre | 2 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.







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Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
