| Nom scientifique | Platanista gangetica (Lebeck, 1801) |
|---|---|
| Autres noms | Dauphin du Gange, sousouc, dauphin aveugle du Gange ; susu, soons (hindi), shushuk (bengali), hihu (assamais), shus (népalais) ; Ganges river dolphin (anglais) |
| Taille | 2,2 à 2,6 m à l'âge adulte ; les femelles sont plus grandes que les mâles, avec des maxima documentés de 2,12 m chez le mâle et 2,67 m chez la femelle (pour 108 kg). D'anciennes mentions officieuses évoquent des femelles de 4 m, mais aucune n'a jamais été confirmée scientifiquement. Nouveau-né : 70 à 90 cm. |
| Poids | 51 à 89 kg chez la plupart des adultes ; la plus grande femelle mesurée, longue de 2,67 m, atteignait 108 kg. |
| Longévité | Environ 20 à 30 ans ; le plus vieil individu documenté est un mâle de 28 ans mesurant 199 cm, la plus vieille femelle connue avait 17,5 ans. |
| Régime | Poissons de fond et de pleine eau (silures, carpes, gobies, clupéidés, mahseers), crevettes d'eau douce et mollusques ; 0,6 à 3 kg de poisson par jour selon la taille de l'animal, avec une préférence marquée pour des proies de 20 à 30 cm. |
| Statut UICN | En danger (EN), évaluation la plus récente publiée en juillet 2022 par le Groupe de spécialistes des cétacés de l'UICN (Kelkar, Smith, Alom, Dey, Paudel & Braulik ; référence e.T41756A50383346). Le plataniste de l'Indus (Platanista minor), espèce voisine reconnue depuis 2021, est également classé En danger. |
Le plataniste du Gange est l'un des rares cétacés strictement d'eau douce encore existants. Fonctionnellement aveugle, doté d'un rostre démesuré et d'un sonar très performant, il vit dans les grands fleuves du sous-continent indien, où il nage souvent couché sur le flanc pour sonder le fond. Classé En danger par l'UICN, il compte environ 5 000 à 6 300 individus, fragmentés par les barrages et menacés par les filets maillants, la pollution et l'extraction de sable.
Le plataniste du Gange ne ressemble à aucun dauphin marin. Son corps est trapu, au ventre arrondi, de couleur brun chocolat à gris-bleu, plus clair sur la face ventrale. Il ne possède pas de véritable nageoire dorsale : celle-ci se réduit à une petite crête triangulaire basse, en forme de bosse, plantée aux deux tiers du dos. Les nageoires pectorales sont larges, presque carrées, et l'on devine les phalanges sous la peau ; la nageoire caudale, très étalée, mesure une quarantaine de centimètres d'envergure. Le cou est inhabituellement souple pour un cétacé, les vertèbres cervicales n'étant pas soudées, ce qui permet à l'animal de tourner la tête.
Le trait le plus frappant reste le rostre : long, fin, légèrement relevé, il peut représenter jusqu'à 20 % de la longueur totale du corps. Il porte en moyenne 28 dents par demi-mâchoire supérieure, certains individus dépassant la trentaine ; les dents antérieures, longues et incurvées, dépassent des lèvres fermées et forment un véritable piège à poissons. Les yeux sont minuscules et dépourvus de cristallin, avec une cornée aplatie et une ouverture réduite fonctionnant comme un sténopé : l'animal ne distingue guère que la lumière de l'obscurité et se repère presque exclusivement au sonar. Le crâne porte de grandes crêtes maxillaires pneumatiques qui s'enroulent autour du melon et se projettent au-dessus du rostre, structure unique qui focalise les clics d'écholocation.
Les femelles sont plus grandes que les mâles et leur rostre s'allonge davantage à maturité, ce qui permet de reconnaître les adultes sur le terrain. La confusion la plus fréquente concerne le plataniste de l'Indus, morphologiquement très proche mais géographiquement séparé ; les deux espèces se distinguent notamment par une saillie osseuse au niveau de la suture frontale, présente chez le plataniste du Gange et absente chez celui de l'Indus, et par le comptage dentaire : environ 28 dents en moyenne par rangée maxillaire chez le plataniste du Gange contre 33 chez celui de l'Indus, tout crâne comptant moins de 30 dents se rapportant au premier et plus de 33 au second, la zone intermédiaire restant ambiguë. Localement, les platanistes sont aussi confondus avec des requins de fleuve, une méprise qui a longtemps alimenté des persécutions injustifiées.
Ordre des Cetacea, sous-ordre des Odontoceti (cétacés à dents), famille des Platanistidae, genre Platanista. La famille des Platanistidae est aujourd'hui la seule survivante d'une lignée ancienne de dauphins d'eau douce et ne compte que deux espèces vivantes.
L'espèce a été décrite en 1801 sous le nom de Delphinus gangeticus, à partir d'un spécimen des rives de la Hooghly, près de Calcutta. Deux descriptions ont été publiées la même année, celle de Heinrich Julius Lebeck le 24 août et celle de William Roxburgh en septembre ; la priorité revient à Lebeck, d'où la combinaison actuelle Platanista gangetica (Lebeck, 1801), même si de nombreuses sources anciennes attribuent encore l'espèce à Roxburgh.
Les platanistes du Gange et de l'Indus ont longtemps été traités comme deux sous-espèces d'une même espèce. Une révision taxinomique publiée en 2021 dans Marine Mammal Science a conclu qu'il s'agit de deux espèces distinctes : Platanista gangetica pour les bassins du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna, et Platanista minor Owen, 1853 pour l'Indus. Cette révision s'appuie sur des différences diagnostiques du crâne, sur le nombre de dents et sur l'absence totale d'haplotypes mitochondriaux partagés entre les deux bassins, avec cinq différences fixées indiquant une interruption des échanges génétiques depuis environ 550 000 ans.
L'espèce est strictement dulçaquicole et endémique du sous-continent indien. Elle occupe le grand système Gange–Brahmapoutre–Meghna ainsi que les rivières Karnaphuli et Sangu, en Inde et au Bangladesh, et remonte au Népal dans la Karnali et la Sapta Koshi, qui abritent les derniers noyaux (respectivement 43 et 9 individus sur les 52 comptés lors du recensement national de 2016). La Narayani (Gandaki), longtemps tenue pour désertée, n'a livré qu'une observation photographiée isolée en janvier 2022. L'espèce a en revanche disparu de la Mahakali, à la frontière occidentale du Népal, illustrant la contraction continue de son aire.
Le plataniste recherche les eaux profondes de 3 à 9 m et supporte des températures allant de 8 °C à plus de 33 °C. Il se concentre dans des microhabitats précis : fosses profondes, contre-courants situés en aval des confluences et des méandres serrés, amont et aval des îles de milieu de lit. Ces structures hydrauliques concentrent les poissons et offrent des zones de repos ; leur disparition, notamment par extraction de sable, se traduit directement par la perte de secteurs occupés.
En France, l'espèce est absente : elle ne fréquente ni la Méditerranée, ni le golfe de Gascogne, ni la Manche, ni les eaux ultramarines, et la famille des Platanistidae n'est représentée dans aucun bassin français. Aucun individu n'est détenu dans un établissement européen ; l'Inde interdit depuis 2013 la détention de dauphins à des fins de divertissement, les reconnaissant comme des « personnes non humaines ».
Le plataniste chasse au sonar, dans une eau si chargée en limon que la vue n'y sert à rien. Il émet des sons pratiquement en continu, jour et nuit : près de 87 % de ses émissions sont des clics d'écholocation, complétés par des salves et des gazouillis, tandis que les sifflements sont rares et ne semblent pas jouer de rôle de communication. Ses clics sont à bande étroite et de haute fréquence : les mesures réalisées sur des animaux sauvages donnent une fréquence centroïde moyenne d'environ 61 kHz (pic situé entre 55 et 75 kHz), des niveaux d'émission faibles pour un odontocète (environ 183 dB re 1 µPa à 1 m) et des intervalles entre clics très courts, de l'ordre de 30 millisecondes, un sonar de courte portée adapté aux eaux peu profondes et acoustiquement encombrées. Son comportement de chasse est unique parmi les cétacés : il nage fréquemment couché sur le flanc, le plus souvent sur le côté droit, incliné d'une dizaine de degrés et à quelques centimètres du fond, la tête balayant le substrat pour débusquer poissons et crustacés.
C'est un animal discret, souvent solitaire ou en duo, qui se rassemble parfois par trois à dix individus, exceptionnellement davantage, là où les proies abondent. Il saute très rarement, se montre craintif vis-à-vis des embarcations et ne laisse généralement voir qu'un dos et un bout de rostre à la surface. Son repos est fractionné : les périodes de sommeil ne totaliseraient qu'environ sept heures par jour.
La reproduction n'est pas strictement saisonnière, mais les naissances culminent d'octobre à mars. La gestation dure de 8 à 12 mois, la plupart des travaux retenant 9 à 10 mois, et donne un unique petit de 70 à 90 cm. Le sevrage intervient entre 2 et 12 mois, autour de 8 mois en moyenne, le jeune restant environ un an auprès de sa mère. La maturité sexuelle est atteinte vers 10 ans dans les deux sexes. Ce cycle lent, associé à un faible effectif, explique la difficulté des populations à compenser les mortalités accidentelles.
Le plataniste du Gange est classé En danger (EN) sur la Liste rouge de l'UICN, statut confirmé par l'évaluation publiée en juillet 2022 ; l'espèce était passée de Vulnérable à En danger en 1996. Cette évaluation retient de l'ordre de 5 000 individus, adultes et juvéniles confondus, un chiffre supérieur aux estimations antérieures. Ses auteurs soulignent que cette hausse traduit l'élargissement de la couverture des relevés, désormais complète en Inde et au Népal, et non un rétablissement : la tendance de fond reste un déclin continu et régulier.
Le premier recensement exhaustif mené en Inde dans le cadre du Project Dolphin, entre 2021 et 2023 et sur plus de 8 000 km de cours d'eau, a été présenté en mars 2025 : il estime 6 327 dauphins de rivière, dont 6 324 platanistes du Gange (environ 5 689 dans le bassin du Gange et 635 dans celui du Brahmapoutre) et 3 platanistes de l'Indus dans la rivière Beas. L'Uttar Pradesh (2 397) et le Bihar (2 220) concentrent l'essentiel des effectifs, devant le Bengale-Occidental (815) et l'Assam (635). Au Népal, un relevé national conduit en 2016 n'a recensé que 52 individus, dont 43 dans la Karnali et ses affluents et 9 dans la Koshi. Dans le bas Gange, la campagne 2022-2023 a dénombré 303 dauphins dans le système Bhagirathi-Hooghly.
Les menaces sont cumulatives. Les barrages et seuils fragmentent les populations en noyaux isolés : le barrage de Farakka, en service depuis 1975, a coupé le fleuve et réduit les débits en aval. Les captures accidentelles dans les filets maillants monofilaments constituent la première cause de mortalité directe, aggravées par une chasse résiduelle pour l'huile, utilisée comme appât à silures. S'y ajoutent la pollution industrielle et agricole avec bioaccumulation de métaux lourds, l'extraction de sable qui détruit les contre-courants, la surpêche qui appauvrit les proies, ainsi que le trafic fluvial motorisé, source de collisions et de bruit qui masque l'écholocation.
L'espèce bénéficie d'un cadre juridique solide : Annexe I de la CITES, Annexe II de la CMS depuis 1991 et Annexe I depuis 2002, Annexe I (Schedule I) du Wild Life (Protection) Act indien de 1972, qui lui accorde le plus haut niveau de protection. Elle a été déclarée animal aquatique national de l'Inde en 2009 et est l'animal officiel de la ville de Guwahati. Le sanctuaire de Vikramshila, créé en 1991 dans le district de Bhagalpur (Bihar), reste le seul sanctuaire indien dédié ; des sanctuaires ont également été établis dans les Sundarbans au Bangladesh. Le Project Dolphin, lancé en 2020, a permis les premiers suivis par balise satellite de l'espèce.
L'observation demande de la patience : l'animal est timide, ne bondit pratiquement jamais et ne montre qu'un dos brun et un rostre effilé lors de brèves remontées. Les meilleurs secteurs sont les confluences, les méandres marqués et les abords des îles fluviales, où les contre-courants concentrent les poissons. En Inde, le sanctuaire de Vikramshila près de Bhagalpur (Bihar), le Gange en Uttar Pradesh, le Chambal et le Brahmapoutre en Assam offrent des chances régulières ; au Népal, la Karnali et la Koshi abritent les derniers noyaux. Les densités relevées sont plus élevées en saison sèche, lorsque les animaux se replient dans les fosses résiduelles, ce qui facilite les observations mais rend aussi les dauphins plus vulnérables aux dérangements.
Quelques règles s'imposent. Il convient de rester à bonne distance, de couper ou réduire le moteur à l'approche, d'éviter de stationner dans les contre-courants qui servent de zones de repos et de ne jamais chercher à attirer les animaux par de la nourriture. Les sorties encadrées par des opérateurs locaux formés, souvent issus des communautés de pêcheurs, ont l'avantage de faire de l'espèce une ressource économique vivante plutôt qu'une prise accidentelle. Signaler à un organisme de conservation tout animal empêtré dans un filet ou échoué est utile : ces informations alimentent directement le suivi des mortalités.
Presque. Ses yeux minuscules sont dépourvus de cristallin et présentent une cornée aplatie avec une ouverture très réduite, fonctionnant comme un sténopé. L'animal perçoit sans doute la différence entre lumière et obscurité, ainsi que la direction d'où vient la lumière, mais il ne forme pas d'image. Dans les eaux chargées de limon du Gange et du Brahmapoutre, la vision serait de toute façon inutile : le plataniste se repère et chasse au sonar, en émettant des clics de haute fréquence quasiment sans interruption.
L'évaluation UICN publiée en 2022 retient de l'ordre de 5 000 individus, adultes et juvéniles confondus. Le recensement indien mené entre 2021 et 2023 dans le cadre du Project Dolphin, présenté en mars 2025, en estime 6 324 pour la seule Inde. Ces chiffres plus élevés que par le passé s'expliquent par une couverture de prospection bien plus complète, et non par une augmentation des effectifs : la tendance générale reste au déclin. Le Népal n'abrite qu'une population résiduelle, estimée à 52 individus lors du recensement national de 2016.
Depuis une révision taxinomique publiée en 2021, ce sont deux espèces distinctes : Platanista gangetica pour le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna, et Platanista minor pour l'Indus. Elles se ressemblent beaucoup, mais le plataniste du Gange possède une saillie osseuse à la suture frontale que l'autre n'a pas, et un comptage dentaire plus faible : environ 28 dents en moyenne par rangée maxillaire, contre 33 chez le plataniste de l'Indus. Leurs lignées mitochondriales ne partagent aucun haplotype, signe d'une séparation d'environ 550 000 ans. Les deux espèces sont classées En danger.
Non. C'est un cétacé strictement d'eau douce, cantonné aux fleuves de l'Inde, du Bangladesh et du Népal. Il n'est présent ni en Méditerranée, ni dans le golfe de Gascogne, ni en Manche, ni dans les eaux ultramarines françaises, et aucun établissement européen n'en détient. L'observer suppose de se rendre dans son aire d'origine, où existent des circuits fluviaux encadrés.
C'est un comportement de chasse propre au genre Platanista. L'animal se couche sur le flanc, le plus souvent le droit, s'incline d'une dizaine de degrés et progresse à quelques centimètres du fond, la tête balayant le substrat. Cette posture lui permet de sonder la vase avec son long rostre et son sonar pour débusquer poissons, crevettes et mollusques enfouis, dans des eaux souvent peu profondes.
Les barrages et seuils, à commencer par celui de Farakka en service depuis 1975, ont morcelé le fleuve en tronçons isolés et réduit les débits d'étiage. À cela s'ajoutent les captures accidentelles dans les filets maillants, première cause de mortalité directe, une chasse résiduelle pour l'huile utilisée comme appât, la pollution industrielle et agricole, l'extraction de sable qui détruit les contre-courants où vivent les dauphins, la surpêche et le trafic fluvial motorisé, source de collisions et de bruit.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 151 observations géolocalisées de Platanista gangetica sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| India | 117 |
| Bangladesh | 16 |
| Nepal | 16 |
| Pakistan | 4 |
| unknown or invalid | 3 |

Répartition mensuelle de 151 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en octobre.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 13 |
| février | 8 |
| mars | 12 |
| avril | 11 |
| mai | 3 |
| juin | 5 |
| juillet | 10 |
| août | 2 |
| septembre | 4 |
| octobre | 68 |
| novembre | 7 |
| décembre | 8 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.












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Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
