Mésoplodon de Nishiwaki (Mesoplodon ginkgodens)

Carte d’identité
Nom scientifique Mesoplodon ginkgodens Nishiwaki & Kamiya, 1958
Autres noms Mésoplodon japonais ; baleine à bec de Nishiwaki ; baleine à bec aux dents de ginkgo ; ginkgo-toothed beaked whale (anglais) ; Japanese beaked whale (anglais)
Taille Longueurs maximales mesurées de l'ordre de 4,8 m chez les mâles et 4,9 m chez les femelles ; certaines sources retiennent jusqu'à 5,3 m. Nouveau-nés : 2 à 2,5 m.
Poids Environ 1 840 kg pour la femelle la plus lourde publiée ; la masse des mâles et des jeunes n'est pas documentée.
Longévité Inconnue : aucune estimation d'espérance de vie n'est disponible pour l'espèce.
Régime Principalement des céphalopodes (calmars), complétés de poissons et peut-être de petits crustacés.
Statut UICN Données insuffisantes (DD). Statut confirmé lors de la révision des évaluations de cétacés publiée en décembre 2020, à l'issue de laquelle la plupart des baleines à bec sont passées en « préoccupation mineure » tandis que six espèces, dont celle-ci, sont restées DD. Aucune sous-population n'est évaluée séparément. Annexe II de la CITES.

En bref

Le mésoplodon de Nishiwaki est une baleine à bec de l'Indo-Pacifique si discrète qu'elle n'a été observée vivante et identifiée avec certitude qu'en juin 2024, soixante-six ans après sa description. Les mâles portent une paire de dents plates évoquant une feuille de ginkgo, à l'origine de son nom. Classée « données insuffisantes » par l'UICN, elle reste l'un des grands mammifères marins les moins connus.

Identification

Avec une longueur maximale connue de l'ordre de 4,8 m chez les mâles et 4,9 m chez les femelles, certaines sources retenant jusqu'à 5,3 m, c'est un cétacé de taille moyenne au corps fusiforme, un peu plus trapu que la plupart des mésoplodons. Le seul poids publié, environ 1 840 kg, concerne une femelle. La dorsale, petite et légèrement falciforme, est implantée aux deux tiers arrière du corps ; les pectorales sont courtes, étroites et pointues, et le front descend en pente douce vers un bec de longueur moyenne. Les nouveau-nés mesurent 2 à 2,5 m.

La coloration diffère selon le sexe. Les mâles adultes sont gris très sombre à presque noir, plus clairs sur l'extrémité du bec et le dessus de la tête, avec un semis de taches blanches sur le tiers postérieur du ventre, cicatrices de morsures de requins-emporte-pièce (Isistius) ; les femelles, plus pâles, sont gris moyen à ventre clair. Le caractère le plus diagnostique reste la paire de dents que seuls les mâles laissent percer : implantées un peu en arrière du milieu de la mâchoire inférieure, aplaties et larges, jusqu'à une dizaine de centimètres, les plus larges du genre, elles rappellent la feuille du ginkgo biloba. Contrairement à celles de plusieurs espèces voisines, elles ne s'arquent pas au-dessus du rostre et n'émergent que très peu de la gencive.

Cette faible saillie explique que les mâles aient longtemps été décrits comme moins balafrés que les autres mésoplodons, dont les combats laissent des rayures parallèles ; les photographies de 2024 montrent toutefois qu'un mâle adulte peut porter de longues cicatrices linéaires. En mer, la confusion avec les mésoplodons de Hubbs, de Perrin ou de Blainville est quasi inévitable : l'identification repose sur la génétique, sur la forme des dents des mâles adultes ou sur la signature acoustique.

Taxonomie

Mesoplodon ginkgodens a été décrit en 1958 par Nishiwaki et Kamiya, à partir d'un animal échoué sur la plage d'Oiso, dans la baie de Sagami près de Tokyo. Le genre Mesoplodon est de loin le plus riche en espèces parmi les baleines à bec ; la famille est le plus souvent désignée sous le nom de Ziphiidae, Hyperoodontidae en étant un synonyme employé par certains auteurs.

En 1963, P. E. P. Deraniyagala décrivait sous le nom de Mesoplodon hotaula un animal de 4,5 m échoué près de Colombo, au Sri Lanka. Ce taxon fut mis en synonymie avec M. ginkgodens dès 1965, puis rétabli en 2014 par Dalebout et ses collègues, sur la base de différences d'ADN mitochondrial, autosomique et du chromosome Y doublées de caractères morphologiques. Les spécimens du Sri Lanka, des Maldives, des Seychelles, des îles Gilbert (Kiribati) et de l'atoll de Palmyra relèvent donc du mésoplodon de Deraniyagala : les mentions antérieures à 2014 sont à lire avec cette précaution.

Répartition et habitat

L'espèce fréquente les eaux tempérées chaudes et tropicales de l'Indo-Pacifique, en milieu franchement pélagique. Dans le Pacifique Nord, elle est connue du Japon, d'où provient le plus grand nombre de spécimens, de Corée, de Taïwan, de Chine et du Viêt Nam, ainsi que de Californie et de Basse-Californie mexicaine. Plus au sud et dans l'Indo-Pacifique occidental, des échouages sont documentés en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Indonésie, aux Philippines (échouage de Subic, dans la province de Zambales, en 2010) et aux Galápagos (Équateur).

Le corpus documenté reste très mince : quelques dizaines de spécimens échoués, venus surtout du Japon, d'Australie et de Taïwan. Les groupes observés en 2024 au large de la Basse-Californie l'ont été au-dessus de fonds de 861 à 2 199 m, ce qui confirme une écologie de haute mer.

Aucune donnée ne le rattache aux eaux françaises : il est absent de la Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche, et aucun échouage ni aucune observation ne lui est attribué en outre-mer.

Biologie et écologie

Presque tout ce qui touche à la biologie de l'espèce relève encore de l'inférence. Comme les autres ziphiidés, c'est un plongeur profond qui chasse dans la couche mésopélagique ; son régime, mal documenté, est dominé par les céphalopodes, complété de poissons et peut-être de petits crustacés. Les dents des mâles, trop peu saillantes pour saisir une proie, servent aux joutes entre rivaux, non à l'alimentation.

La reproduction n'est connue que par bribes : un seul petit de 2 à 2,5 m à la naissance, sans que la gestation, l'intervalle entre deux mises bas, l'âge à la maturité ni la longévité aient pu être établis. Les observations de 2024 ont réuni un mâle adulte fortement cicatrisé, une femelle accompagnée de son petit et de jeunes individus, ce qui suggère de petits groupes structurés plutôt que des animaux solitaires. L'espèce émet enfin un signal d'écholocation stéréotypé, dit BW43, longtemps enregistré dans le Pacifique Nord sans qu'on sache l'attribuer, l'hypothèse du mésoplodon de Perrin avait un temps prévalu. C'est aujourd'hui le moyen le plus fiable de la détecter.

Statut et conservation

La Liste rouge de l'UICN classe le mésoplodon de Nishiwaki en « données insuffisantes » (DD), statut confirmé lors de la révision de décembre 2020 portant sur vingt-deux cétacés : la plupart des baleines à bec y sont passées à « préoccupation mineure », six espèces dont celle-ci restant DD faute d'informations. Aucune estimation d'effectif n'existe et aucune tendance ne peut être calculée. L'espèce figure à l'annexe II de la CITES.

Les pressions identifiées sont celles qui pèsent sur toutes les baleines à bec. Quelques individus ont été capturés par les pêcheries côtières japonaises et taïwanaises, et les captures accidentelles dans les filets maillants dérivants et les palangres pélagiques constituent un risque continu. S'y ajoutent le bruit anthropique, les ziphiidés sont notoirement sensibles aux sonars actifs de moyenne fréquence, susceptibles d'interrompre l'alimentation et de provoquer des lésions évoquant un accident de décompression, l'ingestion de plastiques et la contamination chimique.

Observer cette espèce

Il n'existe aucun site où espérer voir cette espèce. Elle vit au large, au-dessus de fonds de plusieurs centaines à plusieurs milliers de mètres, passe l'essentiel de son temps en plongée profonde, souffle discrètement et fuit les navires. Les seules observations confirmées proviennent d'une campagne menée en juin 2024 au large du nord-ouest de la Basse-Californie, à bord du Pacific Storm : cinq groupes de mésoplodons, vingt et une détections du signal BW43, une biopsie prélevée à l'arbalète sur un jeune mâle et un échantillon d'ADN environnemental ont permis de relier génétiquement l'espèce à son cri. Une observation de trois animaux au large du cap Nord de la Nouvelle-Zélande, en février 2021, lui avait été attribuée sans confirmation génétique.

Face à une baleine à bec, la conduite à tenir est simple : ne jamais couper la route de l'animal, garder une distance respectueuse, réduire la propulsion, ne pas poursuivre un groupe qui plonge. Une photographie nette de la tête et de la mâchoire, avec la position et la date, vaut scientifiquement bien davantage qu'une approche rapprochée. Tout échouage doit être signalé au réseau compétent, seul habilité à intervenir.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de dents « en feuille de ginkgo » ?

Les mâles adultes portent une unique paire de dents à la mâchoire inférieure, un peu en arrière du milieu du bec. Aplaties et exceptionnellement larges, jusqu'à une dizaine de centimètres, elles dessinent un contour en éventail rappelant la feuille du ginkgo biloba. Chez les femelles, elles ne percent jamais la gencive.

A-t-on déjà vu cette baleine vivante ?

Oui, mais très récemment : en juin 2024, au large du nord-ouest de la Basse-Californie, des animaux ont été observés, photographiés et biopsés, leur identité confirmée par génétique. Jusque-là, l'espèce n'était connue que par des individus échoués ou capturés.

Où l'espèce est-elle connue dans le monde ?

Elle est confinée aux eaux tempérées chaudes et tropicales de l'Indo-Pacifique. Dans le Pacifique Nord, elle est signalée du Japon, de Corée, de Taïwan, de Chine, du Viêt Nam, de Californie et de Basse-Californie mexicaine, ainsi que des Philippines, un échouage est documenté à Subic, province de Zambales, en 2010. Plus au sud, des échouages sont connus d'Indonésie, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et des Galápagos.

Peut-on l'observer en France ?

Non : espèce strictement indo-pacifique, elle est absente de la Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche, et aucun signalement ne lui est attribué dans les eaux ultramarines françaises.

Quelle différence avec le mésoplodon de Deraniyagala ?

Longtemps réunis en une seule espèce, les deux taxons ont été séparés en 2014 par la génétique. Le second occupe l'Indo-Pacifique tropical (Sri Lanka, Maldives, Seychelles, Kiribati, Palmyra) et n'est pas distinguable du premier sur la seule apparence.

Pourquoi « données insuffisantes » plutôt qu'un statut de menace ?

Parce que les informations disponibles ne permettent ni d'estimer l'effectif, ni d'évaluer une tendance. Lors de la révision de décembre 2020, l'espèce est restée en DD, l'état des connaissances n'excluant aucune catégorie, de « préoccupation mineure » à « en danger critique ».

Sources

Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.

Répartition observée

D'après les données ouvertes du GBIF, 18 observations géolocalisées de Mesoplodon ginkgodens sont recensées dans notre index photographique.

Principaux pays d'observation
PaysObservations
Chinese Taipei15
Australia4
Japan4
Korea, Republic of2
New Zealand2
United States of America2
Ecuador1
Maldives1
Marshall Islands1
Sri Lanka1

Carte de répartition : Mésoplodon de Nishiwaki (Mesoplodon ginkgodens)

Carte de répartition : Mésoplodon de Nishiwaki (Mesoplodon ginkgodens), 18 observations géolocalisées issues du GBIF
18 observations géolocalisées de Mesoplodon ginkgodens. Fond de carte Natural Earth, domaine public. Données GBIF.
🗺️ Ouvrir la carte interactivePour zoomer et parcourir. Elle utilise les fonds OpenStreetMap/CARTO et les densités d'occurrences GBIF : aucune donnée n'est envoyée à ces services avant votre clic.

Présence au fil de l'année

Répartition mensuelle de 30 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en mai.

70janvier : 0janfévrier : 1févmars : 0maravril : 2avrmai : 7maijuin : 5juinjuillet : 4juilaoût : 6aoûtseptembre : 3sepoctobre : 1octnovembre : 1novdécembre : 0déc
Observations par mois
MoisObservations
janvier0
février1
mars0
avril2
mai7
juin5
juillet4
août6
septembre3
octobre1
novembre1
décembre0

Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.

En images

Mesoplodon ginkgodens
© bananazhang, CC BY-NC, 2026
Mesoplodon ginkgodens
© 蔡志偉, CC BY-NC, 2026
Mesoplodon ginkgodens
© 蔡志偉, CC BY-NC, 2026
Mesoplodon ginkgodens
© 吳冠穎, CC BY-NC, 2025
Mesoplodon ginkgodens
© DiGua Su, CC BY-NC, 2025
Mesoplodon ginkgodens
© DiGua Su, CC BY-NC, 2025
Mesoplodon ginkgodens
© Hong, CC BY-NC, 2025
Mesoplodon ginkgodens
© OmniProgWalrus, CC BY-NC, 2025
Mesoplodon ginkgodens
© hngamoki, CC BY-NC, 2024
Mesoplodon ginkgodens
© Stanley Chan, CC BY-NC, 2023
Mesoplodon ginkgodens
© Lara Brenner, CC BY-NC, 2022
Mesoplodon ginkgodens
© Allen Lyu, CC BY-NC, 2022

Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.

Références scientifiques

  1. ROSSO M., LIN M., CARUSO F., LIU M. et al. (2020) First live sighting of Deraniyagala's beaked whale (Mesoplodon hotaula) or ginkgo‐toothed beaked whale (Mesoplodon ginkgodens) in the western Pacific (South China Sea) with preliminary data on coloration, natural markings, and surfacing patterns, Integrative Zoology
  2. Pitman R. (2018) Mesoplodon Beaked Whales, Encyclopedia of Marine Mammals
  3. (1996) ON THE SPECIMEN OF THE GINKGO‐TOOTHED BEAKED WHALE, MESOPLODON GINKGODENS, FROM THE GALÁPAGOS ISLANDS, Marine Mammal Science
  4. Bachara W., Kuroda M., Nishida S., Ishikawa H. et al. (2023) Northernmost Record of the Ginkgo-Toothed Beaked Whale (Mesoplodon ginkgodens), Aquatic Mammals
  5. Turner W. (1909) XLI.—The Skeleton of a Sowerby's Whale (Mesoplodon bidens) stranded at St Andrews, and the Morphology of the Manus in Mesoplodon, Hyperoodon and the Delphinidæ, Proceedings of the Royal Society of Edinburgh
  6. KIM S., EO K., OH J., LEE Y. et al. (2019) First record of Ginkgo-toothed beaked whale (Mesoplodon ginkgodens) stranded in Korea, Journal of Veterinary Medical Science
  7. Yao C., Chen C., Hsiao C. (2015) The complete mitogenome of Ginkgo-toothed beaked whale ( Mesoplodon ginkgodens ) (Chordata: Ziphiidae), Mitochondrial DNA Part A
  8. Henderson E., Ballance L., Cárdenas‐Hinojosa G., Barlow J. et al. (2025) First At‐Sea Identifications of Ginkgo‐Toothed Beaked Whale ( Mesoplodon ginkgodens ): Acoustics, Genetics, and Biological Observations Off Baja California, México, Marine Mammal Science

Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).