| Nom scientifique | Eubalaena japonica (Lacépède, 1818) |
|---|---|
| Autres noms | Baleine du Japon, baleine noire du Pacifique Nord ; North Pacific right whale (anglais) ; semi kujira / セミクジラ (japonais) |
| Taille | Adultes généralement 15 à 18 m, exceptionnellement jusqu'à environ 19 m (NOAA retient une fourchette de 45 à 64 pieds, soit 13,7 à 19,5 m) ; le plus grand spécimen officiellement mesuré atteignait 17,4 m. Nouveau-né de 4 à 4,6 m |
| Poids | 50 à 80 tonnes couramment, jusqu'à environ 100 tonnes pour les plus grands individus ; nouveau-né jusqu'à environ 900 kg |
| Longévité | Au moins 70 ans |
| Régime | Zooplancton filtré par écrémage : copépodes (surtout Calanus marshallae), euphausiacés, larves de cirripèdes |
| Statut UICN | En danger (EN), évaluation UICN de 2018 (Cooke & Clapham). La sous-population du Pacifique Nord-Est fait l'objet d'une évaluation distincte : En danger critique (CR). |
La baleine franche du Pacifique Nord est le plus rare des grands cétacés : moins de 500 individus subsistent vraisemblablement dans tout le Pacifique Nord, et la population orientale, cantonnée à la mer de Béring et au golfe d'Alaska, n'en compterait qu'une trentaine. Décimée par la chasse commerciale du XIXe siècle, puis achevée par les captures illégales soviétiques des années 1960, elle est classée En danger par l'UICN, sa sous-population du Pacifique Nord-Est étant En danger critique.
Massive et lente, la baleine franche du Pacifique Nord se reconnaît d'abord à ce qu'elle n'a pas : aucune nageoire dorsale ne rompt la ligne de son dos, large et uniformément noir. Le corps est trapu, souvent marqué de plages blanches irrégulières sur le ventre. La tête, énorme, représente environ le quart de la longueur totale et porte une mâchoire fortement arquée. Les adultes mesurent généralement 15 à 18 m, les femelles dépassant légèrement les mâles, pour 50 à 80 tonnes. Vue de l'arrière, la baleine trahit sa présence par un souffle en forme de V, produit par des évents largement écartés ; la nageoire caudale est large, profondément échancrée, entièrement noire et à bord de fuite lisse.
Le second signe distinctif tient aux callosités : des plaques de peau épaissie et rugueuse disposées sur le rostre, au-dessus des yeux, derrière l'évent et autour de la bouche, aux emplacements où un visage humain porterait des poils. Colonisées par des cyamides (les « poux de baleine ») qui leur donnent une teinte claire, elles dessinent un motif propre à chaque animal, une véritable empreinte digitale, sur laquelle repose tout le catalogue de photo-identification de l'espèce. À l'intérieur de la bouche, 200 à 270 fanons par demi-mâchoire, longs de près de 3 mètres et frangés de soies très fines, filtrent l'eau en continu.
Les confusions possibles sont peu nombreuses mais réelles. En mer de Béring, la baleine boréale (Balaena mysticetus) partage l'absence de nageoire dorsale et la silhouette massive, mais elle ne porte aucune callosité. La baleine grise (Eschrichtius robustus) montre une peau grise marbrée et une crête de bosses dorsales ; la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) possède une nageoire dorsale et de très longues pectorales blanches. Quant aux deux autres baleines franches, E. glacialis dans l'Atlantique Nord et E. australis dans l'hémisphère Sud, elles sont presque impossibles à distinguer à l'œil nu, mais leurs aires de répartition ne se recoupent pas.
L'espèce appartient à la famille des Balaenidae, qui ne compte que deux genres : Balaena, avec la seule baleine boréale, et Eubalaena, avec les trois baleines franches. Le taxon a été décrit par Lacépède en 1818, mais son statut est longtemps resté flou : jusqu'aux années 2000, les baleines franches de l'hémisphère Nord étaient traitées comme une espèce unique. Les analyses génétiques publiées en 2000 ont établi que les lignées du Pacifique et de l'Atlantique étaient distinctes, et l'administration américaine a officiellement scindé les deux espèces le 6 mars 2008. Au sein même d'E. japonica, les travaux génétiques les plus récents confirment l'existence de deux populations séparées, orientale et occidentale.
Avant la chasse, l'espèce occupait l'ensemble des eaux tempérées et subarctiques du Pacifique Nord, grossièrement entre 20° et 60° de latitude nord, de la mer d'Okhotsk et du Japon jusqu'aux côtes de Colombie-Britannique et de Californie ; l'essentiel des captures se concentrait au nord de 35°N. Il n'en subsiste que deux noyaux résiduels.
La population orientale se rassemble l'été et l'automne dans le sud-est de la mer de Béring, où les enregistreurs acoustiques la détectent de mai à décembre, avec un pic en septembre. Quelques animaux fréquentent le golfe d'Alaska, notamment la fosse de Barnabas au large de Kodiak, ainsi que les passes d'Umnak et d'Unimak dans les Aléoutiennes. Plus au sud, les observations se comptent sur les doigts de la main : Colombie-Britannique en 2013, 2018, 2020 et 2021, Californie en 2017, 2022 et 2023. Un individu photographié au large de Maui en avril 1996 a été réidentifié 119 jours plus tard, 4 111 km plus au nord, en mer de Béring : c'est à ce jour le seul lien établi entre basses et hautes latitudes.
La population occidentale fréquente la mer d'Okhotsk, les eaux du Kamtchatka, les Kouriles et le Japon. La seule estimation chiffrée, issue de campagnes japonaises de 1989-1992, donnait environ 900 animaux (intervalle 404-2 108), un chiffre aujourd'hui jugé peu fiable ; l'effectif réel se situerait dans les « basses centaines ». Les zones de mise bas hivernales des deux populations demeurent inconnues, situation unique parmi les baleines franches.
En France, l'espèce est absente. Strictement confinée au Pacifique Nord, elle n'a jamais été signalée en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne, en Manche, ni dans les eaux ultramarines françaises.
Alimentation. La baleine franche du Pacifique Nord est un filtreur par écrémage : elle nage bouche ouverte à travers les nappes de plancton, l'eau entrant par l'avant et ressortant latéralement à travers les fanons. Sa proie de prédilection est le copépode Calanus marshallae, complété par des euphausiacés et des larves de cirripèdes. Ce mode d'alimentation n'est rentable qu'au-delà de concentrations très élevées, de l'ordre de 3 000 copépodes par mètre cube, ce qui rend l'espèce tributaire de quelques rares zones d'agrégation planctonique, exploitées du printemps à l'automne.
Vie sociale et acoustique. Le comportement reste très mal connu : moins de cinquante heures d'observation visuelle ont été cumulées en un demi-siècle. Les animaux sont le plus souvent vus seuls, parfois en petits groupes. L'acoustique passive a pris le relais : on distingue un « up-call » montant, de 90 à 150 Hz et d'environ 0,7 seconde, et surtout des « gunshot », claquements secs qui composent un chant attribué aux mâles, détecté dès 2010, confirmé sur le terrain en 2017 et resté stable depuis plus de dix ans. Ces claquements sont environ cinquante fois plus fréquents que les up-calls.
Reproduction et longévité. La maturité sexuelle survient vers 8 ans, le premier baleineau en moyenne à 9-10 ans. La gestation dure 12 à 13 mois, l'intervalle entre deux mises bas est de 3 à 5 ans, et le petit, 4 à 4,6 m pour près de 900 kg à la naissance, est sevré vers la fin de sa première année. L'espérance de vie est estimée à au moins 70 ans. Comme les autres baleines franches, l'espèce possède les testicules les plus volumineux de tous les mammifères, indice d'une intense compétition spermatique entre mâles.
Statut. L'espèce est classée En danger (EN) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN, sur la base de l'évaluation de 2018. La sous-population du Pacifique Nord-Est, évaluée séparément, est En danger critique (CR). À titre de comparaison, la baleine franche de l'Atlantique Nord (E. glacialis) est En danger critique, tandis que la baleine franche australe (E. australis) relève de la Préoccupation mineure.
Effectifs. Moins de 500 individus subsistent vraisemblablement dans l'ensemble du Pacifique Nord. La population orientale figure parmi les plus réduites au monde : les analyses de capture-marquage-recapture publiées en 2011 aboutissent à 31 animaux (intervalle 23-54) d'après les photo-identifications et 28 (24-42) d'après les génotypes, dont seulement 8 femelles pour 20 mâles. Le catalogue photographique ne comptait que 31 individus confirmés en 2025, et cinq baleineaux seulement y ont été recensés depuis 2002. Le sex-ratio, de deux à trois mâles pour une femelle, obère encore le renouvellement.
Un effondrement en deux temps. La chasse commerciale a tué entre 26 500 et 37 000 baleines franches dans le Pacifique Nord entre 1839 et 1909, l'essentiel durant la seule décennie 1840-1849. Protégée à l'échelle internationale à partir de 1935, l'espèce amorçait une reprise vers 1960 lorsque la flotte baleinière soviétique l'a illégalement décimée : 771 captures estimées au total, dont 662 pour les seules années 1962 à 1968 ; sur ces 662 animaux, 517 ont été tués dans le Pacifique Nord-Est (366 dans le golfe d'Alaska, 116 en mer de Béring, 31 aux Aléoutiennes et 4 en eaux pélagiques non précisées).
Menaces actuelles. Aucune mortalité d'origine humaine n'a été enregistrée dans la population orientale entre 2017 et 2021, mais l'habitat est si isolé qu'un tel événement passerait presque certainement inaperçu. Les risques identifiés sont les collisions avec les navires, la passe d'Unimak est traversée par les routes maritimes transpacifiques, l'empêtrement dans les engins de pêche (plusieurs cas documentés côté occidental : Kamtchatka en 1989, Corée du Sud en 2015, Hokkaido en 2016, mer d'Okhotsk en 2018), le bruit sous-marin, l'exploration pétrolière et le changement climatique, qui redistribue les copépodes dont dépend l'espèce. La très faible taille de la population l'expose en outre aux effets d'Allee et aux aléas démographiques.
Protection. Inscrite à l'Annexe I de la CITES, l'espèce est protégée aux États-Unis depuis juin 1970, d'abord au titre de l'Endangered Species Conservation Act, précurseur de l'ESA, puis classée « endangered » sous l'Endangered Species Act de 1973, et reconnue comme espèce distincte à ce titre depuis le 6 mars 2008. Deux zones d'habitat critique ont été désignées en avril 2008, dans le sud-est de la mer de Béring et au sud de l'île Kodiak ; une révision de ce périmètre a été jugée justifiée en 2023. Le plan de rétablissement date de 2013. Le prélèvement biologique potentiel calculé par l'administration américaine est de 0,05 animal par an, soit l'équivalent d'une seule perte tolérable tous les vingt ans.
Il n'existe aucune activité d'observation touristique dédiée à cette espèce, et pour cause : avec une trentaine d'individus dans sa population orientale et un habitat estival situé dans le sud-est de la mer de Béring, la rencontre relève de l'exception. Les seules observations modernes proviennent de campagnes scientifiques, de navires de pêche, de croisières d'expédition en Alaska et de signalements opportunistes le long des côtes de Colombie-Britannique et de Californie, entre le printemps et l'automne. Deux échouages récents ont par ailleurs été rapportés côté occidental, à Hokkaido en 2023 et au Kamtchatka en 2025.
Toute rencontre doit être signalée aux autorités scientifiques compétentes, avec la date, la position et, si possible, des photographies du dos et de la tête : les callosités permettent d'identifier l'animal et d'enrichir un catalogue qui ne compte qu'une trentaine de fiches. La réglementation américaine impose de rester à au moins 100 yards (environ 90 m) des grandes baleines et recommande de limiter l'observation à trente minutes. Aucune manœuvre d'approche, de poursuite ou de coupure de trajectoire n'est acceptable : sur une population de cette taille, le dérangement d'un seul animal a une portée démesurée.
Moins de 500 individus subsistent vraisemblablement dans tout le Pacifique Nord. La population orientale, celle de la mer de Béring et du golfe d'Alaska, est estimée à une trentaine d'animaux (31 selon la photo-identification, 28 selon les génotypes), dont seulement 8 femelles environ. La population occidentale, en mer d'Okhotsk et autour du Japon, se situerait dans les basses centaines.
Trois facteurs se conjuguent. La population orientale a été réduite à un effectif si faible dans les années 1960, la flotte soviétique a illégalement tué 517 animaux dans le seul Pacifique Nord-Est, que les mécanismes propres aux très petites populations (effets d'Allee, aléas démographiques) entravent sa croissance. Le sex-ratio est de deux à trois mâles pour une femelle, ce qui limite mécaniquement le nombre de naissances possibles. Enfin, la production de baleineaux est extrêmement basse : cinq seulement observés depuis 2002 dans la population orientale.
Les deux espèces sont morphologiquement très proches et n'ont été formellement séparées qu'à la suite des analyses génétiques publiées en 2000, l'administration américaine actant la scission le 6 mars 2008. Elles se distinguent surtout par leur aire de répartition : E. japonica au Pacifique Nord, E. glacialis à l'Atlantique Nord. Cette dernière est classée En danger critique par l'UICN, contre En danger pour la baleine franche du Pacifique Nord.
Non. L'espèce est strictement confinée au Pacifique Nord et n'a jamais été signalée dans les eaux françaises, ni en Méditerranée, ni dans le golfe de Gascogne, ni en Manche, ni outre-mer.
Les adultes mesurent généralement 15 à 18 m, exceptionnellement jusqu'à environ 19 m ; NOAA retient une fourchette de 45 à 64 pieds, soit 13,7 à 19,5 m. Le plus grand spécimen officiellement mesuré atteignait 17,4 m. Le poids courant est de 50 à 80 tonnes, jusqu'à une centaine de tonnes pour les plus grands individus. À la naissance, le baleineau mesure 4 à 4,6 m pour près de 900 kg.
Le terme traduit l'anglais right whale, la « bonne » baleine à chasser : lente, côtière, riche en huile, elle flottait après sa mort au lieu de couler, ce qui la rendait idéale pour les baleiniers à voile. Cette même docilité a causé son effondrement au XIXe siècle.
On l'ignore. Contrairement aux baleines franches de l'Atlantique Nord et de l'hémisphère Sud, qui mettent bas dans des eaux côtières bien identifiées, aucune zone de reproduction hivernale n'a été localisée pour cette espèce. Les eaux de Californie, du Mexique et peut-être du large d'Hawaï ont été évoquées comme possibles zones historiques de mise bas, sans confirmation.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 25 observations géolocalisées de Eubalaena japonica sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| United States of America | 14 |
| Russian Federation | 11 |
| Japan | 9 |
| Canada | 2 |
| Korea, Republic of | 1 |
| Mexico | 1 |
| Hong Kong | 1 |

Répartition mensuelle de 30 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en juin.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 1 |
| février | 3 |
| mars | 3 |
| avril | 4 |
| mai | 0 |
| juin | 6 |
| juillet | 4 |
| août | 3 |
| septembre | 0 |
| octobre | 4 |
| novembre | 2 |
| décembre | 0 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.











Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.
Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
