Une baleine morte sur le récif de Papara, son baleineau blessé et seul dans le lagon : baignade interdite sur 300 mètres à Tahiti

Vers dix heures, le dimanche 30 août 2026, des riverains repèrent un baleineau qui évolue à quelques mètres du rivage, face aux grottes de Mara’a, à Tahiti. Plusieurs dizaines de personnes tentent de l’écarter du récif. Les pompiers arrivent. On croit d’abord à un jeune animal seul. Plus tard dans la matinée, une baleine adulte est signalée un peu plus loin, échouée sur le récif de Papara, au PK31, une nageoire pectorale coincée côté lagon. Son décès est confirmé en début d’après-midi.

Dimanche 30 août, vers 10 hBaleineau signalé près du rivage, aux grottes de Mara’a. Pompiers mobilisés
Fin de matinéeBaleine adulte repérée échouée sur le récif de Papara, PK31, pectorale coincée côté lagon
Début d’après-midiDécès de l’adulte confirmé. La houle empêche tout déplacement de la carcasse
Dans la journéeArrêtés municipaux de Paea et de Papara : baignade, activités nautiques, pêche et accès interdits dans un rayon de 300 mètres
Fin de journéeLe baleineau est toujours à Mara’a, affaibli, sous surveillance
Lundi 31 aoûtRetrait de la carcasse prévu si les conditions de mer le permettent
Heures locales de Tahiti. D’après Polynésie la 1ère, Radio1 Tahiti et TNTV, publiés les 30 et 31 août 2026.

Les deux animaux se trouvent de part et d’autre d’une limite communale, ce qui explique que deux mairies aient pris chacune un arrêté. Les grottes de Mara’a sont sur Paea, le récif du PK31 sur Papara.

Pourquoi interdire la baignade sur 300 mètres

Le communiqué du Haut-commissariat de la République en Polynésie française. Voir la publication sur Facebook

Les arrêtés visent la baignade, les activités nautiques, la pêche et l’accès à la zone du récif concernée. La commune de Papara invoque deux motifs : la décomposition de la carcasse et la présence potentielle de prédateurs, requins ou orques. Le réseau bénévole des Gardiens de l’océan, agréé par la Direction de l’environnement, appelle de son côté à éviter tout le lagon entre Papara et Paea, « en raison d’un risque de prédation lié à la présence d’animaux blessés ou d’un cadavre ».

La mesure n’a rien d’excessif. Une carcasse de plusieurs tonnes en eau chaude et peu profonde se décompose vite, libère du sang et des fluides, et constitue un signal olfactif considérable dans un volume d’eau réduit. Un lagon n’a pas la capacité de dilution du large. À cela s’ajoute un animal vivant et blessé à quelques centaines de mètres, ce qui double le signal.

Une baleine à bosse, selon toute vraisemblance

Aucune des trois rédactions ne précise l’espèce. Elles écrivent « baleine » et « baleineau », et la prudence leur revient : personne n’a publié de photographie permettant de trancher. L’hypothèse de travail ne fait guère de doute pour autant.

La baleine à bosse est le seul grand mysticète régulier en Polynésie française. Notre recensement des mammifères marins de France, établi sur les données GBIF, lui compte 1 424 relevés depuis 2000 pour le territoire. Les autres grandes baleines susceptibles d’être confondues avec elle y sont anecdotiques : huit relevés pour le petit rorqual, trois pour le rorqual de Bryde, trois pour la baleine bleue.

La saison concorde. Les baleines à bosse rejoignent les eaux polynésiennes de juillet à novembre, et la fin août tombe au cœur de cette fenêtre. La présence d’un jeune aussi : la Polynésie française est une zone de reproduction et de mise bas, non une zone d’alimentation. Les femelles y viennent mettre bas, puis repartent vers les eaux froides australes avec leur petit.

Un détail des dépêches va dans le même sens sans rien prouver : l’adulte a été trouvée une nageoire pectorale coincée côté lagon. La baleine à bosse porte les plus longues nageoires pectorales de tous les cétacés, jusqu’au tiers de la longueur du corps, ce qui la rend particulièrement vulnérable à ce genre de blocage sur un platier.

Trois caractères permettraient de confirmer sur une image, y compris amateur : ces pectorales très longues et blanches sur leur face inférieure, les tubercules qui parsèment le rostre et la mâchoire inférieure, chacun portant un poil, et le motif noir et blanc de la face ventrale de la caudale, propre à chaque individu comme une empreinte digitale. Ce dernier permettrait davantage qu’une identification d’espèce : il donnerait un nom de catalogue, et peut-être l’histoire de cette femelle.

Un baleineau de moins d’un an ne survit pas seul

Le baleineau dans le lagon de Mara’a. Vidéo Polynésie la 1ère. Voir la vidéo sur Facebook

Agnès Benet, docteure en biologie sous-marine et fondatrice de l’association Mata Tohora, ne laisse guère d’espoir. « La vidéo que j’ai reçue montre quand même un animal très faible couché sur le côté, plutôt très mal en point », rapporte-t-elle à TNTV. Sans leur mère, les juvéniles de moins d’un an n’ont quasiment aucune chance.

Le motif est physiologique avant d’être affectif. Un jeune de grand cétacé dépend entièrement du lait maternel pendant plusieurs mois, un lait dont la teneur en matières grasses n’a pas d’équivalent, et il ne sait pas encore se nourrir seul. Notre page sur la durée pendant laquelle un baleineau reste avec sa mère détaille ces écarts d’une espèce à l’autre. La séparation avant sevrage n’est pas un handicap, c’est une condamnation, et aucune structure au monde ne sait élever un jeune mysticète.

Des blessures dont l’origine reste inconnue

Les associations présentes sur place décrivent, sur le petit, de grandes entailles sur le dos et de multiples plaies sur le ventre. Aucune source ne dit d’où elles viennent, et il serait imprudent de le deviner. Un frottement prolongé sur le platier corallien, une tentative de prédation, un engin ou une hélice produisent des marques que seul un examen rapproché permet de distinguer.

La question vaut aussi pour l’adulte, et elle est plus importante encore, car elle porte sur la cause de la mort. Une baleine adulte ne s’échoue pas sur un récif sans raison. Maladie, épuisement, collision avec un navire, empêtrement dans un cordage : les hypothèses sont nombreuses et l’autopsie est le seul moyen de trancher. Ce qui la rend souvent impossible, c’est précisément ce qui est en cours ici : le retrait d’urgence d’une carcasse pour raisons de sécurité publique.

Le lagon, la pire configuration possible

La mer territoriale et la zone économique exclusive de la Polynésie française sont un sanctuaire pour les mammifères marins depuis l’arrêté n° 622 CM du 13 mai 2002, soit cinq millions de kilomètres carrés et vingt-quatre espèces. L’observation y est encadrée par un guide d’approche du ministère de l’Environnement, en douze règles.

Trois de ces douze règles décrivent, mot pour mot, la situation de dimanche.

  • « Ne pas s’approcher des petits non accompagnés »
  • « Ne jamais bloquer un cétacé entre le récif ou une terre »
  • « L’observation des baleines est interdite dans les baies, les lagons et les passes »

Il ne s’agit pas de reprocher quoi que ce soit aux dizaines de personnes venues aider un animal en détresse, ni aux pompiers appelés sur les lieux. Personne n’a poussé ces baleines dans le lagon. Mais si le règlement polynésien tient pour interdites l’approche d’un jeune seul et la mise à l’acculée d’un animal contre le récif, c’est bien parce que ces deux configurations sont les plus dangereuses qui soient, pour les animaux comme pour les personnes. Dimanche, elles se sont produites ensemble, et sans que quiconque les provoque.

Qui intervient, en Polynésie

Mata Tohora n’est pas seulement une association de protection. Elle anime le Réseau local d’échouage de la Polynésie française, l’équivalent territorial de ce que le Réseau national échouages assure en métropole, et publie un guide des échouages pour l’archipel. C’est à ce titre que les pompiers l’ont appelée.

Étaient également mobilisés, selon les Gardiens de l’océan, la brigade nautique de la gendarmerie et des vétérinaires experts. La houle a eu raison de tout le monde : « Avec toute la houle, c’était assez difficile de s’approcher », résume Agnès Benet. « Il reste à la dégager de cette zone pour sécuriser. »

La consigne rappelée par TNTV vaut d’être répétée, car elle est la même partout : devant un cétacé échoué ou en difficulté, on prévient la police, la mairie ou la gendarmerie, et l’on n’intervient pas soi-même. Notre page sur la conduite à tenir devant un cétacé échoué détaille les gestes utiles et ceux qui aggravent la situation.

Ce que l’on saura ensuite

Au moment où nous écrivons, l’issue n’est pas connue. Le retrait de la carcasse était prévu pour le lundi 31 août, sous réserve de la météo, et le suivi du baleineau devait se poursuivre. Trois questions restent ouvertes : l’espèce, la cause de la mort de l’adulte, et le sort du petit.

La troisième a peu de chances d’être heureuse, et les spécialistes le disent sans détour. Les deux premières dépendront de ce que l’on aura pu prélever avant que la mer ne reprenne ce qu’elle a déposé. Nous compléterons cet article lorsque ces éléments seront publiés.

Sources : « Papara : une baleine morte échouée dans le lagon de Maraa, les autorités interdisent la baignade jusqu’à nouvel ordre », Polynésie la 1ère, 31 août 2026 ; « Une baleine morte sur le récif de Papara, son baleineau en difficulté à Paea », Radio1 Tahiti, 31 août 2026 ; « Une carcasse de baleine sur le récif à Papara, son baleineau condamné à Mara’a », TNTV, 30 août 2026, avec les propos d’Agnès Benet ; guide d’approche des mammifères marins et arrêté n° 622 CM du 13 mai 2002, cités par l’association Mata Tohora.

Written By

Eric Garletti est l'auteur principal et le photographe de L'info des Cétacés (cetace.info). Passionné de photographie et de mammifères marins, il photographie à tout-va depuis 2002 et rédige l'essentiel des fiches d'espèces, guides d'observation, dossiers sur les échouages et actualités scientifiques du site, avec le souci d'une information fiable, vérifiée et accessible.