Baleine bleue (Balaenoptera musculus)

Carte d’identité
Nom scientifique Balaenoptera musculus (Linnaeus, 1758)
Autres noms Rorqual bleu ; grande baleine bleue ; rorqual de Sibbald ; « grand rorqual » (appellation ambiguë, également employée pour le rorqual commun) ; blue whale (anglais)
Taille 23 à 27 m en moyenne dans l'hémisphère Nord (24 à 28 m selon le NAMMCO) ; les femelles antarctiques matures atteignent couramment 25 à 27 m et le maximum confirmé se situe autour de 30 m, avec un record historique de 33,6 m. Les femelles sont plus grandes que les mâles.
Poids Le plus souvent 70 à 135 t. Wikipédia EN donne une moyenne adulte de 72 à 135 t (mâles de l'hémisphère Nord ≈ 100 t, femelles ≈ 112 t ; mâles antarctiques ≈ 112 t, femelles ≈ 130 t) ; le NAMMCO mentionne 50 à 150 t dans l'hémisphère Nord et jusqu'à 190 t pour les plus grands individus antarctiques. Le seul cœur pèse environ 180 kg.
Longévité 80 à 90 ans couramment ; l'individu le plus âgé documenté par comptage des couches du bouchon de cérumen atteignait 110 ans. Chez la baleine bleue pygmée, le maximum documenté est de 73 ans. L'UICN retient une durée de génération de 30,8 ans.
Régime Krill (euphausiacés) de façon quasi exclusive, avec des espèces différentes selon les régions : Euphausia superba en Antarctique, Meganyctiphanes norvegica et Thysanoessa spp. en Atlantique Nord, Euphausia pacifica et Thysanoessa spp. dans le Pacifique Nord, Nyctiphanes australis au sud de l'Australie. Les estimations d'ingestion quotidienne divergent : environ 1,1 t/jour (± 0,36 t) pour un individu moyen, jusqu'à 3,6 t/jour (≈ 40 millions de krill) selon le NAMMCO, et jusqu'à environ 5,4 t/jour (6 tonnes courtes) selon la NOAA. Poissons et copépodes ne sont ingérés qu'accessoirement.
Statut UICN En danger (EN), critère A1abd, version 3.1, évaluation Cooke, J.G., réalisée le 16 mars 2018, publiée en 2018 (version errata 2019), e.T2477A156923585. Tendance de la population mondiale : en augmentation. Effectif : 5 000 à 15 000 individus matures (10 000 à 25 000 au total). Sous-espèce antarctique Balaenoptera musculus intermedia : En danger critique (CR A1abd), e.T41713A50226962, ≈ 3 000 individus matures, tendance en augmentation. Évaluation régionale européenne 2023 : Quasi menacée (NT), en augmentation. Il n'existe aucune sous-population méditerranéenne évaluée : l'espèce est absente de la Méditerranée.

En bref

La baleine bleue est le plus grand animal connu, actuel ou fossile : jusqu'à une trentaine de mètres et plus de 130 tonnes chez les femelles antarctiques. Réduite de près de 90 à 97 % par la chasse baleinière industrielle du XXe siècle, environ 350 000 individus tués dans le seul secteur antarctique, elle reste classée « En danger » par l'UICN, mais sa population mondiale est aujourd'hui en augmentation. Cosmopolite mais rarissime, elle est absente de Méditerranée et n'est signalée dans les eaux françaises métropolitaines qu'environ une fois tous les dix ans, dans le golfe de Gascogne.

Identification

Silhouette très allongée et fuselée, d'un gris bleuté moucheté assez uniforme sur le dos et les flancs, le ventre pouvant prendre une teinte jaunâtre due aux diatomées qui s'y fixent. La tête est massive, large et aplatie, profilée « en ogive » ou en U vu de dessus, parcourue d'une unique crête longitudinale médiane qui court jusqu'à l'évent proéminent à deux orifices. Le corps porte 60 à 90 sillons ventraux extensibles, les nageoires pectorales mesurent 3 à 4 m et la mâchoire supérieure abrite plusieurs centaines de fanons noirs (environ 300 par demi-mâchoire), longs de moins d'un mètre. Le patron de marbrures claires et sombres est unique à chaque individu, ce qui rend la photo-identification possible : les catalogues de l'Atlantique Nord comptent plus de 500 individus de chaque côté de l'océan.

Deux critères de terrain sont décisifs. D'abord le souffle : très haut et étroit, « en forme de peuplier », de 6 à 12 m selon les observateurs. Ensuite l'aileron dorsal, minuscule et de forme très variable, implanté très en arrière du corps : il n'apparaît qu'après un long défilement du dos, plusieurs secondes après le souffle. À la plongée, l'animal cambre fortement le dos et sort assez souvent sa nageoire caudale, comportement que le rorqual commun ne montre pratiquement jamais.

La confusion la plus fréquente, et la plus problématique pour la validation des signalements anciens en France, comme le souligne l'Observatoire Pelagis, se fait avec le rorqual commun (Balaenoptera physalus). Celui-ci est plus élancé, gris brunâtre, avec une tête en V nettement pointue, un aileron dorsal beaucoup plus grand et falciforme placé aux deux tiers du corps, et surtout une asymétrie de coloration très caractéristique (mâchoire inférieure droite blanche). Le rorqual boréal (B. borealis) est nettement plus petit et son aileron, grand et recourbé, apparaît quasi simultanément avec le souffle. En mer, un rorqual gigantesque, moucheté, à très petit aileron tardif et à souffle colossal est presque certainement une baleine bleue, mais la prudence reste de mise sans photographie.

Taxonomie

Ordre des Artiodactyla (infra-ordre des Cetacea), sous-ordre des Mysticeti, famille des Balaenopteridae, genre Balaenoptera. Décrite par Linné en 1758 sous le nom de Balaena musculus, d'où la parenthèse dans l'autorité. Le nom de genre signifie « baleine ailée » ; l'épithète musculus renvoie au muscle, et pourrait aussi être un jeu de mots de Linné sur « petite souris ».

Le Comité de taxonomie de la Society for Marine Mammalogy, suivi par l'UICN, reconnaît provisoirement cinq taxons infraspécifiques : B. m. musculus (Linnaeus, 1758), baleine bleue du Nord, dans l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord ; B. m. intermedia (Burmeister, 1871), baleine bleue antarctique, la plus grande ; B. m. brevicauda (Ichihara, 1966), baleine bleue pygmée, océan Indien et Pacifique sud-ouest ; B. m. indica (Blyth, 1859), nord de l'océan Indien, dont la distinction d'avec brevicauda n'est pas établie ; et une sous-espèce non encore nommée, la « baleine bleue du Chili », intermédiaire en taille et génétiquement distincte, dont la séparation d'avec les animaux du Pacifique Nord reste à clarifier. Seule la sous-espèce antarctique fait l'objet d'une évaluation UICN distincte.

Répartition et habitat

Espèce cosmopolite, présente dans tous les océans à l'exception de l'océan Arctique, et absente de certaines mers régionales : Méditerranée, mer d'Okhotsk et mer de Béring. En Atlantique Nord, la photo-identification met en évidence deux populations largement séparées : une population nord-ouest (golfe du Saint-Laurent, plateau néo-écossais, Terre-Neuve, ouest du Groenland) et une population nord-est (est du Groenland, Islande, Jan Mayen, Svalbard, ouest de l'Irlande en été ; Açores au printemps ; large de l'Afrique du Nord-Ouest en hiver). Dans le Pacifique Nord, elle fréquente les eaux au nord de 35-40 °N en été et la Basse-Californie et la Californie toute l'année. Dans l'hémisphère Sud, la sous-espèce antarctique occupe en été l'ensemble du pourtour antarctique jusqu'à la banquise, tandis que les baleines bleues pygmées se tiennent au nord de 52 °S, de Madagascar et du Kenya à l'Australie, la Tasmanie, l'Indonésie et la Nouvelle-Zélande. Le dôme du Costa Rica et le Pacifique équatorial oriental servent de zone d'hivernage partagée.

En France, la situation est très contrastée. L'UICN inscrit la France, les Terres australes et antarctiques françaises, la Nouvelle-Calédonie et La Réunion parmi les États et territoires de l'aire de répartition ; l'Office français de la biodiversité indique une présence dans l'ensemble des façades maritimes françaises, métropole et outre-mer. En métropole, les observations confirmées ne concernent que le golfe de Gascogne, où l'espèce est signalée en moyenne une fois tous les dix ans. La campagne SCANS III (été 2016), qui associait un volet aérien et un volet navires sur l'ensemble des eaux atlantiques européennes, du détroit de Gibraltar à 62 °N (hors large du Portugal et hors eaux au sud et à l'ouest de l'Irlande), n'a pas recueilli assez d'observations de baleines bleues pour produire la moindre estimation d'abondance, alors qu'elle estimait le rorqual commun à environ 18 100 individus (CV 0,38) à partir de près d'un millier d'observations : le contraste entre les deux espèces est écrasant, mais aucune estimation d'abondance de baleine bleue n'existe pour cette zone. Le 23 juillet 2022, lors de la campagne SCANS IV, l'Observatoire Pelagis a photographié une baleine bleue à environ 300 km au large de la Vendée ; l'individu (EB377) a été apparié au catalogue de l'Atlantique Nord et avait déjà été photographié au sud-ouest de l'Irlande en septembre 2013. Les derniers échouages français confirmés remontent à 1923 à l'île de Ré (mandibules conservées au Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle) et à 1931 dans les Landes. En Méditerranée, y compris dans le sanctuaire Pelagos, l'espèce est absente : l'évaluation UICN est explicite sur ce point, et le GREC qualifie sa présence d'« exceptionnelle ». Aucun signalement méditerranéen validé n'y est documenté.

Biologie et écologie

La baleine bleue est une spécialiste extrême du krill, qu'elle capture par « lunge feeding » : elle fonce bouche ouverte, jusqu'à 80°, dans un essaim, engouffre un volume d'eau pouvant atteindre 220 tonnes, puis l'expulse à travers ses fanons. Cette manœuvre est si coûteuse qu'elle n'est rentable qu'au-dessus d'environ 100 individus de krill par m³ ; en contrepartie, une seule gorgée peut rapporter jusqu'à 240 fois l'énergie dépensée. Elle s'alimente en surface comme en profondeur, jusqu'à environ 300 m selon l'UICN. Les cycles de plongée durent typiquement 5 à 15 minutes (jusqu'à 30 minutes de cycle plongée-surface selon le GREC), avec une profondeur maximale enregistrée de 315 m (506 m chez la baleine bleue pygmée) ; la fréquence cardiaque peut descendre à 2 battements par minute au fond et remonter à 37 en surface. La nage de croisière est lente, 2 à 8 km/h, avec des pointes autour de 27 à 30 km/h.

C'est une espèce peu grégaire : on la rencontre seule, en paire ou en groupes de 1 à 3 individus, les rassemblements étant liés à l'abondance de nourriture. Elle produit des vocalisations parmi les plus puissantes du monde animal, des infrasons de 8 à 40 Hz selon les sources, atteignant 188 dB, portant potentiellement sur des centaines de kilomètres. Les chants structurés (types A et B dans le Pacifique Nord-Est) ne sont émis que par les mâles, ce qui suggère une fonction reproductive ; ils diffèrent d'une population à l'autre, au point de servir de marqueur pour délimiter les stocks.

La reproduction est lente. La maturité sexuelle intervient vers 10 ans chez les femelles et 12 ans chez les mâles (fourchette de 5 à 15 ans selon la NOAA), le plus jeune premier vêlage documenté étant à 11 ans. Après une gestation de 10 à 12 mois, la femelle met bas un unique baleineau de 6 à 7 m et 2 à 3 t, en hiver. Le lait, produit à raison d'environ 220 kg par jour, permet un gain de masse d'environ 90 kg par jour ; le sevrage survient vers 6 à 8 mois, à une longueur d'environ 16 m. L'intervalle entre deux mises bas est de 2 à 3 ans. Seule l'orque est documentée comme prédateur naturel, essentiellement sur les jeunes.

Statut et conservation

La baleine bleue est classée En danger (EN) au niveau mondial sur la Liste rouge de l'UICN, sous le critère A1abd, dans une évaluation de J.G. Cooke datée du 16 mars 2018 (version errata 2019). Le raisonnement est explicite : la cause du déclin, la chasse commerciale, est réversible, comprise et a cessé, d'où l'usage du critère A1. Sur la fenêtre de trois générations (1926-2018, pour une durée de génération de 30,8 ans), l'effectif mondial d'individus matures est passé d'environ 140 000 à une fourchette de 5 000 à 15 000, soit une réduction de l'ordre de 89 à 97 % qui chevauche la frontière entre « En danger » et « En danger critique ». La tendance actuelle est cependant en augmentation, ce qui a justifié le maintien en EN plutôt qu'un passage en CR.

La sous-espèce antarctique (B. m. intermedia) est évaluée séparément En danger critique (CR A1abd) : environ 3 000 individus matures en 2018 contre 125 000 en 1926, soit un déclin supérieur à 97 %, après un effondrement à quelques centaines d'individus vers 1970. La dernière estimation circumpolaire validée par le Comité scientifique de la CBI est de 2 280 individus (CV 0,36) en 1998, avec un taux d'accroissement annuel de 8,1 % (IC 95 % : 1,6-14,9 %). En Atlantique Nord central et oriental, les campagnes NASS donnent 222 individus (IC 95 % : 115-400) en 1987, 531 (288-759) en 1989, 979 (137-2 542) en 1995 et 855 (358-1 419) en 2001 (estimations non corrigées, Pike et al. 2009), soit un taux d'accroissement d'environ 9 % par an sur 1987-2001 ; l'estimation 2015 du NAMMCO, corrigée du biais de perception, est d'environ 2 490 animaux (IC 95 % : 1 234-5 022). Le Pacifique Nord-Est compte environ 1 647 individus (CV 0,07) et serait revenu proche de son niveau pré-chasse. Au niveau européen, l'évaluation régionale de 2023 classe l'espèce Quasi menacée (NT), en augmentation.

L'ampleur du prélèvement historique explique tout : environ 350 000 baleines bleues antarctiques tuées, avec un pic de près de 29 400 individus pour la seule saison 1930/31, 15 000 à 20 000 en Atlantique Nord et environ 9 000 recensées dans le Pacifique Nord. La protection par la Commission baleinière internationale est effective depuis 1966 (1963/64 puis 1965/66 en Antarctique), mais les flottes soviétiques ont continué illégalement jusqu'en 1972 (760 individus dans le seul Pacifique Nord) ; les dernières captures délibérées enregistrées datent de 1978, au large de l'Espagne. L'espèce est inscrite à l'Annexe I de la CITES et à l'Annexe I de la CMS, et elle est intégralement protégée en France, où la capture, la perturbation intentionnelle et la destruction d'habitat sont interdites et pénalement sanctionnées.

Les menaces actuelles sont dominées par les collisions avec les navires : au large du sud du Sri Lanka, où une zone de mise bas coïncide avec l'un des rails maritimes les plus fréquentés au monde ; sur la côte ouest nord-américaine (neuf morts attribuées à des collisions entre 2007 et 2013 ; 8 des 21 carcasses trouvées en Californie entre 1988 et 2007) ; et dans le golfe du Saint-Laurent, où 16 % des individus du catalogue photo portent des cicatrices de collision (jusqu'à 25 % selon le NAMMCO). Les captures accidentelles dans les engins de pêche restent rares mais ne se limitent pas à deux cas : un individu empêtré a été signalé dans le golfe du Saint-Laurent en 2002, et les eaux américaines ont enregistré leur premier cas confirmé en 2015, suivi de nouveaux cas en 2016 et 2017 ; environ 12 % des baleines bleues observées en Atlantique Nord-Ouest portent des marques attribuables à des engins de pêche, les enchevêtrements létaux restant toutefois peu documentés. S'ajoutent la pollution sonore (trafic maritime, prospection sismique, sonars actifs), la contamination chimique, les analyses de bouchons de cérumen révèlent pesticides, retardateurs de flamme, mercure et PCB, transmis de la mère au petit, et surtout le changement climatique : l'UICN classe explicitement la « modification et le déplacement d'habitat » parmi les menaces futures, le krill antarctique devant décliner sous l'effet du réchauffement et de l'acidification des océans.

Observer cette espèce

Rencontrer une baleine bleue reste un événement, y compris sur les meilleurs sites. Les zones d'observation documentées par l'UICN et les organismes de recherche sont le golfe du Saint-Laurent (Québec, été-automne), les eaux islandaises et le détroit de Danemark, les Açores au printemps lors de la migration nord, la Californie et la Basse-Californie ainsi que le golfe de Californie en hiver, la côte sud du Sri Lanka, l'île de Chiloé et Chañaral au Chili en été austral, et le sud-ouest de l'Australie. Les indices à chercher sont le souffle vertical de 6 à 12 m, visible de très loin, puis le long défilement du dos moucheté avant l'apparition tardive du petit aileron.

Dans les eaux françaises métropolitaines, il n'existe aucune sortie d'observation ciblée possible : l'espèce n'est signalée qu'environ une fois par décennie dans le golfe de Gascogne, dans des eaux très au large, et les rencontres se font au hasard de campagnes scientifiques ou de traversées océaniques. Toute grande baleine observée près des côtes françaises est, statistiquement, un rorqual commun. En Méditerranée, l'espèce est absente : les grands rorquals du sanctuaire Pelagos sont des rorquals communs.

Sur le plan éthique et réglementaire, l'espèce est protégée en France : la perturbation intentionnelle est un délit. Il faut donc ne jamais couper la route de l'animal ni le poursuivre, se maintenir en retrait et parallèlement à sa trajectoire, couper ou réduire les moteurs, limiter la durée de la rencontre et ne pas approcher un couple mère-baleineau. Toute observation ou tout échouage en France métropolitaine doit être signalé à l'Observatoire Pelagis (La Rochelle), qui coordonne le Réseau national échouages et dispose d'une ligne 7 j/7. Les photographies, même prises « à la volée », ont une réelle valeur scientifique : c'est ainsi que l'animal observé en 2022 dans le golfe de Gascogne a pu être identifié comme un individu déjà catalogué en Irlande neuf ans plus tôt.

Questions fréquentes

Quel est le plus grand animal ayant jamais existé ?

La baleine bleue, sans concurrence connue, actuelle ou fossile. Les femelles antarctiques matures dépassent couramment 25 m, le maximum confirmé se situe autour de 30 m et le plus long individu enregistré mesurait 33,6 m. Les masses documentées vont d'environ 72 t à 135 t en moyenne, avec des mentions jusqu'à 190 t pour les plus grands animaux antarctiques. À titre de comparaison, le cœur seul pèse environ 180 kg.

Combien reste-t-il de baleines bleues dans le monde ?

L'UICN retient, pour son évaluation de 2018, une fourchette de 5 000 à 15 000 individus matures, soit 10 000 à 25 000 animaux au total : environ 1 000-3 000 en Atlantique Nord, 3 000-5 000 dans le Pacifique Nord, 1 000-3 000 dans le Pacifique Sud-Est, 2 000-5 000 baleines bleues pygmées et 5 000-8 000 en Antarctique. Avant la chasse industrielle, l'effectif mondial d'individus matures était d'au moins 140 000. La tendance actuelle est à l'augmentation.

Peut-on voir des baleines bleues en France, en Méditerranée ou dans le golfe de Gascogne ?

Pas en Méditerranée : l'espèce en est absente, et les grands rorquals du sanctuaire Pelagos sont des rorquals communs. Dans le golfe de Gascogne, la baleine bleue est signalée en moyenne une fois tous les dix ans, très au large. La campagne SCANS III de 2016 n'a pas recueilli assez d'observations de baleines bleues pour permettre la moindre estimation d'abondance sur la zone Manche-Gascogne-Atlantique ibérique, alors qu'elle y estimait le rorqual commun à environ 18 100 individus. La dernière observation française confirmée date du 23 juillet 2022, à environ 300 km au large de la Vendée, lors de la campagne SCANS IV. Les derniers échouages confirmés remontent à 1923 (île de Ré) et 1931 (Landes).

Que mange une baleine bleue et en quelle quantité ?

Presque exclusivement du krill, avec des espèces différentes selon les océans (Euphausia superba en Antarctique, Meganyctiphanes norvegica en Atlantique Nord…). Les estimations d'ingestion quotidienne divergent selon les sources : environ 1,1 t/jour pour un individu moyen, jusqu'à 3,6 t/jour (≈ 40 millions de krill) selon le NAMMCO, et jusqu'à environ 5,4 t/jour selon la NOAA. Elle chasse par « lunge feeding », en engouffrant jusqu'à 220 tonnes d'eau d'un coup.

Pourquoi la baleine bleue est-elle toujours classée En danger si sa population augmente ?

Parce que le critère A1 de l'UICN mesure la réduction passée sur trois générations, ici 1926-2018 (la génération étant estimée à 30,8 ans). La chute de 140 000 à 5 000-15 000 individus matures représente une réduction de 89 à 97 %, à la limite du seuil « En danger critique ». La tendance à la hausse constatée en Antarctique et en Atlantique Nord a justifié de retenir « En danger » plutôt que « En danger critique ». Au niveau européen, l'évaluation régionale de 2023 la classe déjà Quasi menacée, en augmentation.

Quelle sous-espèce est la plus menacée ?

La baleine bleue antarctique (Balaenoptera musculus intermedia), seule sous-espèce à faire l'objet d'une évaluation UICN distincte, classée En danger critique (CR A1abd). Environ 350 000 individus ont été tués dans l'océan Austral, avec un pic de près de 29 400 pour la seule saison 1930/31. L'effectif est passé d'environ 125 000 individus matures en 1926 à quelques centaines vers 1970, puis à environ 3 000 en 2018, un déclin de plus de 97 %, mais avec un taux de croissance annuel estimé à 8,1 % depuis la protection.

Comment distinguer une baleine bleue d'un rorqual commun en mer ?

Trois critères. Le souffle : haut, étroit et colonnaire, de 6 à 12 m chez la baleine bleue. L'aileron dorsal : minuscule et implanté très en arrière, il n'apparaît que plusieurs secondes après le souffle, alors que celui du rorqual commun est grand, falciforme et visible presque aussitôt. La tête et la robe : rostre large en U et robe gris-bleu mouchetée chez la baleine bleue, tête pointue en V et asymétrie de coloration (mâchoire inférieure droite blanche) chez le rorqual commun. La baleine bleue sort par ailleurs assez souvent sa caudale en plongeant.

Sources

Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.

Répartition observée

D'après les données ouvertes du GBIF, 2 026 observations géolocalisées de Balaenoptera musculus sont recensées dans notre index photographique.

Principaux pays d'observation
PaysObservations
United States of America733
Antarctica503
Mexico153
Sri Lanka123
Svalbard and Jan Mayen112
Canada90
Portugal63
Chile54
New Zealand50
Iceland44

Carte de répartition : Baleine bleue (Balaenoptera musculus)

Carte de répartition : Baleine bleue (Balaenoptera musculus), 2 026 observations géolocalisées issues du GBIF
2 026 observations géolocalisées de Balaenoptera musculus. Fond de carte Natural Earth, domaine public. Données GBIF.
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Présence au fil de l'année

Répartition mensuelle de 2 155 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en janvier.

2570janvier : 257janfévrier : 243févmars : 119maravril : 134avrmai : 197maijuin : 238juinjuillet : 212juilaoût : 224aoûtseptembre : 114sepoctobre : 85octnovembre : 121novdécembre : 211déc
Observations par mois
MoisObservations
janvier257
février243
mars119
avril134
mai197
juin238
juillet212
août224
septembre114
octobre85
novembre121
décembre211

Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.

En images

Balaenoptera musculus
© Brendan Murtha, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© Ron + Sandy, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© marjoleinlouisa, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© James Maughn, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© dougiewainwright, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© Henry deJong, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© fexcad, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© Avery Cunningham, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© matthewyoon, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© whale_nerd, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© jman66, CC BY-NC, 2026
Balaenoptera musculus
© Garrett Craig, CC BY-NC, 2026

Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.

Références scientifiques

  1. Ichihara T. (1966) 6. The Pygmy Blue Whale, Balaenoptera musculus brevicauda, a New Subspecies from the Antarctic, Whales, Dolphins, and Porpoises
  2. M. Palacios D. (1999) Blue whale (Balaenoptera musculus) occurrence off the Galapagos Islands, 1978-1995, J. Cetacean Res. Manage.
  3. (2018) Balaenoptera musculus: Cooke, J.G., IUCN Red List of Threatened Species
  4. (2018) Balaenoptera musculus ssp. intermedia: Cooke, J.G., IUCN Red List of Threatened Species
  5. (2018) Balaenoptera musculus: Cooke, J.G., IUCN Red List of Threatened Species
  6. (2017) The Challenges of Plastinating a Blue Whale (Balaenoptera musculus) Heart, Journal of Plastination
  7. Mansfield A. (1985) Status of the Blue Whale, Balaenoptera musculus, in Canada, The Canadian field-naturalist
  8. (1996) Balaenoptera musculus ssp. brevicauda: Cetacean Specialist Group, IUCN Red List of Threatened Species

Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).