| Nom scientifique | Mesoplodon traversii (Gray, 1874) |
|---|---|
| Autres noms | Baleine à dents de bêche ; spade-toothed whale ou spade-toothed beaked whale (anglais) ; zifio de Travers (espagnol). Synonymes scientifiques : Dolichodon traversii Gray, 1874 ; Mesoplodon bahamondi. |
| Taille | 5 à 5,5 m à l'âge adulte (estimation d'après le crâne) ; femelle mesurée : 5,3 m ; mâle adulte mesuré (Otago, 2024) : 5 m ; jeune mâle mesuré : 3,5 m |
| Poids | Non documenté : aucun individu n'a été pesé |
| Longévité | Inconnue ; aucune estimation d'âge n'a été publiée |
| Régime | Céphalopodes, principalement des calmars (becs et cristallins retrouvés dans l'estomac) ; probablement aussi de petits poissons |
| Statut UICN | Données insuffisantes (DD), évaluation de décembre 2020, statut maintenu sans changement. Aucune sous-population distinguée. |
La baleine à bec de Travers (Mesoplodon traversii) est le cétacé le plus rare et le plus mal connu au monde : sept individus seulement ont été recensés en un siècle et demi, six en Nouvelle-Zélande et un au Chili, et l'espèce n'a jamais été observée en mer. La dissection d'un mâle de 5 m échoué en Otago en juillet 2024 a livré les toutes premières données anatomiques complètes.
Avec une longueur estimée de 5 à 5,5 m à l'âge adulte, la baleine à bec de Travers présente la silhouette fuselée typique du genre Mesoplodon : corps en fuseau, petite tête prolongée par un bec modérément long, nageoires pectorales courtes et nageoire dorsale triangulaire à bord postérieur concave, implantée aux deux tiers arrière du dos. Le rostre est relativement large comparé à celui des autres mésoplodons. La coloration, décrite à partir des deux animaux échoués en 2010, associe un dos gris sombre à noir et un ventre blanc, séparés par une bande claire oblique qui remonte de l'arrière de l'œil vers la dorsale et dessine une tache thoracique pâle ; le pourtour de l'œil, le bec et les pectorales sont sombres. La femelle mesurée atteignait 5,3 m et son petit mâle 3,5 m ; le seul mâle adulte examiné à ce jour, échoué en Otago en juillet 2024, mesurait 5 m.
Le caractère diagnostique tient aux dents. Comme chez tous les mésoplodons, seuls les mâles adultes développent une paire de dents fonctionnelles, implantées au milieu de la mâchoire inférieure et saillant hors de la gueule. Chez cette espèce, elles sont massives, de l'ordre de 23 cm, et nettement plus larges que celles de la baleine à bec de Layard, avec un denticule proéminent à la pointe. La portion émergée évoque la lame des bêches à dépecer maniées par les baleiniers du XIXᵉ siècle, d'où le nom anglais de spade-toothed whale. La dissection de 2024 a par ailleurs révélé de minuscules dents vestigiales enchâssées dans la gencive de la mâchoire supérieure, indice précieux sur l'histoire évolutive du groupe.
Les confusions sont ici la règle plutôt que l'exception. Les deux animaux échoués à Opape en 2010 ont d'abord été attribués à la baleine à bec de Gray (Mesoplodon grayi), espèce commune en Nouvelle-Zélande, et seule une analyse ADN a révélé leur véritable identité. La forme des dents rapproche superficiellement l'espèce de la baleine à bec de Layard (M. layardii), dont elle n'est pourtant pas une proche parente, tandis que son crâne rappelle celui de la baleine à bec à dents de ginkgo (M. ginkgodens), en nettement plus grand. En pratique, hors mâle adulte à dents émergées, seule la génétique autorise une identification fiable.
Décrite par le zoologiste britannique John Edward Gray en 1874 sous le nom de Dolichodon traversii, l'espèce repose à l'origine sur une mâchoire inférieure portant ses dents, récoltée en 1872 par le naturaliste Henry Hammersley Travers sur l'île Pitt, dans l'archipel des Chatham (Nouvelle-Zélande), localité type située par 44°17' S et 176°15' O. L'épithète traversii rend hommage à son collecteur.
Elle appartient au genre Mesoplodon, le plus riche en espèces de tous les genres de cétacés, au sein de la famille des baleines à bec, désignée Ziphiidae dans la plupart des référentiels actuels, dont le World Register of Marine Species, et Hyperoodontidae dans certaines classifications. Un calvarium recueilli en 1986 sur l'île Robinson Crusoe (archipel Juan Fernández, Chili) avait été décrit comme une espèce distincte, Mesoplodon bahamondi, avant d'être rattaché à M. traversii ; ce nom est aujourd'hui un synonyme. La position phylogénétique exacte de l'espèce à l'intérieur du genre reste incertaine, les données moléculaires disponibles étant encore contradictoires.
Sept signalements en un siècle et demi : c'est tout ce dont dispose la science. Le premier est la mâchoire de l'île Pitt (1872) ; viennent ensuite un calvarium découvert dans les années 1950 sur l'île Whakaari/White Island, en Nouvelle-Zélande, le calvarium chilien de l'île Robinson Crusoe (1986), la femelle et son petit échoués en décembre 2010 sur la plage d'Opape, dans la baie de l'Abondance (Bay of Plenty), un individu échoué en 2017 à Waipiro Bay, au nord de Gisborne, identifié par analyse ADN, mais enfoui sur place avant toute dissection en raison de l'extrême isolement du site, si bien que ni son sexe ni sa longueur n'ont été publiés, et enfin le mâle de 5 m découvert le 4 juillet 2024 à l'embouchure de la Taiari (Taieri Mouth), en Otago.
Six de ces sept signalements proviennent donc de Nouvelle-Zélande, un seul du Chili. L'espèce est présumée strictement inféodée à l'hémisphère Sud, et vraisemblablement au seul Pacifique Sud, où elle fréquenterait les eaux profondes du large comme les autres mésoplodons. La Nouvelle-Zélande constitue un point chaud mondial pour les baleines à bec : treize des vingt-quatre espèces connues y sont recensées et sept y ont été décrites pour la première fois à partir d'animaux échoués.
Aucun signalement n'existe dans les eaux françaises, ni en Méditerranée, ni dans le golfe de Gascogne, ni en Manche, ni outre-mer. Les collectivités françaises du Pacifique Sud se situent dans une aire géographique théoriquement compatible avec sa répartition, mais aucune donnée ne l'y documente.
Presque tout ce que l'on avance sur la biologie de cette baleine relève de l'inférence, faute d'observation en mer. L'examen du mâle de 2024, mené du 2 au 6 décembre au centre AgResearch d'Invermay, a néanmoins livré les premiers éléments directs.
Alimentation : l'estomac contenait des becs et des cristallins de calmars, confirmant un régime à dominante céphalopodes, auquel s'ajoutent probablement de petits poissons ; s'y trouvaient également des vers parasites et des fragments d'organismes non identifiés. La dissection a révélé neuf compartiments stomacaux, décompte jusqu'alors inconnu pour l'espèce, ainsi que des structures anatomiques associées à la capture des proies et à la production sonore.
Plongée : aucune donnée directe n'existe pour cette espèce, mais les baleines à bec comptent parmi les plongeurs les plus extrêmes du monde vivant, chez le ziphius (Ziphius cavirostris), une plongée à 2 992 m et une apnée de 222 minutes ont été enregistrées.
Vie sociale : les rares indications disponibles laissent penser que l'espèce vit seule ou en petits groupes, comme la plupart des mésoplodons.
Reproduction et longévité : aucune donnée chiffrée. La présence, en 2010, d'un jeune mâle de 3,5 m aux côtés d'une femelle de 5,3 m atteste au moins d'un accompagnement maternel prolongé. Ni la durée de gestation, ni l'âge à maturité, ni la longévité ne sont documentés.
La baleine à bec de Travers est classée « Données insuffisantes » (DD) sur la Liste rouge de l'UICN. L'évaluation la plus récente, publiée en décembre 2020 dans le cadre d'une révision portant sur vingt-deux cétacés, a maintenu ce statut sans changement, alors même que la majorité des baleines à bec passaient à « Préoccupation mineure » : les connaissances sont si lacunaires qu'aucune catégorie, de « Préoccupation mineure » à « En danger critique », ne peut être écartée. Ni l'effectif ni la tendance de la population ne sont connus.
Les menaces identifiées sont celles qui pèsent sur l'ensemble des baleines à bec : la pollution sonore d'origine humaine, en particulier les sonars militaires actifs et les campagnes de prospection sismique, auxquelles ce groupe est notoirement sensible ; les captures accidentelles et l'emmêlement dans les engins de pêche ; l'ingestion de plastiques ; et, à plus longue échéance, les effets du changement climatique et de l'acidification des océans sur les proies invertébrées.
L'espèce figure à l'Annexe II de la CITES depuis le 13 février 2003 et relève du Mémorandum d'entente de la CMS pour la conservation des cétacés et de leurs habitats dans la région des îles du Pacifique. En Nouvelle-Zélande, son suivi incombe au Department of Conservation, pour qui chaque échouage constitue un événement scientifique majeur.
Aucune observation en mer n'a jamais été attestée : l'espèce n'est connue que par des échouages, dont certains d'animaux encore vivants morts peu après leur échouage (Opape en 2010, Waipiro Bay en 2017), et aucun n'a été identifié sur le moment. C'est à ce jour la seule grande baleine dont l'apparence et le comportement en mer demeurent entièrement inconnus. Aucune sortie d'observation, nulle part au monde, ne permet raisonnablement d'espérer la rencontrer, et un animal aperçu au large resterait de toute façon indéterminable sans prélèvement génétique.
La contribution utile passe donc par les échouages. Devant un cétacé échoué, mort ou vivant, la règle est de ne pas le toucher, de ne rien prélever ni découper, de tenir les chiens à distance et d'alerter immédiatement le réseau compétent, le Department of Conservation en Nouvelle-Zélande, le Réseau national échouages coordonné par l'Observatoire Pelagis en France. Des photographies de la tête, de la denture et du patron de coloration, accompagnées d'une position GPS, ont une valeur scientifique considérable.
La dimension culturelle compte tout autant. En Nouvelle-Zélande, les baleines sont des taonga (trésors) pour les Māori : la dissection de décembre 2024 a été conduite sous l'autorité de Te Rūnanga o Ōtākou, qui a donné à l'animal le nom d'Ōnumia, avec la participation de jeunes du hapū guidés par des experts de Ngāti Wai. Le squelette rejoindra le Tūhura Otago Museum, doté d'une mâchoire imprimée en 3D, l'os mandibulaire original étant conservé par le rūnanga.
Sept, recensés entre 1872 et 2024 : six en Nouvelle-Zélande et un au Chili. Plusieurs d'entre eux ne sont connus que par des ossements (une mâchoire, deux calvariums).
Non. Aucune observation en mer n'a jamais été attestée : l'espèce n'est connue que par des échouages, dont certains d'animaux encore vivants morts peu après (Opape en 2010, Waipiro Bay en 2017), aucun n'ayant été identifié sur le moment. Son apparence et son comportement en mer restent entièrement inconnus, ce qui en fait la grande baleine la plus méconnue de la planète.
La dissection de décembre 2024 a permis pour la première fois de dénombrer les compartiments de l'estomac de l'espèce : neuf, dont certains contenaient des becs et des cristallins de calmars. Un estomac compartimenté est courant chez les cétacés à dents, mais le décompte exact restait inconnu pour cette espèce.
Non. Les sept signalements connus proviennent tous du Pacifique Sud. L'espèce n'a jamais été signalée en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne, en Manche, ni dans les eaux ultramarines françaises.
Parce que rien ne permet d'estimer son effectif ni sa tendance. L'UICN réserve cette catégorie aux espèces pour lesquelles toutes les catégories, de « Préoccupation mineure » à « En danger critique », restent plausibles. Ce statut a été confirmé en décembre 2020.
Difficilement. Les deux animaux échoués à Opape en 2010 ont d'abord été identifiés comme des baleines à bec de Gray ; seule l'analyse ADN a révélé leur appartenance à Mesoplodon traversii. Chez un mâle adulte, les dents massives et larges de la mâchoire inférieure constituent un indice, mais la confirmation demeure génétique.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 2 observations géolocalisées de Mesoplodon traversii sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| New Zealand | 2 |
| Chile | 1 |

Répartition mensuelle de 2 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en novembre.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 0 |
| février | 0 |
| mars | 0 |
| avril | 0 |
| mai | 0 |
| juin | 0 |
| juillet | 0 |
| août | 0 |
| septembre | 0 |
| octobre | 0 |
| novembre | 1 |
| décembre | 1 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.
Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.
Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
