| Nom scientifique | Mesoplodon hotaula Deraniyagala, 1963 |
|---|---|
| Autres noms | Mésoplodon de Deraniyagala ; Deraniyagala's beaked whale (anglais) ; le nom d'espèce « hotaula » vient du cinghalais et signifie « bec pointu ». |
| Taille | Environ 4 à 5 m ; l'holotype est une femelle de 4,5 m et la longueur maximale documentée avoisine 4,8 m. Aucun dimorphisme sexuel de taille n'a été mis en évidence. |
| Poids | Non documenté : aucune masse n'a été relevée sur les rares spécimens connus. |
| Longévité | Inconnue : aucun individu n'a fait l'objet d'une estimation d'âge publiée. |
| Régime | Jamais documenté directement. Comme les autres baleines à bec, l'espèce se nourrit très probablement de calmars et de poissons mésopélagiques capturés en plongée profonde, par aspiration. |
| Statut UICN | Données insuffisantes (DD). Évaluation de R. L. Pitman et R. L. Brownell Jr. publiée en décembre 2020 (édition 2020-3 de la Liste rouge), sans changement par rapport à l'évaluation précédente. Tendance de population inconnue ; aucune sous-population n'est distinguée. Espèce inscrite à l'Annexe II de la CITES. |
La baleine à bec de Deraniyagala compte parmi les grands mammifères les plus méconnus de la planète. Décrite en 1963 à partir d'un unique animal échoué au Sri Lanka, elle fut rayée des listes deux ans plus tard, avant d'être réhabilitée en 2014 grâce à l'ADN. Ce mésoplodon tropical de 4 à 5 m fréquente les eaux profondes de l'Indo-Pacifique autour des îles océaniques ; son identification certaine à l'état vivant ne date que des années 2020, et l'UICN la classe toujours en « données insuffisantes ».
Comme tous les mésoplodons, la baleine à bec de Deraniyagala possède un corps fusiforme, une tête petite prolongée par un bec bien marqué, une nageoire dorsale réduite et légèrement falciforme implantée aux deux tiers arrière du corps, et de courtes pectorales qui se logent dans des dépressions latérales pendant les plongées. Les animaux mesurés atteignent 4 à 5 m, la longueur maximale documentée avoisinant 4,8 m. La coloration est contrastée : dos brun sombre à bleu-noir, face ventrale nettement plus claire, joues pâles et mouchetées, lèvre inférieure blanchâtre, tache oculaire sombre et bande foncée à la base des pectorales. La gorge porte un sillon en V peu profond et la ligne de bouche est arquée. Les jeunes montrent des rayures dorsales qui s'estompent avec l'âge.
La dentition résume la vie sociale du groupe : une seule paire de dents, implantée dans la mâchoire inférieure, n'émerge que chez les mâles adultes, au sommet de l'arc de la bouche ; elle reste incluse chez les femelles et les immatures. Plusieurs mâles échoués portaient des dents ébréchées, indice de combats entre mâles. Les individus photographiés en mer sont par ailleurs criblés de morsures circulaires de squalelets féroces (Isistius spp.), très fréquentes chez les cétacés profonds des eaux chaudes, tandis que les juvéniles ne présentent pas encore de griffures dentaires.
La confusion la plus sérieuse concerne le mésoplodon japonais (Mesoplodon ginkgodens), espèce sœur avec laquelle M. hotaula a été mis en synonymie pendant près de cinquante ans : coloration et cicatrisation sont si semblables qu'une distinction fiable en mer a longtemps été jugée impossible. Un critère de terrain se dégage néanmoins des observations récentes, la mâchoire supérieure de M. hotaula étant nettement plus sombre que la mâchoire inférieure. Dans les mêmes eaux, la baleine à bec de Blainville (M. densirostris), observée jusque dans un groupe mixte avec elle, s'en distingue par sa ligne de bouche très fortement arquée portant les dents sur deux bosses osseuses.
L'acoustique fournit un troisième indice : les impulsions modulées en fréquence de M. hotaula culminent vers 43 à 46 kHz (médiane 43,3 kHz), avec un intervalle entre impulsions de 207 à 270 ms (médiane 244,6 ms) ; ces signaux correspondent au type de pulsation déjà enregistré autour de l'atoll de Palmyra et de Kingman Reef, dans l'aire connue de l'espèce. Le signal voisin dit « BW43 » ne relève pas de M. hotaula : longtemps attribué par hypothèse à la baleine à bec de Perrin (M. perrini) parce qu'il n'était détecté qu'au large de la Californie du Sud, il a été formellement rattaché au mésoplodon japonais en 2026, à l'occasion des premières identifications génétiques de cette espèce en mer, au large de la Basse-Californie. Le type dit « Cross Seamount » (BWC), dont l'aire recoupe également celle du mésoplodon japonais, reste pour sa part d'attribution incertaine. L'identification purement acoustique demeure donc délicate : seule la biopsie génétique tranche avec certitude.
Mesoplodon hotaula appartient au genre Mesoplodon, le plus riche en espèces de la famille des Ziphiidés (Ziphiidae, également désignée Hyperoodontidae dans certaines nomenclatures), au sein des cétacés à dents (Odontocètes). L'espèce a été décrite par Paules Edward Pieris Deraniyagala, alors directeur du Musée national de Colombo, à partir d'une femelle de 4,5 m échouée le 26 janvier 1963 à Ratmalana, près de Colombo (Sri Lanka). Le nom spécifique combine les mots cinghalais désignant le bec et sa forme pointue.
Deux ans plus tard, en 1965, d'autres auteurs rattachèrent ce spécimen au mésoplodon japonais (M. ginkgodens), et l'espèce disparut des classifications. Elle a été « ressuscitée » en 2014 par Merel Dalebout et ses collaborateurs (Marine Mammal Science, vol. 30, n° 3, p. 1081-1108), sur la base de sept spécimens et d'un faisceau de preuves génétiques : ADN mitochondrial (transmission maternelle), marqueurs autosomaux et séquences du chromosome Y, complétés par des caractères crâniens et dentaires. La divergence du cytochrome b entre M. hotaula et M. ginkgodens atteint 8,2 % ± 1,79 %, valeur comprise dans la fourchette de 5,5 % à 16,6 % qui sépare les autres espèces de Mesoplodon. Le matériel étant ancien et dégradé, les chercheurs ont dû forer les os des spécimens de musée pour en extraire des fragments d'ADN, avec des méthodes habituellement réservées aux espèces éteintes. Cette réhabilitation portait alors à quinze le nombre d'espèces reconnues dans le genre Mesoplodon.
L'espèce est propre aux eaux tropicales profondes de l'Indo-Pacifique, généralement au voisinage d'îles et d'atolls océaniques. Les spécimens ayant servi à la redescription proviennent du Sri Lanka, des Maldives, des Seychelles (un mâle sur l'île de Desroches en 2009), des îles Gilbert au Kiribati et de l'atoll de Palmyra, dans les îles de la Ligne septentrionales. D'autres signalements sont venus s'y ajouter, notamment un échouage aux Philippines en décembre 2012 (golfe de Davao, Mindanao), huitième spécimen connu au monde, et des données pour le nord de Sulawesi, en Indonésie.
Le principal apport récent vient du nord de la mer de Chine méridionale, où six campagnes en mer menées entre 2019 et 2023 ont permis douze observations de mésoplodons, dont cinq attribuées à M. hotaula, deux confirmées par biopsie génétique (trois échantillons de peau, tous des mâles), les trois autres par leurs signaux acoustiques, jusqu'à environ 17° N : ce sont les records les plus septentrionaux connus pour l'espèce, et ils suggèrent une aire de répartition plus vaste que la seule ceinture équatoriale envisagée jusque-là. Les animaux y fréquentent des eaux chaudes (environ 30 °C en surface) au-dessus de très grands fonds, d'environ 2 000 m en moyenne ; aucune profondeur de plongée n'a en revanche été mesurée chez l'espèce, faute de marquage, même si les baleines à bec dépassent en général 1 000 m. L'hypothèse de populations insulaires plus ou moins isolées reste avancée.
En France, aucune observation ni aucun échouage confirmé n'est documenté. L'espèce est absente des eaux métropolitaines, Méditerranée, golfe de Gascogne et Manche, où les ziphiidés rencontrés relèvent d'autres espèces. Les zones économiques exclusives françaises tropicales de l'océan Indien et du Pacifique appartiennent en revanche à la même région biogéographique, sans qu'aucune donnée vérifiée n'y ait à ce jour été publiée.
Le régime alimentaire n'a jamais été établi à partir de contenus stomacaux naturels. Par analogie avec les autres baleines à bec, l'espèce est réputée capturer des calmars et des poissons de grande profondeur par succion : l'animal crée une dépression dans sa cavité buccale pour aspirer la proie, puis filtre l'eau. Un argument indirect est venu de l'examen du spécimen philippin, porteur de nématodes parasites identifiés en 2021 comme Anisakis ziphidarum, chaîne parasitaire typique des prédateurs de proies profondes.
La chasse repose sur l'écholocation, en trois phases : clics réguliers de recherche, phase d'approche centrée sur une cible, puis « buzz » terminal à cadence très rapide au moment de la capture. Les observations en mer décrivent des groupes de deux à cinq individus, pour une taille moyenne de trois, incluant des femelles accompagnées d'un jeune et des mâles immatures ; un groupe mixte associant quatre M. hotaula et une baleine à bec de Blainville a été noté. Comme chez les autres mésoplodons, les mâles adultes semblent s'affronter pour l'accès aux femelles, ce qu'attestent les dents ébréchées des animaux échoués.
Le comportement de plongée relevé lors des premières observations en mer comprenait trois plongées courtes de 14 à 18 minutes, entrecoupées de passages en surface de 1 à 5 minutes, puis une quatrième plongée de près de deux heures avant réapparition. Aucune profondeur de plongée n'a en revanche été mesurée chez l'espèce, faute d'individu équipé de balise ; on sait seulement qu'elle est observée au-dessus de fonds dépassant 2 000 m, et que les baleines à bec en général descendent au-delà de 1 000 m. La reproduction, durée de gestation, intervalle entre naissances, âge à maturité, et la longévité demeurent inconnues.
La baleine à bec de Deraniyagala figure sur la Liste rouge de l'UICN dans la catégorie « données insuffisantes » (DD), à l'issue de l'évaluation de Pitman et Brownell publiée en décembre 2020 ; son statut n'a pas changé lors de cette révision, alors qu'une dizaine d'autres ziphiidés quittaient la catégorie « données insuffisantes » pour « préoccupation mineure », la baleine à bec de Perrin étant, elle, classée « en danger ». Il n'existe aucune estimation d'effectif mondial, et la tendance démographique est inconnue. L'espèce est inscrite à l'Annexe II de la CITES. Une analyse de génome complet publiée en 2024 a mis en évidence une hétérozygotie élevée mais la plus faible taille efficace de population parmi sept ziphiidés examinés, ce qui invite à la prudence.
Les menaces identifiées sont celles de l'ensemble des baleines à bec, avec quelques éléments propres à l'espèce. Une chasse de subsistance est signalée dans les îles Gilbert (Kiribati). L'ingestion de déchets est avérée : l'animal échoué aux Philippines en 2012, mort peu après sa découverte, ne contenait dans l'estomac qu'un cordage noir et un morceau de charbon, premiers éléments publiés d'ingestion de débris pour l'espèce. Des marques inhabituelles sur les lèvres, attribuées à des débris marins ou à une ligne de pêche, ont été relevées sur les animaux observés en 2019. Enfin, les ziphiidés comptent parmi les cétacés les plus sensibles au bruit anthropique, en particulier aux sonars militaires actifs et aux campagnes sismiques.
Il n'existe aucun site d'observation touristique pour cette espèce, et il serait illusoire d'en chercher un : jusqu'aux années 2020, aucune baleine à bec de Deraniyagala n'avait été formellement identifiée vivante en mer. Les rencontres documentées sont le fruit de campagnes scientifiques dédiées, conduites au large, au-dessus de grands fonds, avec observateurs entraînés, hydrophones et prélèvements de biopsies cutanées. Comme tous les mésoplodons, l'animal est discret : souffle peu visible, silhouette basse, longs intervalles d'apnée et grande sensibilité au bruit des moteurs, qui provoque des évitements.
Les règles d'approche des cétacés s'appliquent donc avec une rigueur particulière : ne jamais poursuivre un groupe, maintenir une distance importante, réduire le régime moteur ou se mettre au point mort, limiter la durée d'observation et renoncer dès le moindre signe de dérangement, plongée brusque, changement de cap, dispersion.
Pour le public, la contribution la plus utile reste le signalement des échouages, qui a fourni l'essentiel des connaissances sur cette espèce. En France, tout cétacé échoué, vivant ou mort, doit être signalé au réseau national d'échouages plutôt que manipulé : les mesures, photographies et prélèvements réalisés par les correspondants formés sont souvent la seule source de données exploitables sur les espèces rares.
Décrite en 1963 par P. E. P. Deraniyagala à partir d'un animal échoué au Sri Lanka, elle a été mise en synonymie dès 1965 avec le mésoplodon japonais (Mesoplodon ginkgodens), jugé identique. En 2014, une équipe menée par Merel Dalebout a réanalysé sept spécimens : ADN mitochondrial, marqueurs autosomaux, chromosome Y et caractères morphologiques concordaient pour deux lignées distinctes, avec 8,2 % de divergence sur le cytochrome b. L'espèce a donc été rétablie.
La redescription de 2014 reposait sur seulement sept animaux échoués, collectés sur une cinquantaine d'années. S'y est ajoutée une femelle de 4,6 m échouée aux Philippines en décembre 2012, huitième spécimen connu, puis cinq observations en mer attribuées à l'espèce dans le nord de la mer de Chine méridionale entre 2019 et 2023, dont deux confirmées par biopsie génétique et trois par l'acoustique. Aucune estimation d'effectif mondial n'existe : l'espèce est soit très rare, soit extrêmement discrète, soit les deux.
Difficilement. Les deux espèces partagent une coloration et des motifs de cicatrices très semblables, au point que les premiers observateurs ont estimé la distinction impossible sur photographies. Les travaux récents proposent un indice utile, une mâchoire supérieure plus sombre que la mâchoire inférieure chez M. hotaula, ainsi que des critères acoustiques, les deux espèces produisant des types de pulsations différents. La certitude passe toutefois aujourd'hui par une biopsie génétique.
Aucune profondeur de plongée n'a été mesurée chez cette espèce, faute d'individu équipé de balise : on sait seulement qu'elle est observée au-dessus de fonds dépassant 2 000 m, et que les baleines à bec en général plongent au-delà de 1 000 m. Une séquence documentée comportait trois plongées de 14 à 18 minutes, séparées par des passages en surface de 1 à 5 minutes, puis une quatrième plongée de près de deux heures avant que les animaux ne soient revus.
Une chasse de subsistance est signalée aux îles Gilbert (Kiribati). L'ingestion de débris est prouvée : l'animal échoué aux Philippines en 2012 n'avait dans l'estomac qu'un cordage et un morceau de charbon. S'y ajoutent les interactions avec les engins de pêche, soupçonnées d'après des marques sur les lèvres d'animaux observés en 2019, et le bruit sous-marin, sonars militaires actifs et prospections sismiques, auquel les baleines à bec sont particulièrement sensibles.
Aucune donnée confirmée n'existe. L'espèce est tropicale et indo-pacifique : elle est absente de la Méditerranée, du golfe de Gascogne et de la Manche. Les eaux françaises tropicales de l'océan Indien et du Pacifique relèvent de la même région biogéographique, mais aucun échouage ni aucune observation vérifiée n'y a été publié à ce jour.
Fiche établie à partir de sources scientifiques faisant autorité (UICN, NOAA Fisheries, littérature spécialisée) et relue pour vérification factuelle.
D'après les données ouvertes du GBIF, 5 observations géolocalisées de Mesoplodon hotaula sont recensées dans notre index photographique.
| Pays | Observations |
|---|---|
| unknown or invalid | 3 |
| Indonesia | 1 |
| Philippines | 1 |
| Sri Lanka | 1 |

Répartition mensuelle de 5 observations datées (tous millésimes confondus) : le maximum est atteint en novembre.
| Mois | Observations |
|---|---|
| janvier | 1 |
| février | 0 |
| mars | 0 |
| avril | 0 |
| mai | 0 |
| juin | 0 |
| juillet | 1 |
| août | 0 |
| septembre | 1 |
| octobre | 0 |
| novembre | 2 |
| décembre | 0 |
Ces chiffres reflètent l'effort d'observation (plus de plaisanciers et de campagnes en été) autant que la présence réelle de l'espèce : à interpréter avec prudence.

Photographies issues du GBIF sous licence Creative Commons. L'auteur et la licence de chaque cliché sont indiqués ; merci de les respecter en cas de réutilisation.
Sélection automatique des travaux les plus cités mentionnant l'espèce (source : Crossref).
