Les cétacés vivent dans un monde où la vue porte peu : à quelques mètres dans les eaux côtières, à quelques dizaines de mètres dans les eaux les plus claires. C’est donc le son qui est devenu leur sens dominant. Chaque espèce a développé un répertoire acoustique propre — clics, sifflements, chants, codas — qui permet à la fois la chasse, la communication, la cohésion sociale et l’orientation.
Cette sonothèque rassemble 30 enregistrements authentiques couvrant 23 espèces représentatives des grandes familles de cétacés, accompagnés d’une explication scientifique. Tous les enregistrements présentés sont libres de droits (NOAA, NPS, Wikimedia Commons CC0). Ouvrez-la sur smartphone ou tablette lors d’une sortie en mer, et entraînez-vous à reconnaître les espèces à l’oreille comme à l’œil.
Les sons des cétacés sont captés grâce à des hydrophones, des microphones étanches conçus pour fonctionner sous l’eau. Les enregistrements proviennent de campagnes scientifiques, de stations d’écoute passive (PAM, Passive Acoustic Monitoring) ou d’archives publiques (NOAA, NPS, Discovery of Sound in the Sea).
Les mysticètes émettent essentiellement des sons à basse et très basse fréquence, qui se propagent sur des distances considérables. Plusieurs espèces ont des « signatures vocales » très identifiables, et certaines populations présentent même des dialectes propres à leur bassin océanique.
Les mâles produisent les vocalisations les plus complexes du règne animal : des chants structurés en thèmes, phrases et motifs, pouvant durer plus de 30 minutes. Tous les mâles d’une même région chantent le même chant à un moment donné, mais le répertoire évolue d’année en année — un phénomène culturel unique.
En dehors des chants, les baleines à bosse produisent toute une palette de vocalisations sociales — surnommées « moo » par les chercheurs.
L’enregistrement suivant capture également les souffles caractéristiques (wheeze blows) du cétacé en surface.
La baleine bleue émet des sons dans des fréquences très basses (souvent < 20 Hz), qui se propagent sur plusieurs milliers de kilomètres. Particularité remarquable : ses populations présentent des dialectes propres à chaque bassin océanique. Écoutez et comparez :
Les chants des baleines bleues sont parmi les sons biologiques les plus intenses jamais enregistrés (jusqu’à 188 dB à la source).
Deuxième plus grand animal de la planète et mysticète le plus régulièrement observé en Méditerranée, le rorqual commun émet des sons brefs autour de 20 Hz.
Le rorqual boréal (ou rorqual de Rudolphi) est l’un des plus rapides de tous les cétacés. Ses vocalisations descendantes (downsweeps) le distinguent acoustiquement des autres rorquals.
Le petit rorqual est le plus petit des rorquals — mais reste un grand cétacé (8-9 m). Il émet des séries de pulsations caractéristiques.
L’une des espèces les plus menacées au monde — il en reste moins de 400 individus. Sa vocalisation signature est l’upcall : un son court qui monte rapidement en fréquence, utilisé pour la communication à longue distance.
Détectée pour la première fois en 1989 par l’océanographe William Watkins (Woods Hole Oceanographic Institution), cette « baleine à 52 hertz » chante à une fréquence atypique, là où les baleines bleues émettent à 10–39 Hz et les rorquals communs à environ 20 Hz. Suivie pendant plus de deux décennies, elle n’a jamais été observée visuellement.
Le grand cachalot produit les sons biologiques les plus puissants jamais mesurés : jusqu’à 230 décibels. Son répertoire acoustique se compose de plusieurs types de clics, chacun avec sa fonction propre.
Les clics lents sont émis principalement par les mâles adultes solitaires des hautes latitudes. Leur fonction exacte reste débattue : signal de présence à longue distance, possiblement à visée reproductive.
En surface, les cachalots échangent des séquences rythmées de clics appelées codas. Chaque clan développe un dialecte propre, transmis culturellement. Le projet CETI travaille à modéliser cette structure.
Les Ziphiidés sont parmi les cétacés les plus discrets et les moins étudiés. Leur écholocation à très haute fréquence leur permet de chasser à grande profondeur. Ces enregistrements sont rares et précieux.
Champion absolu de la plongée parmi les mammifères marins (record documenté à plus de 2 990 m, apnée de 222 min — record 2020), le ziphius est régulièrement observé au large des côtes méditerranéennes françaises.
L’hyperoodon boréal est le plus grand ziphiidé de l’Atlantique Nord. Ses clics d’écholocation à haute fréquence lui permettent de chasser des céphalopodes à plus de 1 500 m de profondeur.
L’une des baleines à bec les plus discrètes au monde, rarement observée vivante. Ses enregistrements acoustiques sont exceptionnels et constituent l’une des principales sources d’information sur cette espèce mystérieuse.
Le béluga (Delphinapterus leucas) est surnommé le « canari des mers » en raison de la richesse et de la variété de ses vocalisations. Il combine sifflements, gloussements, grincements, claquements et grognements dans des séquences extrêmement plastiques.
Des cas d’imitation de la parole humaine ont été observés en captivité, en particulier chez l’individu Noc (Vancouver), capable de reproduire des séquences ressemblant à des voyelles humaines.
Les Delphinidés utilisent des sifflements modulés en fréquence pour communiquer entre congénères. Chaque individu développe une « signature sifflée » propre, équivalent acoustique d’un prénom. À cela s’ajoutent des clics d’écholocation et des séquences à impulsions rapides (burst-pulses) utilisés dans les interactions agonistiques.
L’orque possède un système acoustique exceptionnellement structuré. Chaque pod (groupe familial) émet un répertoire de cris stéréotypés, hérités matrilinéairement.
Deuxième plus grand des dauphins après l’orque, le globicéphale vit en groupes sociaux très soudés. Ses vocalisations combinent clics, sifflements et cris pulsés.
Le grand dauphin est l’espèce de cétacé la mieux étudiée et la plus reconnaissable. Sa cognition élaborée et son sens aigu de la communication acoustique en ont fait un modèle d’étude pour la bioacoustique.
Espèce la plus abondante en Méditerranée nord-occidentale, le dauphin bleu et blanc forme des groupes pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus. Son répertoire vocal est riche et varié.
Le dauphin commun à bec court est le delphinidé le plus abondant au monde. On le rencontre régulièrement dans le golfe de Gascogne et l’Atlantique français.
Spécialiste des céphalopodes des grands fonds, le dauphin de Risso possède un melon globuleux dépourvu de rostre et de nombreuses cicatrices caractéristiques. Voir notre fiche dédiée.
Le dauphin tacheté de l’Atlantique fréquente les eaux tropicales et subtropicales de l’océan Atlantique. Ses motifs tachetés sur la peau s’accentuent avec l’âge.
Espèce robuste de l’Atlantique Nord tempéré et froid, le dauphin à flancs blancs forme des groupes pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus. Il est régulièrement observé au large des îles Britanniques et de l’Islande.
Le dauphin à bec blanc est une espèce nordique parfois observée en mer du Nord, sur les côtes britanniques et scandinaves. Plus trapu que ses congénères, il est l’un des plus grands représentants du genre Lagenorhynchus.
Espèce côtière de l’Indo-Pacifique, le dauphin à bosse est classé vulnérable par l’UICN. Sa bosse dorsale distinctive et sa coloration parfois rosée le rendent immédiatement reconnaissable.
Contrairement aux delphinidés, le marsouin commun (Phocoena phocoena) n’émet pas de sifflements. Sa communication repose presque exclusivement sur des clics à très haute fréquence (~130 kHz), totalement inaudibles à l’oreille humaine sans ralentissement extrême.
Le marsouin commun est l’espèce de cétacé la plus fréquente en Manche et en mer du Nord. Sa discrétion et sa petite taille (1,4–1,9 m) en font un cétacé difficile à observer en mer.
L’augmentation du trafic maritime, des sonars militaires, des prospections sismiques et de l’aquaculture industrielle a profondément modifié le paysage acoustique des océans. Pour des animaux dont la survie dépend du son, ces nuisances peuvent provoquer :
👉 Pour aller plus loin : L’écholocation chez les cétacés.
| Espèce | Nom scientifique | Type | Source |
|---|---|---|---|
| MYSTICÈTES | |||
| Baleine à bosse | Megaptera novaeangliae | Chant complet | Wikimedia CC0 |
| Baleine à bosse | Megaptera novaeangliae | Vocalisations « moo » | NPS |
| Baleine à bosse | Megaptera novaeangliae | Souffles et vocalisations | NPS |
| Baleine bleue | Balaenoptera musculus | Chant Pacifique Ouest | NOAA |
| Baleine bleue | Balaenoptera musculus | Chant Pacifique Nord-Est | NOAA |
| Baleine bleue | Balaenoptera musculus | Chant Pacifique Sud | NOAA |
| Rorqual commun | Balaenoptera physalus | Vocalisations (x10) | NOAA |
| Rorqual boréal | Balaenoptera borealis | Downsweep (x2) | NOAA |
| Petit rorqual | Balaenoptera acutorostrata | Trains de pulsations | NOAA |
| Baleine franche | Eubalaena glacialis | Upcall | NOAA |
| « Baleine à 52 Hz » | Espèce non identifiée | Chant atypique | NOAA/WHOI |
| ODONTOCÈTES | |||
| Grand cachalot | Physeter macrocephalus | Clics ordinaires | Wikimedia CC0 |
| Grand cachalot | Physeter macrocephalus | Clics lents | NOAA |
| Grand cachalot | Physeter macrocephalus | Codas | NOAA |
| Ziphius de Cuvier | Ziphius cavirostris | Clics (0,3x) | NOAA |
| Hyperoodon boréal | Hyperoodon ampullatus | Clics amplifiés | NOAA/DFO |
| Baleine à bec de True | Mesoplodon mirus | Multi-sons (0,25x) | NOAA |
| Béluga | Delphinapterus leucas | Vocalisations variées | NOAA |
| Orque | Orcinus orca | Cris résidentes Alaska | NPS |
| Orque | Orcinus orca | Vocalisations larges bandes | NPS |
| Globicéphale | Globicephala | Multi-sons | NOAA |
| Grand dauphin | Tursiops truncatus | Multi-sons | NOAA |
| Dauphin bleu et blanc | Stenella coeruleoalba | Multi-sons | NOAA |
| Dauphin commun | Delphinus delphis | Sifflements | NOAA |
| Dauphin de Risso | Grampus griseus | Clics | NOAA |
| Dauphin tacheté de l’Atlantique | Stenella frontalis | Multi-sons | NOAA |
| Dauphin à flancs blancs | Lagenorhynchus acutus | Sifflements | NOAA |
| Dauphin à bec blanc | Lagenorhynchus albirostris | Multi-sons | NOAA |
| Dauphin à bosse | Sousa chinensis | Clics | NOAA |
| Marsouin commun | Phocoena phocoena | Clics (0,01x) | NOAA |
Tous les enregistrements présentés sont libres de droits :
