Des orques utilisent des algues pour se toiletter entre congénères

L’usage d’outils dans le règne animal n’est pas réservé aux primates, aux oiseaux ou aux éléphants. Une équipe de chercheurs a mis en évidence un comportement inédit chez les orques résidentes du sud : l’utilisation sociale et manufacturée d’outils fabriqués à partir de kelp géant.

Un comportement observé depuis les airs

Depuis 2018, le Center for Whale Research, basé à Friday Harbor (Washington), mène des observations aériennes de cette population d’orques du Pacifique Nord-Ouest. Grâce à des vidéos haute résolution captées par drone, l’équipe a documenté une activité jusqu’alors ignorée malgré cinq décennies d’observation in situ.

Les individus observés s’emparent de tiges de kelp (en particulier Nereocystis luetkeana) qu’ils cassent intentionnellement pour en prélever les extrémités. Ils les pressent ensuite contre le corps de leurs congénères et les font rouler à plusieurs reprises entre eux, dans ce qui s’apparente à une séance de toilettage mutuel.

Des interactions sociales outillées

Le comportement n’est ni rare ni isolé. Il a été constaté chez des orques de tous âges, sexes et sous-groupes sociaux.

  • Les orques utilisent ces outils en présence de congénères proches, souvent apparentés.
  • La fréquence d’utilisation est plus élevée chez les individus présentant des zones de desquamation ou de peau morte.
  • Le toilettage intervient lors d’interactions sociales prolongées, suggérant un rôle dans la cohésion du groupe.

Un outil de toilettage aux fonctions multiples ?

L’équipe dirigée par Michael Weiss a identifié un double usage : hygiénique et social. Le fait que le comportement soit dirigé préférentiellement vers des proches génétiques ou des partenaires d’âge similaire laisse entrevoir une dimension culturelle au sein du groupe.

Ce qui rend la découverte encore plus frappante, c’est sa fréquence : le comportement est observé presque quotidiennement, et pourtant, il n’avait jamais été décrit auparavant.

Une population distincte aux pratiques singulières

Les orques concernées : les résidentes du sud sont génétiquement, écologiquement et culturellement distinctes des autres populations de l’espèce Orcinus orca. Avec moins de 80 individus recensés, elles sont considérées comme en danger critique d’extinction.

Les chercheurs soulignent que cette capacité à fabriquer et utiliser un outil à des fins sociales n’avait jamais été rapportée chez un mammifère marin, ouvrant ainsi une nouvelle voie dans l’étude de la culture animale.

Des outils, mais encore peu de réponses

La question reste entière : ce comportement est-il propre à ce groupe ou existe-t-il ailleurs, de manière discrète mais généralisée ? La réponse nécessitera des observations systématiques d’autres populations, dans d’autres contextes, avec les mêmes méthodologies aériennes.

Comme le souligne Weiss, cette découverte illustre à la fois la puissance des nouvelles méthodes d’observation et l’étendue de notre ignorance sur ces cétacés. Malgré les efforts déployés depuis un demi-siècle, il reste encore de nombreux pans de leur comportement à découvrir.

Source de l’article : https://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822(25)00450-6