La science des cétacés vit une période d’effervescence sans précédent. Génétique, intelligence artificielle appliquée à la bioacoustique, télémétrie satellitaire, méthodes non invasives par drones et ADN environnemental : les outils de la recherche se multiplient et révèlent ce qu’on ignorait il y a encore dix ans. Cette page recense les grands projets en cours et synthétise les découvertes marquantes des dernières années.
Une page vivante: la science évolue rapidement. Le contenu ci-dessous reflète l’état des connaissances début 2026 et sera actualisé à mesure des publications majeures.
Lancé en 2020, le Cetacean Translation Initiative (CETI) est probablement le projet de bioacoustique le plus ambitieux de l’histoire. Mené par une équipe internationale au large de la Dominique (Caraïbes), il vise à enregistrer, analyser et — pourquoi pas — traduire les codas, ces séquences rythmées de clics que s’échangent les cachalots.
Les premiers résultats sont remarquables. Une publication 2024 dans Nature Communications (Sharma et al.) a montré que les codas présentent une structure combinatoire bien plus riche qu’on ne le pensait — des variations systématiques de tempo et de rythme qui s’apparentent à des phonèmes modulables. Le « vocabulaire » identifié serait beaucoup plus large que les ~25 types de codas connus jusqu’alors. CETI utilise notamment des balises acoustiques portées par les cachalots, des hydrophones fixes en réseau, et des réseaux de neurones de type transformer pour repérer des patterns structurels.
Détectée pour la première fois en 1989 par William Watkins (Woods Hole Oceanographic Institution), cette « baleine la plus solitaire du monde » continue d’intriguer. La recherche se poursuit grâce aux archives SOSUS de la marine américaine et aux nouveaux réseaux d’hydrophones de la NOAA. Une étude de 2020 a suggéré que plusieurs animaux pourraient en réalité partager cette fréquence atypique — remettant en question l’image romantique d’un seul individu isolé. L’expédition « Loneliest Whale Project » menée en 2015 par Joshua Zeman a capté plusieurs séquences mais sans observer l’animal. Aucun spécimen génétique. Le mystère persiste. Voir notre page dédiée.
Révolution méthodologique des cinq dernières années : il est désormais possible de détecter la présence d’un cétacé en analysant simplement l’eau qu’il a traversée. Chaque mètre cube d’océan contient les fragments d’ADN des organismes qui y sont passés. Des laboratoires comme celui de Mehrdad Hajibabaei (Université de Guelph, Canada) appliquent cette technique au suivi des populations rares — vaquita, baiji présumé éteint, populations résiduelles de cachalots méditerranéens. Une étude 2023 a permis de cartographier la présence des grands rorquals en Méditerranée occidentale sur la base d’échantillons d’eau prélevés par des bateaux civils — sans même apercevoir un seul animal.
Les drones légers ont transformé l’étude des cétacés. Ils permettent d’observer les comportements sans déranger, de mesurer précisément la taille et la condition corporelle des individus (photogrammétrie), et de prélever des échantillons biologiques (SnotBot : drone qui passe au-dessus du souffle d’une baleine pour collecter les microgouttelettes). Des équipes comme celle de Fredrik Christiansen au Danemark utilisent cette approche pour suivre l’état nutritionnel des baleines à bosse australes, qui se révèle être un indicateur sensible des bouleversements environnementaux antarctiques.
Phil Morin et ses collègues de la NOAA ont publié en 2024 dans Royal Society Open Science une proposition de scission taxonomique majeure : les orques résidentes et les orques de Bigg’s (transitoires) du Pacifique Nord-Est seraient deux espèces distinctes, à renommer respectivement Orcinus ater et O. rectipinnus. Cette décision, en cours d’examen par la Society for Marine Mammalogy, transformerait le statut de conservation de plusieurs populations. Voir notre page sur les orques.
Une étude publiée dans Nature a identifié des particularités du système de réparation de l’ADN chez la baleine boréale qui pourraient expliquer sa longévité exceptionnelle (plus de 200 ans documentés). Les cellules de cette espèce réparent les dommages génétiques avec une efficacité supérieure à celle d’autres mammifères, ce qui réduit l’accumulation des mutations cancérigènes et explique le faible taux de cancers chez ces animaux pourtant massifs. Ces résultats intéressent activement la recherche biomédicale sur le vieillissement humain.
Jacqueline Robinson et son équipe ont démontré dans Science que, contrairement aux craintes, la population résiduelle de vaquitas ne présente pas une charge de mutations délétères qui la condamnerait. Si la mortalité par filets cesse immédiatement, l’espèce pourrait théoriquement remonter à partir d’une dizaine d’individus. La fenêtre est étroite, mais elle existe. Voir notre page dédiée.
Shirel Kahane-Rapport et ses collègues (Stanford University) ont publié dans Nature Communications la première quantification précise de l’ingestion de microplastiques chez les grandes baleines à fanons. Les chiffres sont sidérants. Voir notre page sur les microplastiques.
Une équipe menée par Nicola Quick a documenté une apnée de 222 minutes chez un ziphius de Cuvier au large de Cape Hatteras (Caroline du Nord) — soit 3 heures et 42 minutes sans respirer. Ce record extraordinaire dépasse de loin le précédent (137 minutes) et place le ziphius définitivement comme le mammifère le plus profond plongeur. Publication dans Journal of Experimental Biology. Voir notre page records.
Plusieurs rendez-vous internationaux structurent l’année des chercheurs.
Pour suivre la recherche, plusieurs revues spécialisées publient régulièrement sur les cétacés :
Les grandes revues généralistes (Nature, Science, PNAS, Current Biology, Proceedings of the Royal Society B) publient également régulièrement les découvertes les plus marquantes — comme celles citées dans cette page.
