Le Réseau National Échouage (RNE) est le dispositif officiel de surveillance et d’étude des échouages de mammifères marins en France. Créé en 1972, il repose sur un modèle de science participative structuré, pionnier en Europe, qui mobilise scientifiques, associations, services publics et bénévoles autour d’un même objectif : mieux comprendre les causes de mortalité des cétacés et contribuer à leur conservation.
L’histoire du RNE commence à la suite d’un échouage massif survenu en 1963 sur l’île d’Yeu, où 96 globicéphales noirs périrent sur la plage. Cet événement marquant déclencha l’engagement de Raymond Duguy, médecin naturaliste et directeur du Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle, qui posa les bases du réseau dès le début des années 1970.
Son initiative débouchera sur la création d’un centre national d’étude des mammifères marins, préfigurant l’organisation actuelle du RNE. En hommage à cette impulsion fondatrice, le Prix Raymond Duguy est décerné depuis 2013 pour récompenser des travaux innovants sur les cétacés.
Le RNE est coordonné par l’Observatoire Pelagis (La Rochelle Université – CNRS), qui centralise les données, coordonne les protocoles, forme les intervenants et pilote les analyses scientifiques, sous la tutelle du Ministère chargé de l’Écologie.
En 2023, le réseau comptait 534 correspondants actifs répartis sur les 5 500 km de littoral français : Manche, Atlantique, Méditerranée, mais aussi Corse et Outre-mer. Ces intervenants appartiennent à une centaine de structures (associations naturalistes, services de l’État, collectivités, centres de soins, universités).
Ces correspondants sont spécialement formés et habilités à intervenir sur les mammifères marins protégés, après une formation validée et une autorisation officielle appelée carte verte (valable 6 ans).
Le RNE est supervisé par un comité de pilotage composé de 26 membres, représentant à la fois les institutions nationales (ministères, OFB, MNHN) et les façades littorales (métropole et outre-mer). Ce comité adopte la charte du réseau, valide les autorisations et garantit la qualité des protocoles.
Le RNE a pour objectifs :
Chaque intervention suit un protocole à 5 niveaux :
| Niveau | Description |
| 0 | Signalement uniquement |
| 1 | Examen externe (photos, mesures, identification) |
| 2 | Examen externe + interne partiel |
| 3 | Examen complet par correspondant formé |
| 4 | Nécropsie complète vétérinaire |
Depuis 1990, le réseau a recensé plus de 31 800 échouages, constituant l’une des plus longues séries de données au monde sur les cétacés échoués.
| Façade maritime | % des échouages |
| Atlantique nord + Manche ouest | 38 % |
| Atlantique sud | 35 % |
| Manche est + Mer du Nord | 19 % |
| Méditerranée | 8 % |
C’est la première cause de mortalité chez les petits cétacés, notamment le dauphin commun, qui représente à lui seul 39 % des échouages.
Les cétacés sont très vulnérables :
Leur santé est un indicateur direct de l’état de l’environnement marin.
Tous les cétacés et pinnipèdes sont strictement protégés par l’arrêté du 1er juillet 2011. Sont interdits :
La France s’appuie aussi sur un réseau d’aires marines protégées : sanctuaires Pelagos (Méditerranée) et Agoa (Antilles), 10 parcs naturels marins.
Avec plus de 50 ans d’existence, le RNE est aujourd’hui un outil scientifique, écologique et humain essentiel.
Sa réussite repose sur l’engagement de centaines de correspondants, la rigueur des protocoles, et la constance des données recueillies.
Ce modèle pourrait inspirer d’autres réseaux à l’international pour bâtir une surveillance pérenne de la mégafaune marine, dans un contexte de pressions croissantes sur les océans.
