Les échouages de mammifères marins

Depuis 1972, la France s’est dotée d’un réseau unique au monde pour documenter les échouages de mammifères marins : le Réseau National Échouage (RNE). Piloté par l’Observatoire PELAGIS (CNRS – Université de La Rochelle), ce dispositif s’appuie sur un maillage dense de plus de 500 correspondants répartis sur l’ensemble du littoral métropolitain et ultramarin. Il constitue l’un des piliers de la surveillance scientifique de la mégafaune marine en France.

Une organistion structurée sur tout le littoral

Le RNE repose sur un réseau de bénévoles, de professionnels d’associations naturalistes, de personnels d’organismes publics (OFB, DREAL, collectivités), ainsi que de vétérinaires. Tous sont formés régulièrement aux procédures d’intervention sur échouage, qu’il s’agisse de cadavres ou, plus rarement, d’animaux vivants.

L’ensemble du dispositif est encadré par un comité de pilotage regroupant des scientifiques, des représentants institutionnels et des membres de terrain par façade maritime. Un numéro unique permet d’alerter le réseau 7 jours sur 7 :
05 46 44 99 10

Pourquoi étudier les échouages ?

Les échouages de cétacés, bien que dramatiques, sont des opportunités rares d’accéder à des données biologiques essentielles sur des espèces difficiles à observer en mer. Chaque cadavre fait l’objet d’un protocole d’examen rigoureux, incluant :

  • Analyses toxicologiques (métaux lourds, pesticides, perturbateurs endocriniens)
  • Études parasitaires et infectieuses (morbillivirus, brucellose, toxoplasmose)
  • Détermination de l’âge, du sexe, de l’état reproductif et de la nutrition
  • Autopsies en laboratoire vétérinaire agréé si l’état de conservation le permet

Ces données sont capitales pour comprendre les pressions subies par les cétacés et orienter les politiques de conservation.

Des chiffres inquiétants

Les échouages sont en constante augmentation. En 2017, on dénombrait :

  • 1 642 cétacés échoués sur la façade atlantique, dont 900 rien que sur le premier trimestre
  • 248 phoques signalés sur le même littoral
  • 78 % des échouages concernés le dauphin commun et le marsouin commun
  • 125 cétacés en Méditerranée, principalement des dauphins bleu et blanc
  • 62 échouages rapportés en outre-mer, avec une couverture très variable selon les territoires

Depuis 2019, des pics critiques ont été observés, notamment sur la façade Atlantique, où les prises accidentelles dans les filets de pêche représentent jusqu’à 90 % des causes de mortalité constatées chez les dauphins échoués.

Répartition échouage cétacés France 2017

Evolution des échouages en France depuis 1969 à 2024

Quelles sont les causes des échouages ?

Les principales causes de mortalité observées dans le cadre du RNE sont :

  • Captures accidentelles dans les chaluts ou filets calés
  • Collisions avec les navires, notamment en Méditerranée
  • Pollution chimique (métaux lourds, plastiques, phtalates)
  • Pollution acoustique intense (sonars, explosions sous-marines)
  • Épizooties virales (morbillivirus), parfois dévastatrices
  • Parasitisme sévère (Crassicauda, Anisakis)
  • Changements climatiques, encore mal compris mais en cours d’étude

À noter : l’ingestion de plastique est observée dans certains cas (cachalots, ziphiidés), mais rarement mortelle en métropole.

Que faire si l’on découvre un cétacé échoué ?

Dauphin échoué

Il est interdit d’intervenir seul. Les cétacés sont protégés par la loi. En cas de découverte :

  1. Ne pas déplacer ni arroser l’animal.
  2. Protéger l’évent (trou respiratoire) s’il est vivant, sans verser d’eau.
  3. Contacter immédiatement le RNE : 05 46 44 99 10

Il existe des procédures spécifiques encadrées par les autorités, notamment pour les animaux vivants. En dehors de rares cas de renflouage, une euthanasie peut être décidée pour limiter la souffrance.

Qui peut rejoindre le Réseau ?

Le RNE est aujourd’hui bien structuré. L’intégration de nouveaux correspondants dépend des besoins locaux et des compétences. Une expérience naturaliste, des connaissances vétérinaires ou une forte motivation sont des critères appréciés. La plupart des nouveaux membres sont parrainés par un correspondant expérimenté avant d’être accrédités.

Un outil au service de la science et de la santé publique

Au-delà de la connaissance des populations de cétacés, le RNE joue un rôle important en matière de veille sanitaire. Certaines zoonoses (brucellose marine, rouget, vibrio) peuvent présenter des risques pour l’homme. Les vétérinaires côtiers jouent un rôle central dans l’évaluation de ces situations.

Le Réseau National Échouage est donc bien plus qu’un outil de suivi : c’est un maillon essentiel entre science, gestion des populations, et santé publique. Il contribue activement à documenter les effets des activités humaines sur les mammifères marins et à faire évoluer les pratiques pour mieux les protéger.