Des chercheurs ont documenté un comportement inconnu chez Inia geoffrensis : le dauphin de l’Amazone mâle bascule sur le dos en surface et projette un jet d’urine dans les airs, un comportement qualifié de miction aérienne. Ce phénomène a été enregistré 36 fois entre 2014 et 2018, pendant 218,9 heures d’observation sur le fleuve Tocantins, au Brésil.
Dans environ 67 % des cas, un autre mâle — appelé “receveur” — est présent. Il se positionne dans la zone d’impact du jet ou suit celui-ci avec son rostre, apparemment attiré par le flux urinaire.
La durée moyenne des jets est d’environ 11,6 secondes (écart-type ± 9,6 s), avec des extrêmes allant de 1 à 41 secondes.
Capacités sensorielles et rôle des vibrisses
Les auteurs suggèrent que les poils sensoriels (vibrisses) du rostre jouent un rôle dans la détection de molécules présentes dans l’urine, constituant une modalité sensorielle potentiellement encore non décrite, parfois nommée « haptosense ».
Ce mécanisme serait utilisé pour percevoir des composés hormonaux ou physiologiques indiquant l’état corporel ou le statut social d’un individu.
Cadre social et contexte des évènements
Toutes les sessions impliquent exclusivement des mâles, en urinant et en recevant. La miction aérienne se produit majoritairement dans un contexte social plutôt que pour élimination basique.
Le receveur semble activement rechercher le jet. Dans certains cas, il poursuit le flux avec son rostre.
Hypothèses sur la fonction communicationnelle
- Transmission d’informations sur la qualité physique, le statut social ou l’état reproductif du mâle émetteur.
- Signal chimique fonctionnant comme un analogue aquatique du marquage urinaire chez les mammifères terrestres.
- Utilisation de signaux acoustiques : le bruit de l’urine frappant la surface de l’eau pourrait servir de repère auditif dans un environnement à visibilité réduite.
Particularités des botos et environnement Amazonien
Les botos évoluent dans des eaux troubles où la vision est limitée. Cette contrainte écologique pourrait favoriser l’émergence de signaux chimiques ou tactiles pour compenser le déficit visuel.
Par ailleurs, la structure sociale des mâles de cette espèce, avec des interactions compétitives pour l’accès aux ressources ou aux partenaires, pourrait justifier un système de communication basé sur la détection chimique des qualités individuelles.
Données techniques clés
| Élément | Valeur/statut |
|---|---|
| Nombre d’événements observés | 36 |
| Durée totale d’observation | 218,9 h |
| Proportion avec receveur présent | ~67 % |
| Durée moyenne par événement | 11,6 s |
| Acteurs | Exclusivement mâles |
| Zone d’étude | Fleuve Tocantins, Brésil |
| Institutions de recherche | Botos do Cerrado Project, CetAsia Research Group |
Voies futures de recherche
Il serait utile de mesurer la composition chimique des jets urinaires afin d’identifier les molécules impliquées. Corréler ces données à des marqueurs physiologiques ou comportementaux permettrait de tester l’hypothèse d’un signal lié à l’état reproductif ou au statut social.
Des expériences ciblant les vibrisses pourraient vérifier leur sensibilité à des stimuli chimiques, validant ainsi l’idée d’un mode sensoriel tactile-chimique inédit.
Des observations supplémentaires dans différentes populations d’Inia geoffrensis permettraient de déterminer si ce comportement est appris socialement ou inné, voire spécifique à certaines tranches d’âge ou contextes environnementaux.
Source de l’article : https://doi.org/10.1016/j.beproc.2025.105149
Crédit photo : A male Amazon river dolphin (Inia geoffrensis) urinating into the air – Claryana Araújo-Wang / Botos do Cerrado Research Project / CetAsia Research Group
